Publié le 17/01/2007 à 12:00 par familysecret
Des années de psychanalyse et toujours la même crainte d’affronter Le Père, de lui dire qu’il est fou, que ses histoires de « mauvais sort » sont des conneries, rien que le fruit de ses délires.
Jeudi, 10h00. Le téléphone sonne. Je décroche ? Allez, pas de panique ! A peine surprise c’est le Père.
- Allo, Pierrette ?
- Oui
- C’est moi. Ca va ?
- Ouais ?
- T’es occupée avec ton bébé ?
- Non, non
- Bon, euh…il faut que tu me donnes ta nouvelle adresse, pour faire livrer le frigidaire.
- Euh, ouais...
- Parce que ça sert à rien de faire livrer chez toi, si vous déménagez tout de suite après.
- Ouais
- Euh sinon… Je sais pas ce que tu as dit à ta maman hier, mais elle était tout en pleurs. Comme je sais qu’elle raconte que des conneries, j’ai voulu t’appeler pour savoir ce qui s’est vraiment passé.
- Je lui ai dit la vérité. Qu’on a été élevée dans l’idée qu’il fallait rester vierge jusqu’au mariage, ça vous pouvez pas le nier…
- Ah ouais, c’est vrai…
- Moi j’ai pas eu de jeunesse, j’ai…
- Ouais, mais d’après ce qu’elle m’a dit, tu dis que c’est nous qui sommes responsables de tous tes malheurs ( Ah, parce que c’est pas vous, peut-être ?). On a tous eu des malheurs ( = on a tous été victime de sorcellerie). Bon, moi j’ai souffert aussi et jusqu’à présent je souffre encore (= on me jette encore des sortilèges)
- Je ne souhaite à personne d’avoir la vie que j’ai eu ( = Je ne souhaite à aucun enfant d’être dressé et humilié , à aucune adolescente d’être cloîtrée, humiliée, et insultée, à aucune jeune femme de 20 ans d’être insultée, de se retrouver avec un cadenas entre les jambes, d’être possédée par un diable qui fait fuir tous les hommes devant elle et qui éveille la haine et l’agressivité de tous), je ne…
- Oh, y’a pire que toi…
- (QUOI ?!)Qu’est-ce qu’il y’a pire que de se retrouver à 20 ans avec un diable sur soi…
- Ooooh ! Si tu savais ce qui existe…Regarde la fille à D*
- Qu’est-ce qu’elle a vécue de pire que moi ?
- Ooooh ! Si tu savais…Y’a pire que toi !
- Qu’est-ce qu’il y’a de pire que ce que j’ai eu ?
- Si tu savais ! Moi, je vais de l’avant (Tant mieux, pour toi !). Bon, tu as ton mari, ton enfant…
- C’est pas eux qui vont me rendre ma jeunesse ! Ils vont pas me rendre…
- Ouais, je sais. Mais moi, je me plains pas. Quand je vois, les gens qui sont dans le froid, là avec leur tente, je me dis que j’ai de la chance d’avoir un toit…
- Le bonheur n’est pas qu’une question matérielle ! Y’a des tas de gens qui vivent avec peu de moyens et qui sont heureux !
- Ha ! Tu peux aller dans tous les pays du monde, si tu vois des gens qui ont pas à manger et qui sont heureux, tu me les présentes !
- Tu crois que les gens qui sont dans le 16ème, ils sont forcément heureux ?, Tu crois qu’il y’a pas de suicides chez eux ?
- Ouais, je te dis pas non. Mais, bon, moi je te dis, je me plains pas. C’est l’hiver, j’ai un toit…
- Je…
- ECOUTE MOI !
- (Je me tais. Je redeviens la petite fille dressée et soumise)
- Moi ce que je te dis, c’est que d’après ce que ta mère m’a dit, tu nous rends responsable de tous tes malheurs. (Mais bien sûr ! Vous êtes plus qu’innocents, vous êtes des victimes !) Dans la vie, il faut aller de l’avant.
- Je peux pas aller de l’avant ! Je vois un psychanalyste deux fois par semaine. Jusqu’à présent, quand je suis toute seule, je dors avec la lumière allumée ! Jamais j’oublierai ce que j’ai vécu !
- (Court silence surpris et gêné, mais le Maître se reprend très vite)Oui, tu peux pas oublier d’un coup de crayon, c’est sûr. Mais moi je vais pas pleurnicher auprès des gens (= le psychanalyste). Je raconte pas ma vie aux gens ça les regarde pas !
- Et, ben moi je raconte ma vie à tout le monde. Il est hors de question que je mente et que je raconte que j’ai eu une super vie ! Parce que c’est pas vrai !
- Tu fais ce que tu veux. C’est pas parce que je le fais pas que tu peux pas le faire, mais je te dis que moi, je vais pas pleurnicher auprès des gens.
- Et ben, moi je ne mens pas.
- Il faut pas envier tes belles-sœurs…
- Mes belles-sœurs ?
- Ouais, quand elles te racontent leur jeunesse. Bon, t’as pas eu tes 20 ans, bon…mais moi je me plains pas, j’ai un toit…
- Je suis la seule à savoir ce que j’ai vécu. Personne ne sait ce que c’est que…( Mon bébé commence à pleurer)
- Ouais, mais moi, tu ne sais pas ce que je vis avec ta mère. Je ne raconte ma vie à personne, mais moi seul, je sais tout ce que je subis ( C’est ça, t’es une victime, t’as vraiment pas de chance, mon cher)…
Blablabla sur ma mère et les persécutions qu’elle lui fait subir. C’est sans doute vrai mais c’est réciproque. Tous les deux ont toujours eu des relations sado-maso. L’un adore faire souffrir l’autre, et chacun adore se faire passer pour une victime. Mon bébé continue à pleurer et ses larmes se transforment en cris.
- Ouais, mais bon…Bon je te laisse. Je l’entends qui pleure, elle a dû bien grandir.
- Ouais, je l’ai emmenée chez le médecin il y’a 15 jours…
La discussion reprend sur un mode conversationnel. Nous arrêtons lorsque les cris de ma fille couvrent nos voix. Je suis à la fois soulagée de ne pas avoir définitivement rompu les liens, et en colère contre moi de ne pas avoir vidé mon sac.
J’en ai encore pour des semaines à ruminer.
Publié le 14/01/2007 à 12:00 par familysecret
Mes parents sont fous. Complètement tarés. Je le sais, ce n’est pas un scoop. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’être estomaquée à chaque fois que je me rends compte de la profondeur de leur pathologie.
Mercredi 12h00. Ma mère m’appelle. Nous parlons pendant plusieurs minutes de ma fille et de ses progrès. Des cadeaux sont chez elle pour ma puce, offerts par mes sœurs et les anciens collègues de mon père. La conversation est joyeuse, nous parlons de choses et d’autres. A un moment, ma mère en arrive à parler des parents qui veulent garder leurs enfants pour eux et qui ne supportent pas de les voir avec des copains/copines, fiancés, amants, petits amis, etc. En un éclair, je la revois me répétant, alors que je suis une jeune collégienne complexée par son acné, sa taille, sa maigreur, son absence de féminité, la laideur de ses vêtements,… « Si tu vas te coucher avec un garçon, il va pas t’épouser », « De toutes façons, si tu vas te coucher avec un garçon, ton papa verra ça », sous entendu ses voyants le lui diront. Ma mère ne sait pas dire « coucher avec quelqu’un », elle répète inlassablement « se coucher avec quelqu’un ». Grâce à ses bons conseils de mère, j’ai grandi avec l’idée qu’avoir des rapports sexuels avant le mariage est le dernier des crimes, la pire infamie pour une fille. Pendant des années, j’ai laissé mes parents jouer aux parents cools, modernes, offusqués par les parents qui ne laissent pas de liberté à leurs enfants. Je les ai laissé faire leur petit numéro sans rien dire. Mais là, je ne sais pas pourquoi, la conjoncture de la lune sans doute, je décide de réagir.
- « Et nous, tu crois qu’on pouvait sortir avec des garçons ? »
- (ton offusqué) Je ne n’ai jamais empêché les garçons de t’appeler, quand même !
- (C’est ça, bien sûr !) Et quand j’avais un diable sur moi, qui les faisait fuir, je suis restée 3 ans comme ça !
- (gênée) Oui, je sais, je sais…Mais moi, je n’étais pas au courant de ça…
- Ouais, je sais, pas…
- Et ben mon dieu !... (voix faible), jamais, je n’aurais mis un diable sur mon enfant (plainte pleurnicharde)
- (culpabilisée mais ferme) Je ne t’ai pas dit que c’est toi qui m’a fait ça ! Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit !
- Je sais, je sais,… (sanglot étouffé), mais là, tu vas me faire passer une mauvaise journée (sanglot), moi je vais en réunion de prières, j’essaie d’aller de l’avant…
- (de plus en plus culpabilisée, mais ferme) Ben moi, je peux pas aller de l’avant ! Je peux pas oublier ce que j’ai vécu ! Quand j’entends les gens parler de leur jeunesse, me raconter ce qu’ils faisaient à 20 ans avec leurs copains, moi je peux pas aller de l’avant !
- Je sais, je sais,…
- Bon ! Je t’ai pas dit que c’est toi qui m’a mis un diable !
- Je sais, j’ai tout entendu, j’étais au courant de trucs,…
- (La voix de mon père) : Passe la moi !
- Qui c’est qui m’a fait ça ?
- Je sais, je sais,…
- Non, mais dis le ! Tu vois, tu veux pas le dire !
- Tu veux me faire dire des choses…
- (Mon père) Mais passe la moi !
- (Entre 2 sanglots) Bon, je te laisse…Je vais faire du poisson,…euh…on se rappelle, et on se voit la semaine prochaine…
- Ok, salut !
Je passe l’après-midi à culpabiliser. Pour moi tout est consommé, je viens de signer la rupture définitive avec mes parents. Tant pis, pour le frigo-congélateur que mon père voulait nous acheter pour notre déménagement. Après tout nous ne lui avons rien demandé. Et puis, je n’ai jamais eu l’intention de laisser ma fille à ma mère pour qu’elle la garde…Mon amoureux m’appelle. Je lui raconte tout. Il me console en me disant que j’ai bien fait de dire ce que je pense. Que je n’ai pas à culpabiliser, qu’après tout nous sommes des adultes, et que nous pouvons nous débrouiller seuls, de toutes les façons, je ne suis pas seule, je l’ai lui, nous avons notre fille, j’ai mes sœurs qui ont soufferts aussi,…Il me conseille de sortir, de voir un film, de mettre pour une journée la préparation du CAPES de côté. Ces mots ne durent que quelques minutes mais ils me remettent debout. Je n’ai plus beaucoup de force mais je suis debout. Entendre le son de sa voix est déjà un réconfort.
J’ai réussi à manger. J’appelle ma sœur aînée. C’est mon beau-frère qui répond. Corinne n’est pas là. Un message ? Elle me rappelle ? Oui, qu’elle me rappelle. Le téléphone sonne dans l’après-midi. Serait-ce mon père ? Je ne réponds pas. J’attends quelques minutes puis tape mon code pour accéder à l’écouteur. C’est Corinne. Je la rappelle et lui débite ce qui vient de se passer. Elle jubile. Cela va faire 7 ans, qu’elle et mon père sont fâchés. A cause de son mari que mon père n’aime pas. Il est en effet persuadé que mon beau-frère a ensorcelé ma sœur pour pouvoir l’épouser. Cela va faire 4 ans qu’elle s’est réconciliée avec ma mère mais la rancune est latente. Encore une fois nous ruminons sur notre passé et remuons toute notre souffrance. Je raccroche exténuée.
Publié le 03/01/2007 à 12:00 par familysecret
Le récit de mon père à son retour d’Haïti amplifia mes crises d’angoisse nocturnes. Arrivé à l’aéroport de Port au Prince, mon père entendit un homme crier son nom dans la foule. Il tourna la tête en direction de la voix, mais une autre voix encore plus proche, à l’opposé de celle qu’il avait entendu la première fois cria elle aussi son nom. Mon père se tourna vers elle et vit un homme plutôt jeune s’approcher de lui. Mais un autre homme, le premier qui l’avait appelé, se précipita vers lui. « Philibert ? Viens avec moi, j’ai ta lettre dans ma poche ». Bernard lui expliqua alors à quel point la misère rendait les Haïtiens prêts à tout pour tenter de s’en sortir. De jeunes gamins s’approchèrent de mon père pour lui demander de l’argent. Bernard arrêta mon père dans son élan. « Si tu commences aujourd’hui, tu ne pourras plus t’empêcher de donner ».
Des enfants avec des yeux gros comme la taille des mandarines, parce que leurs parents n’ont pas eu d’autres choix que de vendre l’âme de leur progéniture au diable contre de l’argent. Des mauvais esprits, des « diables » qui se promènent dans la rue parmi nous. Le refus de mon père de monter sur le toit d’un bus afin que Bernard d’un seul geste puisse les découvrir devant mon père. « Il y’en a plein en France qui se promènent parmi vous. Si tu veux vraiment en rencontrer c’est à Barbès qu’il faut aller »… Les récits de mon père me donnent froid dans le dos.
« Vos enfants tombent ? » 3 jours après son arrivée mon père nous raconte que c’est la première question que Bernard lui a posée lors de la première séance de voyance. Ne voyant pas à quoi il faisait allusion, mon père lui a répondu par la négative. Par sécurité, Bernard lui a donné de quoi nous guérir, une horrible mixture répugnante du même genre que nous avons l’habitude d’ingurgiter depuis notre enfance. Mon père apparemment fier d’avoir enfin trouvé le bon guérisseur, nous regarde un sourire grand jusqu’aux oreilles : « Je ne savais pas que vous tombiez évanouie »
Tous les soirs, mon père se promène dans l’appartement avec un énorme bâton avec lequel il frappe les murs. Ce bâton est destiné à faire fuir les démons qui vivent parmi nous ainsi que les mauvaises influences qu’ils génèrent. Bien entendu, nous le regardons faire sans rien dire, persuadées que c’est la seule solution pour nous sauver. Quelques semaines auparavant, mon père nous a expliqué qu’il devait nous donner un bain salvateur afin de délivrer notre âme des mains du démon. Une à une ma mère, mes soeurs et moi sommes entrées entièrement nue dans une baignoire remplie de plantes et d’herbes et mon père nous a frottée énergiquement. « Ca fait rien, je suis ton père » Cette phrase est censée supprimer le tabou de la nudité devant lui, nous acquiesçons mais nous sommes couvertes de honte. De toutes les façons, nous n’avons pas le choix, toute parole de mon père est un ordre. A 15 ans, je viens d’apprendre qu’il est possible pour une jeune fille d’avoir des rapports sexuels avant le mariage. Je découvre avec surprise que beaucoup de filles de ma classe sortent avec des garçons, qu’elles trouvent cela normal, qu’elles n’ont pas l’impression de se salir. Comble de mon étonnement, elles prennent la pilule et assument leur rapport sexuel. Je me sens débarquer sur une planète inconnue. Moi, j’ai 15 ans, et la seule personne qui m’ait demandé de me déshabiller est mon père, pour me donner un bain de guérison. Je déprime davantage.
Depuis le début de l’année j’ai sympathisé avec une jeune fille de ma classe d’un an plus âgée que moi. Mes parents ne veulent pas que je la fréquente. Noëlle est d’origine Guadeloupéenne. Depuis 2 ans, la paranoïa de mon père s’est dirigée contre les Guadeloupéens, qui selon lui sont les maîtres en matière de sorcellerie. « Tu sais ce que font certains parents ? Quand ils voient qu’un enfant travaille bien, ils prennent son intelligence pour la donner à leur enfant ». Ces paroles sèment le doute dans mon esprit mais je n’écouterais pas mon père. Grâce au magazine « Ok Magazine » que Noëlle achète toutes les semaines, je parfais mon éducation. Je rêve d’aller dans des boums, de tomber amoureuse, de sortir avec des copains et des copines, mais tout cela m’est interdit. De toutes les façons, je suis trop mal habillée pour que les jeunes de ma classe aient envie de me fréquenter. Je passe dans les couloirs en faisant semblant d’ignorer leurs rires sous cape et les moqueries qu’ils ne se gênent pas pour lâcher sur mon passage. Dieu que les adolescents sont cruels !
Mon père a tout essayé pour me forcer à redevenir la meilleure élève de la classe. Un jour il ramène un journal qu’il a trouvé dans le métro et qu’il me force à lire. Il y est question d’un Antillais qui devant les mauvais résultats scolaires de son fils l’a mordu au point de l’envoyer à l’hôpital. « C’est ça que je vais te faire si tu continues à ne rien faire ». Un autre jour, ma mère vient me trouver toute excitée. « On a rencontré les Nolibois hier, ton papa leur a parlé de toi. Il leur a dit que tu ne faisais rien en classe. Il ne te dit rien, mais l’un de ces jours, il va te donner une grosse claque». Je sens qu’elle jubile à cette idée et je marmonne des paroles de haine. « Quoi, qu’est ce qu’il y’a ? » me demande t’elle, étonnée. C’est au cours de mon analyse que me viendront les mots pour qualifier ma mère : « sadique et perverse ».
Je rentre de l’école pour déjeuner. A peine ai-je ouvert la porte que ma mère m’accueille avec un grand sourire et tape des mains : « Pierrette, on est délivré ! … Bernard nous a délivré du démon ». Je hoche la tête mais je m’en moque complètement. Moi ce que je veux, c’est m’habiller à la mode, aller dans des boums, au cinéma, tomber amoureuse…
Publié le 03/01/2007 à 12:00 par familysecret
Après l'Afrique et la magie noire, ce fut Haïti et le vaudou. Comme toujours, sans que l'on sache comment, mon père avait été en contact avec un "guérisseur". Il s'agissait d'un jeune homme d'une vingtaine d'années, prénommé Bernard. " La plus grande fille est en danger". Cette seule phrase contenue dans une lettre qu'il avait envoyée à mon père avait décidé ce dernier à prendre un billet d'avion. Naturellement, nous n'avons jamais su de quel danger il s'agissait.
J'avais 15 ans. Moi qui avais toujours été une excellente élève, j'avais des résultats scolaires catastrophiques depuis le début de l'année. Je n'avais aucune énergie pour faire quoi que ce soit mais surtout je n'avais envie de rien. Sauf d'être comme les autres. Comme tous les adolescents, je rêvais de porter des vêtements à la mode, d’aller au cinéma, d’aller dans les boums (y être invitée pour commencer), bref de mener une vie d’adolescente normale. Si nous n'avions jamais vécu dans la misère, l'argent gagné par mon père servait principalement à financer les « visites » c'est-à-dire les séances de consultation et les remèdes censés nous guérir des sortilèges. Aujourd’hui je peux dire que j’ai traversé une période de « dépression » propre à l’adolescence. A l’époque je ne le savais pas. Je ne comprenais pas pourquoi je me désintéressais de tout, pourquoi j’éprouvais une énorme fatigue qui n’avait rien à voir avec mes problèmes d’insomnie. Depuis cette fameuse lettre, si j’arrivais à m’endormir, je me réveillais tous les soirs au milieu de la nuit, terrifiée d’angoisse. La lettre du fameux Bernard ne stipulait pas seulement que ma sœur aînée, Corinne, était en danger, mais aussi que celle que nous nommions « la femme des Antilles », c'est-à-dire la mère des premiers enfants de mon père, avait vendu notre âme au diable ! Bernard arriverait-il à nous délivrer ? Serais-je condamnée à brûler en enfer pour le restant de mes jours ?
Corinne et moi étions brusquement tombées malades. Un mal indescriptible qui nous avait valu 4 jours d’arrêt. J’en étais ravie. Pour la première fois de ma vie, je détestais l’école, je n’avais aucune envie d’y aller, aucune envie de m’y investir. Ni fièvre, ni toux, ni vomissements, ni maux de tête ou de ventre. Simplement un état léthargique et fébrile. Un jour, Corinne et moi étions dans la cuisine. Tout à coup, je me sens mal et je vacille. En un rien de temps, je me retrouve par terre. Corinne qui me parle en faisant la vaisselle, se retourne car je ne lui répond pas. Elle m’aperçoit par terre. « Pierrette ! Qu’est ce que tu fais ? Arrête ! C’est pas drôle » Je l’entends mais je n’ai pas la force de lui répondre. Elle comprend que je ne rigole pas et se précipite vers moi pour m’aider à me relever. Je reprends mes esprits et nous allons raconter l’événement à ma mère.
Quelques semaines plus tard, le même épisode se reproduit. Cette fois ma mère est la seule présente. Elle déjeune sur la table de la cuisine. Je suis en train de ranger la vaisselle. Je range l’assiette que je suis en train d’essuyer et je me retrouve à nouveau par terre. Dans le brouillard dans lequel je suis, j’entends le rire moqueur de ma mère. Je la devine en train de manger. « Ah, ah, ah ! C’est la première fois que je te vois tomber, je ne savais pas que tu faisais comme ça ! ». Sa voix est joyeuse comme celle de quelqu’un qui vient de réussir un mauvais coup. J’émerge difficilement, et arrive tant bien que mal à me relever. Ma mère regarde mes efforts tout en grignotant la viande accrochée à son os de poulet. Sa réaction m’a mise mal à l’aise car je ne la comprends pas. Je me suis sentie humiliée face à son rire et à son plaisir devant ma difficulté à me relever. Cependant je ne dis rien pour ne pas déclencher une nouvelle crise d’hystérie. Plus tard, elle ira raconter l’épisode à mes deux plus jeunes sœurs, l’ai toujours aussi amusé. « C’est la première fois, que je l’ai vu tomber ! Je ne savais pas qu’elle faisait comme ça ! ». Toujours la même phrase et mes sœurs qui ne lui répondent pas. Cela dure plusieurs jours, jusqu’au retour de mon père.
Publié le 07/12/2006 à 12:00 par familysecret
J'ai de très vagues souvenirs de Rebecca, voyante africaine. C'était une femme bien en chair, à la peau plutôt claire. Elle exerçait ses talents de "guérisseuse" chez elle. Ce devait être une mère célibataire car tout le temps où nous l'avons fréquentée, nous n'avons croisé ni mari, ni amant. Sa fille Sandrine, âgée de 9 ans paraissait en avoir au moins 11, ce qui avait fait conclure à mes parents que Rebecca mentait sur l'âge de sa fille pour des raisons obscures.
Les rituels préconisés par Rebecca ne devaient guère être différents de ceux dont nous avions l'habitude, car je n'en ai pas gardé un souvenir mémorable.
Un soir nous attendons dans son salon. Nous devons prendre un bain et passer 2 par 2. Je vais avoir 12 ans et mon corps se transforme. Je n'ai pas envie de me mettre nue devant ma soeur, devant ma mère et encore moins devant cette femme. Je pleure et je protège ma poitrine naissante avec mes bras. En moins de deux, je suis plongée dans la baignoire avec ma soeur. Je ne sais pas avec quoi elle est remplie, mais peu importe je dois y passer, et j'y passe. Ma mère confuse, s'excuse de mon comportement auprès de Rebecca . "Et la pudeur, alors?" lui rétorque Rebecca avec un grand sourire de "mère compréhensive". Je m'asseois dans la salle de séjour qui sert de salle d'attente, les yeux rouges à force d'avoir pleuré. Je me demande quels étaient ces petits grains noirs et ses feuilles d'arbres qui flottaient dans l'eau du "bain". La voix et le regard méprisants de mon père me tirent de ma rêverie. "Ca ne t'a pas tuée?". Je le regarde sans répondre. Il insiste "Hein, hein, ça ne t'a pas tuée?" Je sais quelle réponse je me dois de lui donner et je tourne la tête de droite à gauche pour lui signifier que oui, il a raison, tout cela n'était rien.
C'est l'après-midi. Nous sommes assises mes 3 soeurs et moi dans la salle de séjour-salle d'attente, en compagnie de Sandrine. Rebecca est en consultation depuis un bon moment.Où sont mes parents, je ne sais plus, ils doivent nous rejoindre. La porte où se trouve Rebecca s'ouvre. Une métropolitaine en sort et prend congé. Mes parents arrivent au même moment. Bonjour poli. Une fois la métropolitaine partie, Rebecca regarde mes parents d'un air choqué: " Cette femme, elle m'a proposé 2 millions pour tuer son mari! Je lui ai répondu que je ne travaillait pas comme ça!" Du haut de mes 12 ans, je me demande pourquoi cela a pris tant de temps et pourquoi Rebecca n'a pas mis cette femme à la porte tout de suite.
Rebecca est devenue presqu'une amie pour nous. Elle vient manger à la maison, nous a rapporté des cadeaux de ses voyages d'Afrique, boubous, fruits et légumes du pays, etc. Un beau jour, j'entre dans la cuisine. Mes parents sont en train de discuter. Mon père très énervé dit à ma mère " Je vais voir Rebecca, et je vais lui dire 'Regarde tout ce que j'ai déjà dépensé'. Je sors de la cuisine, nous n'avons pas le droit d'écouter les conversations des adultes, mais j'ai peur. Peur que Rebecca ne se mette en colère et ne nous fasse du mal. Quoiqu'il en soit, j'ai compris que bientôt nous aurons affaire à un nouveau "guérisseur".
Publié le 04/12/2006 à 12:00 par familysecret
Mr Casimir disparut comme il était venu. Les marabouts se succédèrent les uns après les autres. Rien ni personne ne semblait pouvoir venir à bout du sortilège jetté par l'ancienne maîtresse de mon père.
Il y eu la période " voyage en Afrique". Je ne sais comment mon père obtenait l'adresse de "marabouts" ou "guérisseurs" situés dans ces contrées. Nous habitions une cité HLM dans laquelle mes parents vivent encore. Mon père ne prenait l'avion que le soir. Il ne fallait pas que les voisins le voit , de crainte qu'ils ne se mettent à poser des questions voire à avoir des soupçons! Il restait là bas en moyenne 15 jours, parfois plus longtemps. Il revenait à chaque fois émerveillé par le sens de l'accueil des Africains.
Nous attendions son retour avec impatience. Serions-nous guéris cette fois-ci? Réunis autour de lui dans la salle à manger, nous l'écoutions débiter ce que les séances de "voyance" avaient révélé. Evidemment, un grand danger nous avait menacé, mais grâce à l'intervention du "voyant", si nous suivions bien les rituels prescrits, nous serions sauvés.
De ses voyages, il ramenait systématiquement des herbes qui servaient à faire du "parfumage". Tous les soirs, dans une casserole réservée à cet effet, il brûlait ces herbes censées faire disparaître les "mauvais esprits". Incontournables également, les bouteilles en plastique, remplies de mixtures peu ragoûtantes mais que nous étions forcées d'ingurgiter. Je me souviens d'un objet de couleur bleue et de forme triangulaire accroché au bout d'une chaîne: "Le grand nom de Dieu". Nous ne devions nous en séparer sous aucun prétexte sous peine d'être atteints par les maléfices. "Le Granbd Nom de Dieu" avait cependant une petite faiblesse, il ne supportait pas l'eau. Si par malheur une goutte d'eau venait à tomber dessus, malheur!, car il perdrait ses pouvoirs de protection. Ce qui devait arriver arriva. Judith, ma soeur, commença un jour à se laver avec . Elle sortit en trombe de la salle de bain et s'écria " maman, j'ai fait ma toilette avec le Grand Nom de Dieu". Je revois encore les yeux effarés de ma mère. Elle prit le pendentif, le serra dans une serviette de toilette comme s'il avait été mouillé, et murmura " Ne dis rien à ton papa".
Parmi les "voyants" qui profitèrent de la pathologie de mon père et de notre ignorance, il y'eu Rebecca, Bernard, bien d'autres dont j'oublie le nom mais par dessus tout, il y eu Tita. Mais tout cela nécessite un chapitre à part entière.
Publié le 29/11/2006 à 12:00 par familysecret
Plus aucune énergie. Juste assez pour regarder les débilités de la télévision. Pourtant, j'en aurais des choses à faire. Préparer le CAPES par exemple. Je n'ai qu'à repenser à ma responsable, pour que la simple idée de retourner au boulot me donne de l'urticaire. Supporter à nouveau ses crises maniaco-dépressives et de paranoïa, merci! Pourtant, rien à faire, j'ai du mal à travailler sur les dossiers que je me suis préparée. Le pire c'est que je m'étais jurée de profiter de mon congé maternité, pour m'améliorer en informatique, et lui faire fermer son clapet, à cette dingue. Manque d'énergie.
Cet été, j'ai eu une envie folle de faire des travaux manuels, moi qui n'ai jamais rien fait de mes 10 doigts. J'ai acheté de quoi me mettre au point de croix, au tricot et au serviettage. J'ai brodé une petite serviette durant mon congé maternité et c'est tout. Manque d'énergie.
J'ai décidé de tout dévoiler. La "Sainte famille idéale", ça suffit! Je veux tout dire de la tyrannie parentale, des coups, des humiliations, des frustrations, de la sorcellerie. J'ai de quoi écrire un roman avec ma vie. C'est pourquoi j'ai ouvert ce blog, puisque parler m'est trop difficile. Pourtant je n'y arrive pas. Tous les jours, je rumine, je parle toute seule, en me revoyant à 20 ans avec un cadenas entre les jambes, à 22 ans avec un diable en moi, mais impossible de trouver la force pour l'écrire. Ras le bol de tout garder en moi, de tout prendre sur moi. Il faut que ça sorte, que j'écrive tout ce que j'ai subi depuis mon enfance...Manque d'énergie.
QUESTION:
Je ne suis pas la seule à avoir été victime de parents ayant l'air "adaptés" - quoique, certains de leurs comportements ont du mettre la puce à l'oreille de certains - mais souffrant de troubles psychologiques, voire psychiatriques. Je ne suis pas la seule à avoir été victime de Tita. Suis-je la seule dans cet univers à s'être retrouvée avec un cadenas entre les jambes ? Suis-je la seule dans cet univers à qui ce monstre, cette reine du vaudou a donné un diable pour mari afin de faire fuir tous les hommes devant elle?
Y'a t'il quelqu'un sur cette planète qui comprenne ce que je dis?
Publié le 14/11/2006 à 12:00 par familysecret
La veille:
Grosse angoisse. Pas de contractions, pas de perte d'eau mais du sang. Ce n'est pas normal. Très vite j'ai mal. Panique à l'hôpital, vais-je perdre mon bébé? Avoir attendu aussi longtemps, passer le cap des trois premiers mois, suivre toutes les indications médicales, psychologiques, sophrologiques, sportives, pour perdre mon bébé à 4 jours de la date prévue? Pourquoi moi? J'angoisse et j'ai mal car les contractions qui commencent à arriver sont insupportables.
Le jour J:
Césarienne. Ce n'était pas pour moi, ça n'arrive qu'aux autres. Surprise et inquiétude , je n'ai rien lu sur ce mode d'accouchement. Je ne sens rien quand on retire mon bébé de mon ventre. La péridurale n'a pas supprimé que la douleur. C'est une fille, UNE FILLE, j'ai une fille. Moi, la bonne à rien, j'ai réussi à faire une petite fille. J'entends son cri derrière le rideau. Qu'est-ce que je ressens? Un sentiment d'étrangeté puis une immense joie et enfin de la fierté. Je suis mère d'une petite fille, je me sens mère tout à coup. On me l'emmène et je reçois un choc devant sa beauté. Je ne pensais pas faire une belle enfant. On m'a trop répété que j'étais laide. Merci mon Dieu, merci la vie.
Premiers jours:
L'horreur. Ma petite fille est malade. Je ne peux pas la toucher, ni l'embrasser. Comment vaincre ma peur des nouveaux-nés si je ne peux pas m'occuper de mon bébé? Je ne peux ni la laver, ni la changer, ni la nourrir. De loin, je regarde faire les soignants et leurs gestes techniques et je souffre.
Séjour:
J'ai mal, je souffre le martyre. Les douleurs de la césarienne n'y sont pour rien. L'état de santé de ma petite fille s'est aggravé. Elle est partie loin de moi, dans un autre hôpital. Je la revois dans son berceau tandis qu'on la sort de ma chambre. Pour la première fois ses yeux se sont ouverts, elle me regarde et semble me demander "Pourquoi"? Je culpabilise au maximum. Ma première crise de larmes a lieu.
Mon amoureux me donne de ses nouvelles tous les jours. Je ne peux pas la voir, juste lui envoyer des messages. Elle est si petite, ma puce. La famille et les amis sont présents et nous donnent des encouragements qui n'ont aucun effet sur nous. Nous sommes morts tous les deux.
J'ai vu les photos que m'a apporté mon amoureux. Ma petite fille a mal. La maladie lui fait faire des grimaces. Ses bras sont couverts de bleus, restes de tentatives de perfusions et de piqures. Je pleure tous les jours, à chaque heure, à chaque moment. Pourquoi elle? N'ai-je pas assez souffert? Tous les coups, toutes les humiliations, les frustrations de mon enfance, n'ont servi à rien. Je n'ai rien payé à l'avance. Ma petite fille va souffrir comme moi. Me revient à nouveau la phrase qui me poursuit depuis toujours " Je suis maudite". Seule dans ma chambre d'hôpital, allongée sur mon lit, je me remets à prier le Seigneur " Protégez la, s'il vous plaît, faîtes moi mal à nouveau, j'en ai l'habitude, mais pas elle s'il vous plaît, pas elle". Je ne suis plus pratiquante, suis-je encore croyante? Je crois en des forces qui nous dépassent, je sais que le mal existe et que des esprits malfaisants peuvent nuire. Je le sais car je l'ai vécu. Je sais que ma foi a fait sortir le diable qui avait pris possession de moi. Cependant je ne suis plus catholique, les rites de cette religion n'ont plus de sens pour moi. Quoiqu'il arrive, je n'irai voir aucun marabout! Ma fille guérira. A nous trois, nous serons plus forts que la maladie. Nous serons bientôt à la maison.
AMEN
Publié le 26/10/2006 à 12:00 par familysecret
Mon premier contact avec la sorcellerie date de mon enfance. Quel âge avais-je, je ne saurais le dire. Peut-être 8 ou 9 ans. C'était un samedi. Mes soeurs et moi revenions de l'école. En ouvrant la porte, nous avons aperçu la silhouette de ma mère derrière le rideau de la porte de la salle à manger, mon père assis à côté d'elle. Tous les deux étaient attablés face à un homme, un noir avec l'accent africain que nous ne connaissions pas. Entre-eux, sur la table, une bougie allumée. Nous sommes discrètement descendues dans les chambres, nous avions été dressées pour ne pas nous faire remarquer en présence de quelqu'un. L'entretien a duré des heures et des heures. Nous avions faim mais il n'était certainement pas question de nous faire remarquer. C'est entre-nous que nous avons exprimé nos interrogations. Qui était cet homme? Que venait-il faire ici? Et surtout, pourquoi nous empêchait-il de manger?
Il devait être aux alentours de 15h00 lorsqu'il est parti. Aussitôt, nous sommes montées et nous avons bombardé ma mère de questions. Sa première réponse, je m'en souviens encore, fut: " Ca faisait très longtemps qu'on attendait ce monsieur". Et là, elle nous a expliqué très tranquillement que depuis longtemps nous étions victime de sorcellerie. En effet, la femme avec qui mon père avait eu des enfants avant d'épouser ma mère, nous avait par jalousie, jetté un "mauvais sort". Devant nos yeux grands ouverts ma mère nous a expliqué comment cela se manifestait. Des "esprits" invisibles, des espèces de démons, vivaient parmi nous. Nous ne les voyions pas mais eux étaient parmi nous et étaient la cause de tous les problèmes familiaux: le frigo qui s'était brusquement arrêté de fonctionner et faisait pourrir la viande, lui donnant une odeur pestilentielle, les disputes de mes parents pour un oui pour un non. Tout ce que nous vivions était lié à ce sortilège.
L'image qui me revient est celle de mon refus d'aller chercher un tabouret en bas pour que nous puissions manger. Je m'en souviens car le "non" était interdit chez nous. Encore aujourd'hui, pour mon père il est inconcevable qu'un enfant puisse dire "non" à un adulte. Curieusement, ma mère n'a rien objecté à mon refus, pas de coups, pas de crises d'hystérie. Elle a simplement haussé les épaules et m'a jetté un regard me signifiant à quel point j'étais idiote d'avoir peur. Aucune parole pour me rassurer, bien-sûr, à 8-9 ans on n'est plus un bébé. Ce qui me revient surtout, c'est la terreur qui m'a envahie ce jour là, et qui je pense ne m'a plus jamais quittée. C'est à peu près à cette période que j'ai commencé à faire pipi au lit et ce jusqu'à l'âge de 11 ans! Bien entendu, la réponse de mes parents à mes "fuites" nocturnes ne pouvait être que des humiliations en public: étalage des draps, insultes et moqueries, particulièrement en me comparant à mes soeurs plus jeunes, qui elles étaient propres. J'ai surtout donné l'occasion à ma mère de s'adonner à un de ses plaisirs favoris: les coups de ceinture. A chaque drap découvert trempé, j'avais droit à une vingtaine de coups de ceinture donnés d'une traite qui semblaient lui faire le plus grand bien. Aujourd'hui, (je ne fais plus pipi au lit, dieu merci) mais j'ai peur de tout. Certes, j'ai pris beaucoup de recul par rapport à toutes ces histoires mais j'ai toujours en moi une angoisse qui s'est plus ou moins déplacée. Lorsque je suis seule, j'ai peur de m'endormir le soir, et je ne le fais jamais si la lumière n'est pas allumée. J'ai obtenu mon permis il y'a 7 ans mais j'ai peur de conduire. J'ai peur de m'exprimer en public, cela va mieux depuis que je suis en analyse, mais je "m'écrase" devant certaines personnes. Cela est du à l'image paternelle, être psychorigide, autoritaire, et écrasant mais aussi à tout cet univers de sorcellerie et de vaudou dans lequel j'ai baigné tout le temps où j'ai vécu chez mes parents.
Ce monsieur s'appellait "Monsieur Casimir", du moins c'est le nom que nous lui donnions. C'est "grâce" à lui que nous avons pu voir des poules et des animaux de ferme vivants. En effet, à partir de ce jour, afin d'assurer notre "guérison", mon père partait sur les marchés acheter des poules, parfois blanches, parfois noires, et d'autres animaux qui étaient tués je ne sais pas comment. Je ne sais pas non plus ce que devenaient ces pauvres bêtes, à l'époque nous étions plus ou moins tenues à l'écart de tous ces rituels.
Certaines choses me sont restées en mémoire. D'une part l'avertissement de ma mère: ne rien dire, jamais, de ce qui se passait à la maison, ne jamais parler du sortilège, de Mr Casimir, des rituels, tout devait rester secret. Mr Casimir avait prévenu, si nous parlions, c'est lui qui nous jetterait un sortilège: notre langue deviendrait si lourde que plus jamais nous ne pourrions parler. Seule ma soeur ainée et moi sommes capables aujourd'hui de parler de toutes ces histoires de sorcellerie. Pour mes deux soeurs les plus jeunes cela fait encore partie du secret familial. La deuxième chose dont je me souviens, ce sont certains rituels. Une bassine de couleur orange dans les toilettes, dans laquelle nous faisions pipi tous les matins, les uns après les autres, avant le petit-déjeuner. Puis avant d'aller à l'école, ma mère nous "lavait" avec. Pourquoi ? Mystère et boule de gomme. Mon père prenait la relève ensuite et lavait les murs avec notres miction quotidienne. Je me souviens également de ces bouteille d'eau en plastique, remplie d'un liquide douteux dans lequel flottait des particules de je ne sais quoi et que nous ingurgitions matin et soir. Explication de ma mère " C'est pour vous faire bien travailler à l'école". Sachant que la réussite scolaire était une obsession chez mon père et le seul moyen que nous avions pour être reconnues par lui, inutile de dire que nous buvions ce breuvage répugnant avec avidité. De toutes les manières, dressées pour obéir, il n'y avait aucun souci de ce côté là, mes soeurs et moi exécutions tous ces rituels à la perfection. Autre rituel très important et que nous retrouverions plus tard chez d'autres "guérisseurs" et d'autres pratiques de magie noire ou de vaudou: le "parfumage". Cela consistait pour mon père à faire brûler tous les soirs dans une vieille casserole remplie de charbon, certaines poudres qui lui avaient été recommandées. Très vite une odeur forte et désagréable se répandait dans tout l'appartement, qui nous faisait parfois tousser mais était indispensable pour chasser les mauvais esprits.
A l'instant un autre souvenir me revient. Un jour, je ne sais plus pourquoi, mais de toutes les façons avec mes parents les raisons importent peu, ma mère me rouspétait. Petite fille, mes parents m'avaient collé une étiquette de "Mauvaise" fille, de "Diable", de "Sale caractère". Pour un oui, pour un non, j'avais droit à ces qualificatifs, surtout de la part de ma mère, et bien souvent je ne comprenais pas pour quelle faute. Ces mots me sont revenus toute mon enfance et bien après pour parler de moi (aujourd'hui encore cette étiquette me reste collée) Bref. Ma mère me rouspète et je l'entends encore me dire ce que Mr Casimir avait dit lors de la dernière séance de voyance: il y'a une petite fille ( moi bien-sûr) qui est très mauvaise, il faudra faire très attention avec elle car elle va finir mal, plus tard ellle n'aura pas de copines tellement elle est mauvaise, ( leitmotiv de ma mère jusqu'à ce que je rentre au lycée: "plus tard tu n'auras jamais de copines, t'es trop mauvaise!" ), personne ne voudra d'elle, etc." Je me revois désespérée, en train de pleurer à chaude larmes à côté d'elle écoutant son mépris. Quelques heures plus tard tandis que j'étais dans ma chambre, elle est venue me voir avec le sourire de sadique qu'elle a toujours eu et dont mes oeurs et moi parlons de temps en temps, aujourd'hui. Ses yeux brillaient de joie contenue et elle m'a demandé " Pourquoi, tu pleurais tout à l'heure, c'est parce que maman t'as dit que tu n'étais pas gentille? Hein, dis moi, c'était pour ça?" J'ai juste haussé les épaules et elle a eu l'air presque déçue que je ne lui dise pas que oui ses paroles m'avaient fait mal et m'avaient blessées. Je crois que je devais avoir 15 ans quand j'ai réalisé que c'était une menteuse et que Mr Casimir ne lui avait jamais dit ça.
Mr Casimir a été le premier d'une longue série de guérisseurs qui se sont succédé, il est loin d'avoir été le pire.
Publié le 21/10/2006 à 12:00 par familysecret
Nouvelle rumination. Comment est-ce apparu? Par association d'idées comme toujours. Mon amoureux et moi parlons de téléphone, je ne sais plus ni comment, ni pourquoi. Il me raconte comment son père piquait des crises lorsque ses soeurs, adolescentes, téléphonaient à leurs petits copains. "Un jour il a même raccroché alors que Fanny était au téléphone", me dit-il. Il me raconte cela en souriant, pour lui ce n'est pas un mauvais souvenir.
Aussitôt, mes souvenirs reviennent et je lui raconte. Mon père est radin, cela fait partie de sa pathologie, mais à l'époque je ne sais pas qu'il est malade. Le moindre sous est compté. Une douche, une fois de temps en temps pour faire des économies d'eau. Lorsque l'on fait la vaisselle, que l'on se brosse les dents, il n'est jamais loin, pour nous rappeler de fermer le robinet ou d'utiliser moins d'eau. Même chose pour les cotons tiges. Nous sommes 4 filles, il nous a surpris un jour en train de nous nettoyer les oreilles, chacune tenant un bâtonnet. Aussitôt, la crise a démarrée: "gaspillage", "on voit bien que ce n'est pas votre argent qui paye". Dorénavant, nous utiliserons un coton-tige pour 2...Adolescentes, nous pouvons recevoir des coups de Tél., de filles bien-sûr; il est hors de question que des garçons nous appellent. Par contre, téléphoner est interdit. Cela n'a jamais été dit clairement, mais nous avons été bien dressées et nous connaissons les interdits sans même qu'ils aient besoin d'être énoncés. C'est d'ailleurs, la grande fierté de nos chers Parents. Pourtant, parfois, tél. s'avère nécessaire, surtout lorsque l'on n'a trop honte de dire à ses rares copines dans quelle ambiance nous vivons. Aussitôt le même scénario se reproduit. La Mère dans la cuisine, se met à faire raisonner sa vaisselle. Les assiettes claquent les unes sur les autres, les portes des placards se ferment brutalement... La voix du Père résonne juste assez fort pour qu'on entende quelques mots: "Je vais mettre un cadenas", " Mon argent", " Je vais vous faire payer...". La tension monte, l'estomac est noué. Continuer à donner le change, faire comme si on était une jeune fille normale qui tél. à ses copines. Pourtant la gêne se sent. Raccrocher au bout de 2mns. Tout à coup, tout est plus calme à la cuisine. Plus un bruit. La voix paternelle se fait encore entendre mais plus discrète. "Je vais demander une facture détaillée et je vais arrêter de payer".
Ce matin, je raconte à mon amoureux. J'ai 19 ans. J'ai eu mon bac en juin, ce qui m'a donné le droit d'être "libre": j'ai le droit de regarder la télé le soir, de sortir avec des copines le jour et même le soir, à la condition qu'elles soient connues, et que je dise où je vais. J'ai même le droit d'aller au cinéma toute seule. Ce qui pour mes chers Parents est un signe de grand libéralisme. Par contre, pour le tél. et les garçons rien n'a changé. Au printemps, j'ai bravé un interdit. J'ai osé écrire à diverses institutions pour travailler l'été, gagner un peu d'argent et être autonome. Lorsque j'ai reçu une proposition pour travailler à l'hôpital en septembre, j'ai attendu 4 jours avant d'aller l'annoncer. Pour cela, j'étais accompagnée de mes deux plus jeunes soeurs, qui en choeur, avant que les Parents aient pu dire quoi que ce soit, ont expliqué l'avantage qu'ils pourraient tirer à ce que je gagne de l'argent pendant mes études. Pour le Père, ce n'est pas très difficile, il a suffit de lui faire comprendre qu'il en dépensera moins. La Mère, a tiqué un peu. Il y'aura des hommes, est-ce que je ne vais pas perdre ma virginité? Elle n'a rien dit, mais tout le monde savait ce qui la tracassait. Peu importe, le Père est d'accord, alors...J'ai travaillé un mois dans cet hôpital, horrible, atroce, mais j'ai gagné 4668,73 Fr, le SMIC de l'époque et une fortune pour moi. J'ai pu ouvrir un compte-épargne, mon rêve depuis des années! Et en plus j'ai une bourse, minime certes, mais considérable pour moi. Je suis donc indépendante financièrement. Durant ce mois de travail, j'ai sympathisé avec un garçon, Stéphane. Sa grande sensibilité nous a rapproché. Nous gardons contact à la fin de mon contrat. Nous nous écrivons car avec mes sous, je peux acheter des timbres et les Parents ne peuvent pas contrôler les lettres que j'écris. Pour pouvoir téléphoner tranquillement, j'ai acheté une carte Tél. Je téléphone un soir dans une cabine à Stéphane qui est un garçon très bavard, puis je rentre tranquillement. Le père arrive quelques minutes après. Je rentre dans la cuisine et il en sort. La Mère me regarde sévèrement. " Ton papa, t'a vu dans une cabine téléphonique". Sous cette affirmation se cache une question que je ne comprends pas tout de suite, " A qui téléphonais-tu, et pourquoi?" . Naïvement, je réponds " Ah, oui". Rien qu'à ses yeux, je comprends que la Mère attendait que je me justifie. La crise explose aussitôt. Je ne sais plus ce qui se dit à ce moment. Je me revois allongée sur le lit, pleine de rage contenue. Nous vivons dans un duplex et la chambre que je partage avec ma soeur ainée est située en bas.
Le Père: De toutes façons, toutes ses sorties qu'elle faisait, c'est terminé!
La Mère: Ah, oui, oui, tout ça c'est terminé!
Elle se met en haut des escaliers et enragée elle crache son venin: " Tu peux Tél. à ton Afouk, j'en ai rien à foutre!." "Tu n'as qu'à lui dire de t'appeler dans la cabine!" Traduction: Cela fait des années que les Parents font une fixation sur les Africains. Filles ou garçons, il nous est interdit d'en fréquenter car en moins de 2 nous serions ensorcellées, marabouthées, victimes de magie noire. Je comprends alors la raison de la crise. Si je suis allée dans une cabine Tél. C'est parce que je ne voulais pas que les Parents entendent, ( je devrais dire "écoutent") ce que j'avais à dire. Si je ne voulais pas qu'ils entendent ma conversation, c'est parce que j'ai qq.ch à cacher et ce qq. ch est forcément un garçon. Pour le Père, il s'agit forcément d'un Africain qui m'a peut-être déjà ensorcellé. Pour la Mère, toujours la même angoisse: ma virginité!
J'ai cédé pour avoir la paix. J'ai dit à qui j'avais Tél. et pourquoi j'avais été dans une cabine. C'était Stéphane, vous lui reprochez d'être bavard, je ne voulais pas utiliser votre Tél. , c'était pour éviter de dépenser votre argent. La crise s'est calmée comme par enchantement. Mais 20 ans après, j'enrage encore. Ils ont gagné, je me suis justifié devant eux, ils ont su qui j'avais appellé, pourquoi et la teneur de mon appel.
Mon amoureux me regarde avec tendresse. Il y'a longtemps qu'il sait ce qui se cache derrière l'image idéale de ma Sainte-Famille, mais chacun de mes récits le décontenance à chaque fois.
" N'oublie pas que tu dois finir ton premier devoir cet après-midi, essaie de penser à autre chose", me dit-il tandis qu'il m'entend ruminer toute seule dans la cuisine.