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Nom du blog :
familysecret
Description du blog :
Derrière la famille idéale, mon enfance dans le monde de la sorcellerie, du vaudou, de la folie
Catégorie :
Blog Paranormal
Date de création :
11.10.2006
Dernière mise à jour :
04.01.2009

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Paranoïa

C’est reparti pour un tour

Publié le 29/10/2007 à 12:00 par familysecret
Dernières nouvelles de la Sainte-Famille. J’avais vu juste. La Mère est retournée au bercail depuis quelques semaines. Elle logeait chez Raphaëlle, s’occupait de mes nièces mais a finit par se sentir gênée, installée entre Raphaëlle et mon beau-frère. Le Père l’a appelée plusieurs fois pour qu’elle retourne chez lui. Elle n’a pas dit oui tout de suite. A juste titre, elle lui a dit qu’elle n’avait aucune envie de revenir pour recommencer à vivre un calvaire : la façon dont il l’ignore, ses crises de nerfs, son plaisir à l’humilier, etc., etc. Il a réussi à lui monter la tête et elle a finit par monter dans sa voiture quand il est venu la chercher.

J’ai eu La Mère, hier au téléphone.
- Alors, t’es retournée au bercail ?
- Oui, oui, il est venu me chercher
- Il t’a dit quelque chose ?
- (baisse la voix) Ah ouais, mais tu sais elle voulait faire la loi ici, elle a dit que je n’avais rien à moi ici…
- Qui ça « elle »?
Je sais très bien de qui elle parle. Etre une enfant issue de La Sainte-Famille me permet de savoir parfaitement comment ses membres fonctionnent. Je sais parfaitement qu’elle me parle de ma demi-nièce, Jane, la fille de mon demi-frère et petite fille de La Femme des Antilles. Je sais parfaitement qu’elle est allée voir Mme T., que celle-ci a invoquée St Michel et qu’à ce moment là lorsque Mme T. ouvre la bouche, c’est notre « ennemi » qui parle à travers elle. Mais La Mère ne semble pas disposée à me raconter cela. Elle sait que j’ai pris de la distance avec toutes ces histoires, tous ces rituels.
- Tu sais, je ne veux pas dire son nom, la petite fille de ton papa
- Est-ce que toi tu l’as entendu dire ça ?
- Non…
- Ouais, alors ne commence pas à colporter des ragots
- Mais non, elle a vraimentdit ça…
- Tu l’as entendu ?
La Mère change de conversation. Elle n’ose pas me dire qu’elle est allée voir Mme T. J’insiste et elle finit par me dire que c’est mon oncle et ma tante qui ont répété ces choses au Père. Je sais que c’est faux, j’en ai la confirmation aujourd’hui.

Echange téléphonique avec Jenny aujourd’hui. Banalités d’usage, des nouvelles de ma puce, Tout le monde va bien ? –Ouais, ça va. C’est moi qui relance le sujet. « Alors La Mère est retournée au bercail ? » En moins de deux, je sais tout. Jenny a emmenée La Mère chez Mme T. « Elle est montée sur la planche » (Il s’agit d’un rituel « spécial Mme T »). J’ai droit à un récit détaillé de la séance de voyance. Pour faire court : Jane a fait de la sorcellerie à La Mère afin de la mettre à la porte. Quand Jenny commence à parler de sorcellerie, on ne peut plus l’arrêter. Il y’a longtemps que j’ai compris que je ne peux rien pour elle. Elle est la seule de nous quatre à continuer à aller voir des sorciers, voyants, marabouts. Tout comme Le Père, son sens critique disparaît face aux inepties de ces charlatans. Le problème est que Mme T. est réellement dotée de certains dons, et qu’elle a compris qu’il est inutile de dire à La Sainte-Famille que parfois elle ne sait pas. C’est quand même son gagne-pain. Jenny continue son blabla sur la séance de voyance. Je ne l’écoute que d’une oreille. A un moment, je l’entends me dire qu’elle en a marre de porter ce nom de famille maudit, qu’elle veut se marier pour changer de nom, quand tout cela va-t-il finir, « depuis qu’on est toute petite, on nous fait de la sorcellerie ». Je laisse échapper un faible ricanement. Je fais quand même une petite tentative :
- Mais quel est son intérêt de mettre La Mère à la porte ?
- L’argent
- Quel argent ?
- L’argent du Père. Il fait croire à tout le monde qu’Il a de l’argent. (C’est effectivement une des manies du Père) D’ailleurs il lui a fait plein de cadeaux : des vêtements, un frigidaire, …Alors, elle, bien sûr elle veut en profiter, tout lui piquer…

Que voulez-vous ? La Femme des Antilles est morte. Il faut bien quelqu’un d’autre sur qui se fixer pour que la pathologie familiale puisse continuer à se développer. Tant qu’à faire, autant que cela soit la petite-fille de cette malheureuse femme.

Lorsque je raccroche, je n’ai plus de forfait téléphone. J’ai décidé depuis longtemps de prendre de la distance avec La Sainte-Famille et de préserver ma puce. Fasse le Ciel que jamais je n’ai à la laisser entre leurs mains.

Ma vérité sur mon père

Publié le 25/04/2007 à 12:00 par familysecret
Il y'a environ 2 ans, j'ai trouvé dans un de mes bouquins une description du Père. Lorsque je l'ai lu, cela m'a paru comme une évidence. C'était tout à fait lui. Le père dont j'ai hérité, est décrit dans le livre Psychiatrie de l'adulte de Th. Lemperière, A. Féline, A. Gutmann, J. Ades et C. Pilate.


" LES SYNDROMES DELIRANTS CHRONIQUES

Les thèmes délirants les plus fréquents dans les syndromes délirants chroniques sont:
- Les thèmes de persécutions: la conviction du patient est absolue de l'intention qu'on a de lui nuire dans sa personne physique, morale (réputation, famille, travail) ou dans ses biens. Les formes de persécutions sont multiples [...] menaces, calomnies, machinations, empoisonnements, attentats. Les procédés utilisés sont conformes à la tradition ou s'inspirent souvent des techniques scientifiques les plus modernes: magnétisme, hypnose, sorcellerie, envoûtement [...]
- Les thèmes d'influence: le malade a l'impression d'"être agi", commandé par une force extérieure à lui, agissant du dehors ou implantée en lui. Les idées qu'on lui impose, les gestes qu'on lui fait faire, les sensations qu'on lui donne à éprouver, les mots qu'on lui fait dire, les expériences qu'il subit contribuent à une impression de mécanisation de la vie psychique.
-Les thèmes de grandeur sont primitifs, ou secondaires et compensatoires à des idées de persécution. Les malades expriment des idées de richesse [...] La mégalomanie s'exprime sans réticence, conduisant à la multiplication d'interventions auprès de personnages haut placés.
-Les thèmes mystiques très souvent articulés avec des thèmes de préjudice et d'influence, s'organisent en délires prophétiques ou messianiques.
-Les thèmes hypocondriaques s'ordonnent autour de sensations douloureuses, pénibles, insolites et persistantes, intéressant une région corporelle profonde; à partir de ces sensations sont exprimées des idées de transformation du corps, de ses fonctions et de ses organes (estomac ou intestins infectés, décomposés, déformés, bouchés,[...]) ou des idées d'agression corporelle liées à des thèmes de persécution, d'influence ou de possession.

LES DELIRES PARANOIAQUES SYSTEMATISES:

L'émergence délirante s'inscrit le plus souvent sur une personnalité paranoïaque ( de para-noïa: je pense à côté) marquée par l'orgueuil (avec égocentrisme, autophilie, surévaluation mégalomaniaque des capacités de tous ordres), la méfiance (avec une forte tendance à la suspicion concernant les sentiments et jugements d'autrui), la psychorigidité ( avec froideur affective, entêtement, monolithisme des attitudes d'esprit, des décisions et des pensées), la fausseté du jugement. [...]Défiant, intolérant, susceptible, circonspect, n'admettant pas la contradiction ni même le doute, le paranoïaque infléchit ses croyances et son comportement en fonction de sa pensée paralogique.[...]
L'élaboration délirante chez le paranoïaque est le plus souvent lente et insidieuse à partir d'une intuition, d'un doute, d'une suspicion. Parfois l'éclosion est beaucoup plus brutale et soudaine à l'occasion d'une "révélation", d'un "pseudo-contact", après des événements déclenchants traumatiques (accidentel, chirurgicaux), émotionnels (deuils, éloignement d'un proche), sexuels (rapprochement homosexuel); on a signalé aussi qu'une circonstance vitale heureuse (mariage, promotion professionnelle, naissance d'un enfant) pouvait être l'occasion d'une décompensation délirante.
[...]

a) Les délires passionnels:

-La phase de rancune voit exploser les invectives, les chantages et les menaces qui risquent toujours d'être suivis de voies de fait contre l'objet aimé.

Le délire de jalousie souvent favorisé par un appoint éthylique est également fondé sur un postulat passionnel. La suspicion de l'infidélité du conjoint à partir d'un geste, d'un regard, d'une poignée de mains jugés insolites mais signifiants entre lui et une tierce personne, devient bientôt une conviction totale. Les coïncidences deviennent des preuves irréfutables, les impossibilités matérielles sont niées et le délit imaginé devient certitude inébranlable.
[...]Il faut signaler que le délirant jaloux repère souvent dans l'entourage de son conjoint des personnes complices dont la connivence permet l'aménagement des "entrevues".
[...]
-Les quérulents processifs affirment qu'ils ont été lésés, que leurs biens ont été spoliés:ils multiplient les procès, font appel, refusent toute conciliation, suspectent la corruption des juges, la complicité ou la mauvaise foi des témoins. De nombreuses affaires d'héritage, des querelles de voisinage à propos d'un mur mitoyen, de la cour commune, du droit de passage dans un champ sont le fait de paranoïaques revendiquants.
[...]

c) Les délires d'interprétation systématisés

-[...] Des indices d'hostilité, de témoignages malveillants, de provocation vont se multiplier à partir de faits de la vie quotidienne [...]
-[...] Toute indisposition, tout malaise sont interprétés comme la conséquence d'une influence extérieure nuisible [...]

Au total tout est bon à l'interprétateur pour construire son délire. [...]Le sujet devient le point de mire d'un réseau machiavélique où se concentrent les manigances et les malveillances du Monde. Dans ce système le délirant accumule les preuves, les arguments, les pseudo-justifications: sa conviction est telle qu'il peut entraîner pendant un temps l'adhésion voire la participation de son entourage.

LES PSYCHOSES HALLUCINATOIRES CHRONIQUES

-Hallucinations auditives: audition de bruits (craquement de planchers, pas, chocs dans le mur), de voix surtout, très sensorialisées et localisables (elles viennent du plafond, des conduites d'eau, de la fenêtre) dont la tonalité est plus ou moins reconnaissable (c'est une voix d'homme - c'est la voix de la concierge - de la voisine - c'est un appel comme à la radio). [...]
-Les hallucinations cénesthésiques sont fréquentes: fourmillements, ondes, courants, attouchements voluptueux
-[...]Dans certains cas, s'instaure une sorte de complicité entre le délirant et ses interlocuteurs devenus "partenaires" familiers sinon intimes, cet aménagement étant souvent compatible avec la poursuite d'une adaptation socio-professionnelle.

TRAITEMENT
[...]Il ne s'agit pas d'envisager une cure psychanalytique mais bien plutôt de permettre au patient d'exprimer ses conflits affectifs. Pour le thérapeute, la question est de moduler la distance à établir avec le paranoïaque dont l'imaginaire s'inquiète de tout rapprochement excessif (menace de réalisation homosexuelle, menace de destruction), comme de tout éloignement interprété comme rejet."



Voilà, c'est cela mon père. Celui que je n'appelle plus "papa" depuis des lustres. Celui qui ne m'a jamais prise dans ses bras pour me consoler, celui qui ne m'a jamais encouragée, qui n'a jamais partager mes jeux, mes joies, mes espoirs, mes rêves. Celui qui ne m'a jamais parlé avec tendresse, qui n'a jamais eu de gestes ffectueux pour moi. Celui à qui je n'ai parlé qu'une seule fois pour mon plus grand malheur. Celui qui ne m'a jamais aimée. Il est malade, je le sais, sa maladie est décrite ci-dessus. Pourtant, je n'arrive pas à lui pardonner le mal qu'il m'a fait, je n'arrive pas à l'aimer.

Il n'est pour moi qu'un père biologique. Il est et restera Le Père.

Jusqu'après la mort

Publié le 17/04/2007 à 12:00 par familysecret
Cela fait 3 mois que nous avons déménagé. Mes beaux-parents et une de mes belles-sœurs sont venus nous rendre visite. Nous avons commencé également à recevoir des amis. Jusqu’à dimanche dernier, je n’avais reçu aucun membre de ma famille.

Dimanche. Les Parents viennent pour la première fois. Comme d’habitude, la veille, j’ai stressé au maximum.

13h00. Ils sont toujours ponctuels. C’est mon amoureux qui ouvre la porte. Moi, je termine de laver la vaisselle que j’ai utilisé pour faire la cuisine. Mon bébé dort dans la chambre. Mon amoureux et Le Père parlent dans le couloir. Une histoire de place pour se garer. Au bout de quelques secondes, La Mère se résout à entrer, tandis que mon amoureux et le Père descendent régler l’histoire de place de parking.

Vlan! La Mère m’assomme d’un seul coup avec son flot de paroles. Je ne retiens rien car elle a le don de passer d’un sujet à l’autre sans que son interlocuteur ait eu le temps de dire ouf ! Et blablabla, et blablabla, de quoi parle t’elle ? Plusieurs fois je lui demande de retirer on manteau. Elle ne m’entend même pas, blablabla, blablabla,…À un moment elle m’annonce que La Femme des Antilles est morte. « Ah bon, elle est morte ? », « Oui, oui, elle est morte » Et hop, elle passe à autre chose,…

Les parents sont excités. Ils ont l’air super contents. Ils ont apporté un champagne et ont décidé que nous le boirons à 16h00 avec le gâteau que La Mère a apporté. Je mets cela sur le compte de l’appartement. Tandis que je passe l’après-midi avec eux, les idées défilent à toute vitesse dans ma tête. Je suis convaincue que pour eux, si j’ai un bel appartement, c’est à cause de l’éducation que j’ai reçue. Ce n’est que parce qu’ils sont formidables que j’ai pu épouser « un garçon bien », avoir une belle petite fille, et avoir un bel appart. Je suis presque dégouttée de leur montrer l’image d’une vie réussie. Je voudrais tant qu’ils soient gênés et leur faire honte, qu’ils culpabilisent !Au même moment, je me dis que si j’étais en galère, ils mettraient cela sur le compte de la sorcellerie, des « forces invisibles »…Bref, ils ne se remettraient pas en question, et n’admettraient pas que c’est eux qui ont gâché ma vie.

L’après-midi passe. Ils ont l’air heureux de voir leur petite-fille. Des « ma chérie » par-ci, des « ma puce » par là, des bisous, des photos pour garder des souvenirs. Tout ce qu’ils n’ont jamais fait avec mes sœurs et moi. Que se passe t’il dans leur tête ? Une manière de compenser le mal qu’ils nous ont fait ? Ou bien toujours le jeu des apparences ?

Pendant 3 jours leur excitation m’intrigue. Etre heureux à ce point, ce n’est pas normal. Ce n’est certainement pas la joie de nous revoir, ma petite famille et moi. Petit à petit une idée me trotte dans la tête. Cette joie, la bouteille de champagne. Mais oui, bien sûr ! « La Femme des Antilles est morte », « Ah bon, elle est morte ? », « Oui, oui, elle est morte » C’est cela qui les rendait si heureux ! La justice divine, bien sûr. Cette pauvre femme est morte d’un cancer généralisé pour payer ses pêchés. Je vous présente mes parents tels qu’ils sont. Complètement tarés !

Pauvre Femme des Antilles, elle est morte sans savoir que toute une famille l’a haïe pendant 30 ans. Elle ne saura jamais tous les efforts que nous avons fait pour nous « protéger » d’elle. Elle ne saura jamais que le père de ses deux premiers enfants a dépensé tout l’argent qu’il gagnait, obsédé par l’idée qu’elle nous voulait du mal. Elle ne saura jamais qu’en Afrique, à Haïti, aux Antilles des marabouts, sorciers, voyants, se sont servis d’elle pour abuser de la paranoïa du Père. Pauvre femme, j’espère qu’elle repose en paix.

Elle est morte. Qui sera la nouvelle obsession du Père ? Qui va-t-il accuser désormais de lui vouloir du mal ? Je crains malheureusement qu’il ne continue à accuser cette pauvre femme de le persécuter là où elle se trouve, c'est-à-dire dans l’au-delà !

Une semaine après

Publié le 19/01/2007 à 12:00 par familysecret
Ma mère a appelé avant-hier. Lorsque la sonnerie a retentit, mon intuition m’a dit que c’était elle. Naturellement, sa voix est joyeuse comme s’il ne s’était rien passé. Elle passera le lendemain pour apporter les cadeaux de noël de ma fille. Comme elle ne sait pas conduire, je me doute que mon père viendra aussi. Ils viendront le matin et m’appelleront juste avant de partir. Ils ont hâte de revoir leur petite fille.

Hier. Ma fille dort dans la chambre. Mes parents arrivent. Bises. Bonjour, ça va ? Ouais, ça va. Nous sommes gênés tous les trois, mais c’est comme ça dans la famille, avant tout toujours sauver les apparences. Ma mère a apporté du boudin confectionné par mon père (c’est la spécialité de Monsieur). Nous parlons de choses et d’autres, et nous évitons à tout prix de laisser des silences s’installer, de peur que n’émergent d’autres paroles irréparables. Par chance, ma fille se réveille. Ils sont sincèrement heureux de la voir. Elle a vraiment changé depuis la dernière fois qu’ils l’ont vue. Cela fait plusieurs mois à vrai dire. Ma belle-mère qui vit en Bretagne, l’a vue plus souvent qu’eux. Je profite de la présence de ma fille pour ouvrir ses cadeaux. Il y’en a plusieurs, de mes sœurs Jennie et Corinne, de ma mère, d’une ancienne collègue de mon père,… Ma puce est très gâtée. L’atmosphère se détend un peu. Nous plaisantons et rions. J’ai faim, je leur propose à deux reprises de rester manger, mais mon père refuse. Il est pressé de rentrer. Je sens que ma mère aimerait rester avec sa petite fille, mais je n’insiste pas. Après tout peut-être que cela vaut mieux. Ils s’en vont. Ma fille pleure, c’est l’heure d’un petit dodo. Au revoir. Je ferme la porte. Aussitôt, j’entends la voix de mon père. Il est déjà dans l’escalier, mais il gueule si fort que je l’entends quand même.
- Pierrette !
- (Ma mère, timidement) Elle n’a pas entendu
J’ouvre la porte.
- Si j’ai entendu (ma fille continue à pleurer)
(Mon père remonte l’escalier, il se tient sur le seuil face à moi)
- J’avais quelque chose à te dire. Je t’avais dit que Olena avait un cancer du sein ?
Olena est la fille que mon père a eu avant d’épouser ma mère. A 20 ans, il a fréquenté « La Femme des Antilles » et a eu 2 enfants, qui selon ses dires lui ont été fait dans le dos : Jean Christophe son seul fils à ce jour, et Olena.
- Oui, je m’en souviens
- Et ben, ces 2 fils ont le diabète. Elle, elle a un cancer du sein et ses fils ont le diabète.
- C’est un mal dont on parle beaucoup en ce moment. Moi aussi, j’ai eu un soupçon de diabète pendant ma grossesse. J’ai du faire des tests…
Ma mère veut en savoir plus mais mon père la coupe. Mes problèmes de diabète, il s’en fout. Il a quelque chose d’important à me dire.
- Et ben, la mère, La Femme des Antilles, elle a un cancer généralisé.
- Oh ! (Je suis réellement touchée. Un cancer, ça n’a vraiment rien de drôle).
- Elle a un cancer généralisé, sa fille a un cancer du sein, et les deux fils ont le diabète.
C’est la particularité de mon père. Lorsqu’il raconte quelque chose, il répète deux ou trois fois les mêmes phrases.
- Oui, il y’a des terrains familiaux qui…
- (Ma mère) Oui, il y’a des familles comme ça
- ( Mon père) Oui c’est génétique. Je me réjouis pas mais…
- (Ma mère et moi en chœur) Oh, non !
- Non, mais c’est pour te dire, quand tu veux faire du mal aux gens…

Il ne finit pas sa phrase car il sait que nous savons ce qu’il a voulu dire : « La Femme des Antilles » nous a lancé un sortilège et a passé sa vie à nous persécuter avec ses mauvais sorts. Maintenant le Bon Dieu la punit. Je ne réponds pas, cela ne sert à rien. Il est fou, paranoïaque. Je ne peux rien pour lui, personne d’ailleurs ne peut le guérir. J’ai encore trop de haine pour le plaindre. J’ai le devoir de me sortir de la pathologie familiale, pour moi, pour mon amoureux, pour ma fille. Je n’ai pas vu ma psychanalyste depuis mon congé maternité. Il faut que la rappelle.