Sorcellerie
Publié le 19/06/2007 à 12:00 par familysecret
Mes terreurs nocturnes ont commencé alors que j’étais très jeune. Lors des réunions familiales, j’entendais les membres de ma famille parler de mauvais esprits, de dorlis, d’hommes usant de sortilèges pour séduire l’objet de leur désir. La méchanceté de certains pouvait aller jusqu’à consulter une personne compétente pour empêcher untelle de se marier. Cela consistait à lui donner pour « mari » un diable ou esprit. La personne possédée voyait ainsi tous les hommes fuir devant elle et se retrouvait vieille fille sans trop savoir pourquoi. Chacun des membres de la famille y allait de sa petite histoire, se rappelant que la fille de Mme untel, ou le mari de telle personne avait vécu tel événement. Mes sœurs et moi écoutions en silence ces histoires de grandes personnes, mi effrayées, mi-fascinées.
Quelques histoires qui ont bercé mon enfance :
Un homme était pécheur. Parfois ses filets étaient remplis de poissons, parfois non. Afin que sa pèche fut toujours bonne, il décida un jour de vendre son âme au diable. Il fit un pacte avec ce dernier. Sa récolte serait toujours excellente, mais à une date précise, il devrait se rendre à l’endroit habituel où les poissons se regroupaient. Ce jour-là, son âme appartiendrait au diable. Ainsi fut fait. Du jour au lendemain, l’homme devint un homme aisé tant il péchait du poisson. A la date prévue cependant, il ne se rendit pas au RDV et depuis il ne regarde jamais en direction de la mer mais tremble au moindre murmure.
Trois hommes avaient ouvert une entreprise de transport. De la même manière, ils vendirent leur âme au diable. Ils devinrent vite très riches. Ils furent découvert un beau jour au bord d’une plage, un léger trou dans la tête et complètement vidé de leur sang.
Un groupe de filles, des adolescentes se promenaient lorsqu’elles rencontrèrent un homme âgé un peu handicapé. Elles commencèrent à se moquer de lui. Dans le groupe des filles, s’en trouvait une très belle, la plus belle fille de tout le quartier. Elle seule ne riait pas, se tenant un peu à l’écart. Pourtant à cause de sa beauté, c’est elle que le regard du vieil homme retint. « C’est la dernière fois que tu te moques de quelqu’un » lui dit-il. « Mais, je n’ai rien dit », protesta t’elle. Rien n’y fit. Elle se leva un matin avec un pied plus petit que l’autre, un pied de la taille de celui d’un enfant.
...
D’où sortaient-ils ces histoires ? Aucune idée. Quoiqu’il en soit, ils n’avaient pas l’air de se rendre compte de l’effet que cela avait sur nous. Aujourd’hui, ils ne me raconteraient plus ce genre d’histoire car ils savent que je partirai d’un grand éclat de rire.
Pourtant…
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Publié le 07/12/2006 à 12:00 par familysecret
J'ai de très vagues souvenirs de Rebecca, voyante africaine. C'était une femme bien en chair, à la peau plutôt claire. Elle exerçait ses talents de "guérisseuse" chez elle. Ce devait être une mère célibataire car tout le temps où nous l'avons fréquentée, nous n'avons croisé ni mari, ni amant. Sa fille Sandrine, âgée de 9 ans paraissait en avoir au moins 11, ce qui avait fait conclure à mes parents que Rebecca mentait sur l'âge de sa fille pour des raisons obscures.
Les rituels préconisés par Rebecca ne devaient guère être différents de ceux dont nous avions l'habitude, car je n'en ai pas gardé un souvenir mémorable.
Un soir nous attendons dans son salon. Nous devons prendre un bain et passer 2 par 2. Je vais avoir 12 ans et mon corps se transforme. Je n'ai pas envie de me mettre nue devant ma soeur, devant ma mère et encore moins devant cette femme. Je pleure et je protège ma poitrine naissante avec mes bras. En moins de deux, je suis plongée dans la baignoire avec ma soeur. Je ne sais pas avec quoi elle est remplie, mais peu importe je dois y passer, et j'y passe. Ma mère confuse, s'excuse de mon comportement auprès de Rebecca . "Et la pudeur, alors?" lui rétorque Rebecca avec un grand sourire de "mère compréhensive". Je m'asseois dans la salle de séjour qui sert de salle d'attente, les yeux rouges à force d'avoir pleuré. Je me demande quels étaient ces petits grains noirs et ses feuilles d'arbres qui flottaient dans l'eau du "bain". La voix et le regard méprisants de mon père me tirent de ma rêverie. "Ca ne t'a pas tuée?". Je le regarde sans répondre. Il insiste "Hein, hein, ça ne t'a pas tuée?" Je sais quelle réponse je me dois de lui donner et je tourne la tête de droite à gauche pour lui signifier que oui, il a raison, tout cela n'était rien.
C'est l'après-midi. Nous sommes assises mes 3 soeurs et moi dans la salle de séjour-salle d'attente, en compagnie de Sandrine. Rebecca est en consultation depuis un bon moment.Où sont mes parents, je ne sais plus, ils doivent nous rejoindre. La porte où se trouve Rebecca s'ouvre. Une métropolitaine en sort et prend congé. Mes parents arrivent au même moment. Bonjour poli. Une fois la métropolitaine partie, Rebecca regarde mes parents d'un air choqué: " Cette femme, elle m'a proposé 2 millions pour tuer son mari! Je lui ai répondu que je ne travaillait pas comme ça!" Du haut de mes 12 ans, je me demande pourquoi cela a pris tant de temps et pourquoi Rebecca n'a pas mis cette femme à la porte tout de suite.
Rebecca est devenue presqu'une amie pour nous. Elle vient manger à la maison, nous a rapporté des cadeaux de ses voyages d'Afrique, boubous, fruits et légumes du pays, etc. Un beau jour, j'entre dans la cuisine. Mes parents sont en train de discuter. Mon père très énervé dit à ma mère " Je vais voir Rebecca, et je vais lui dire 'Regarde tout ce que j'ai déjà dépensé'. Je sors de la cuisine, nous n'avons pas le droit d'écouter les conversations des adultes, mais j'ai peur. Peur que Rebecca ne se mette en colère et ne nous fasse du mal. Quoiqu'il en soit, j'ai compris que bientôt nous aurons affaire à un nouveau "guérisseur".
Publié le 04/12/2006 à 12:00 par familysecret
Mr Casimir disparut comme il était venu. Les marabouts se succédèrent les uns après les autres. Rien ni personne ne semblait pouvoir venir à bout du sortilège jetté par l'ancienne maîtresse de mon père.
Il y eu la période " voyage en Afrique". Je ne sais comment mon père obtenait l'adresse de "marabouts" ou "guérisseurs" situés dans ces contrées. Nous habitions une cité HLM dans laquelle mes parents vivent encore. Mon père ne prenait l'avion que le soir. Il ne fallait pas que les voisins le voit , de crainte qu'ils ne se mettent à poser des questions voire à avoir des soupçons! Il restait là bas en moyenne 15 jours, parfois plus longtemps. Il revenait à chaque fois émerveillé par le sens de l'accueil des Africains.
Nous attendions son retour avec impatience. Serions-nous guéris cette fois-ci? Réunis autour de lui dans la salle à manger, nous l'écoutions débiter ce que les séances de "voyance" avaient révélé. Evidemment, un grand danger nous avait menacé, mais grâce à l'intervention du "voyant", si nous suivions bien les rituels prescrits, nous serions sauvés.
De ses voyages, il ramenait systématiquement des herbes qui servaient à faire du "parfumage". Tous les soirs, dans une casserole réservée à cet effet, il brûlait ces herbes censées faire disparaître les "mauvais esprits". Incontournables également, les bouteilles en plastique, remplies de mixtures peu ragoûtantes mais que nous étions forcées d'ingurgiter. Je me souviens d'un objet de couleur bleue et de forme triangulaire accroché au bout d'une chaîne: "Le grand nom de Dieu". Nous ne devions nous en séparer sous aucun prétexte sous peine d'être atteints par les maléfices. "Le Granbd Nom de Dieu" avait cependant une petite faiblesse, il ne supportait pas l'eau. Si par malheur une goutte d'eau venait à tomber dessus, malheur!, car il perdrait ses pouvoirs de protection. Ce qui devait arriver arriva. Judith, ma soeur, commença un jour à se laver avec . Elle sortit en trombe de la salle de bain et s'écria " maman, j'ai fait ma toilette avec le Grand Nom de Dieu". Je revois encore les yeux effarés de ma mère. Elle prit le pendentif, le serra dans une serviette de toilette comme s'il avait été mouillé, et murmura " Ne dis rien à ton papa".
Parmi les "voyants" qui profitèrent de la pathologie de mon père et de notre ignorance, il y'eu Rebecca, Bernard, bien d'autres dont j'oublie le nom mais par dessus tout, il y eu Tita. Mais tout cela nécessite un chapitre à part entière.
Publié le 26/10/2006 à 12:00 par familysecret
Mon premier contact avec la sorcellerie date de mon enfance. Quel âge avais-je, je ne saurais le dire. Peut-être 8 ou 9 ans. C'était un samedi. Mes soeurs et moi revenions de l'école. En ouvrant la porte, nous avons aperçu la silhouette de ma mère derrière le rideau de la porte de la salle à manger, mon père assis à côté d'elle. Tous les deux étaient attablés face à un homme, un noir avec l'accent africain que nous ne connaissions pas. Entre-eux, sur la table, une bougie allumée. Nous sommes discrètement descendues dans les chambres, nous avions été dressées pour ne pas nous faire remarquer en présence de quelqu'un. L'entretien a duré des heures et des heures. Nous avions faim mais il n'était certainement pas question de nous faire remarquer. C'est entre-nous que nous avons exprimé nos interrogations. Qui était cet homme? Que venait-il faire ici? Et surtout, pourquoi nous empêchait-il de manger?
Il devait être aux alentours de 15h00 lorsqu'il est parti. Aussitôt, nous sommes montées et nous avons bombardé ma mère de questions. Sa première réponse, je m'en souviens encore, fut: " Ca faisait très longtemps qu'on attendait ce monsieur". Et là, elle nous a expliqué très tranquillement que depuis longtemps nous étions victime de sorcellerie. En effet, la femme avec qui mon père avait eu des enfants avant d'épouser ma mère, nous avait par jalousie, jetté un "mauvais sort". Devant nos yeux grands ouverts ma mère nous a expliqué comment cela se manifestait. Des "esprits" invisibles, des espèces de démons, vivaient parmi nous. Nous ne les voyions pas mais eux étaient parmi nous et étaient la cause de tous les problèmes familiaux: le frigo qui s'était brusquement arrêté de fonctionner et faisait pourrir la viande, lui donnant une odeur pestilentielle, les disputes de mes parents pour un oui pour un non. Tout ce que nous vivions était lié à ce sortilège.
L'image qui me revient est celle de mon refus d'aller chercher un tabouret en bas pour que nous puissions manger. Je m'en souviens car le "non" était interdit chez nous. Encore aujourd'hui, pour mon père il est inconcevable qu'un enfant puisse dire "non" à un adulte. Curieusement, ma mère n'a rien objecté à mon refus, pas de coups, pas de crises d'hystérie. Elle a simplement haussé les épaules et m'a jetté un regard me signifiant à quel point j'étais idiote d'avoir peur. Aucune parole pour me rassurer, bien-sûr, à 8-9 ans on n'est plus un bébé. Ce qui me revient surtout, c'est la terreur qui m'a envahie ce jour là, et qui je pense ne m'a plus jamais quittée. C'est à peu près à cette période que j'ai commencé à faire pipi au lit et ce jusqu'à l'âge de 11 ans! Bien entendu, la réponse de mes parents à mes "fuites" nocturnes ne pouvait être que des humiliations en public: étalage des draps, insultes et moqueries, particulièrement en me comparant à mes soeurs plus jeunes, qui elles étaient propres. J'ai surtout donné l'occasion à ma mère de s'adonner à un de ses plaisirs favoris: les coups de ceinture. A chaque drap découvert trempé, j'avais droit à une vingtaine de coups de ceinture donnés d'une traite qui semblaient lui faire le plus grand bien. Aujourd'hui, (je ne fais plus pipi au lit, dieu merci) mais j'ai peur de tout. Certes, j'ai pris beaucoup de recul par rapport à toutes ces histoires mais j'ai toujours en moi une angoisse qui s'est plus ou moins déplacée. Lorsque je suis seule, j'ai peur de m'endormir le soir, et je ne le fais jamais si la lumière n'est pas allumée. J'ai obtenu mon permis il y'a 7 ans mais j'ai peur de conduire. J'ai peur de m'exprimer en public, cela va mieux depuis que je suis en analyse, mais je "m'écrase" devant certaines personnes. Cela est du à l'image paternelle, être psychorigide, autoritaire, et écrasant mais aussi à tout cet univers de sorcellerie et de vaudou dans lequel j'ai baigné tout le temps où j'ai vécu chez mes parents.
Ce monsieur s'appellait "Monsieur Casimir", du moins c'est le nom que nous lui donnions. C'est "grâce" à lui que nous avons pu voir des poules et des animaux de ferme vivants. En effet, à partir de ce jour, afin d'assurer notre "guérison", mon père partait sur les marchés acheter des poules, parfois blanches, parfois noires, et d'autres animaux qui étaient tués je ne sais pas comment. Je ne sais pas non plus ce que devenaient ces pauvres bêtes, à l'époque nous étions plus ou moins tenues à l'écart de tous ces rituels.
Certaines choses me sont restées en mémoire. D'une part l'avertissement de ma mère: ne rien dire, jamais, de ce qui se passait à la maison, ne jamais parler du sortilège, de Mr Casimir, des rituels, tout devait rester secret. Mr Casimir avait prévenu, si nous parlions, c'est lui qui nous jetterait un sortilège: notre langue deviendrait si lourde que plus jamais nous ne pourrions parler. Seule ma soeur ainée et moi sommes capables aujourd'hui de parler de toutes ces histoires de sorcellerie. Pour mes deux soeurs les plus jeunes cela fait encore partie du secret familial. La deuxième chose dont je me souviens, ce sont certains rituels. Une bassine de couleur orange dans les toilettes, dans laquelle nous faisions pipi tous les matins, les uns après les autres, avant le petit-déjeuner. Puis avant d'aller à l'école, ma mère nous "lavait" avec. Pourquoi ? Mystère et boule de gomme. Mon père prenait la relève ensuite et lavait les murs avec notres miction quotidienne. Je me souviens également de ces bouteille d'eau en plastique, remplie d'un liquide douteux dans lequel flottait des particules de je ne sais quoi et que nous ingurgitions matin et soir. Explication de ma mère " C'est pour vous faire bien travailler à l'école". Sachant que la réussite scolaire était une obsession chez mon père et le seul moyen que nous avions pour être reconnues par lui, inutile de dire que nous buvions ce breuvage répugnant avec avidité. De toutes les manières, dressées pour obéir, il n'y avait aucun souci de ce côté là, mes soeurs et moi exécutions tous ces rituels à la perfection. Autre rituel très important et que nous retrouverions plus tard chez d'autres "guérisseurs" et d'autres pratiques de magie noire ou de vaudou: le "parfumage". Cela consistait pour mon père à faire brûler tous les soirs dans une vieille casserole remplie de charbon, certaines poudres qui lui avaient été recommandées. Très vite une odeur forte et désagréable se répandait dans tout l'appartement, qui nous faisait parfois tousser mais était indispensable pour chasser les mauvais esprits.
A l'instant un autre souvenir me revient. Un jour, je ne sais plus pourquoi, mais de toutes les façons avec mes parents les raisons importent peu, ma mère me rouspétait. Petite fille, mes parents m'avaient collé une étiquette de "Mauvaise" fille, de "Diable", de "Sale caractère". Pour un oui, pour un non, j'avais droit à ces qualificatifs, surtout de la part de ma mère, et bien souvent je ne comprenais pas pour quelle faute. Ces mots me sont revenus toute mon enfance et bien après pour parler de moi (aujourd'hui encore cette étiquette me reste collée) Bref. Ma mère me rouspète et je l'entends encore me dire ce que Mr Casimir avait dit lors de la dernière séance de voyance: il y'a une petite fille ( moi bien-sûr) qui est très mauvaise, il faudra faire très attention avec elle car elle va finir mal, plus tard ellle n'aura pas de copines tellement elle est mauvaise, ( leitmotiv de ma mère jusqu'à ce que je rentre au lycée: "plus tard tu n'auras jamais de copines, t'es trop mauvaise!" ), personne ne voudra d'elle, etc." Je me revois désespérée, en train de pleurer à chaude larmes à côté d'elle écoutant son mépris. Quelques heures plus tard tandis que j'étais dans ma chambre, elle est venue me voir avec le sourire de sadique qu'elle a toujours eu et dont mes oeurs et moi parlons de temps en temps, aujourd'hui. Ses yeux brillaient de joie contenue et elle m'a demandé " Pourquoi, tu pleurais tout à l'heure, c'est parce que maman t'as dit que tu n'étais pas gentille? Hein, dis moi, c'était pour ça?" J'ai juste haussé les épaules et elle a eu l'air presque déçue que je ne lui dise pas que oui ses paroles m'avaient fait mal et m'avaient blessées. Je crois que je devais avoir 15 ans quand j'ai réalisé que c'était une menteuse et que Mr Casimir ne lui avait jamais dit ça.
Mr Casimir a été le premier d'une longue série de guérisseurs qui se sont succédé, il est loin d'avoir été le pire.