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Nom du blog :
familysecret
Description du blog :
Derrière la famille idéale, mon enfance dans le monde de la sorcellerie, du vaudou, de la folie
Catégorie :
Blog Paranormal
Date de création :
11.10.2006
Dernière mise à jour :
04.01.2009

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Photos de famille

Publié le 05/06/2007 à 12:00 par familysecret
WE en "famille". La veille, comme d'habitude mes anciens souvenirs sont revenus me hanter. J'ai ruminé mais peu de temps. J'ai décidé que demain je montrerai mes photos d'enfance à mon amoureux. J'ai déjà fait plusieurs tentatives. Il y'a 6 ans, c'est lui qui a demandé à La Mère de lui montrer l'album familial. "Je ne sais pas où il est" a été la réponse. Je n'ai rien dit mais je connais suffisamment La Mère pour savoir que c'est faux. Plus rangée qu'elle, tu meurs. Parmi les nombreuses devises dont elle nous a bassinées : " Chaque chose a sa place et chaque place a sa chose". Elle sait parfaitement où est l’album photo mais elle a décidé de ne pas le sortir. Tout ça parce que lorsque nous étions adolescente, Corinne avait profité de l’absence de toute la famille pour prendre quelques photos et constituer son propre album. Malheureusement, nous n’avons jamais su de quelle manière, mais elle a perdu cet album quelques temps après. Des photos de nous ont donc disparu et pour La Mère qui est attachée à chacun de ses objets comme il n’est pas permis, c’est un véritable drame. Depuis ce jour, nous n’avons plus accès aux albums photos. Il y’a un mois, je lui ai demandé de me sortir cet album.
-« Je ne sais pas où il est avec Corinne qui l’avait pris »
- « Mais c’était y’a longtemps ça »
- Changement de conversation…
Je ne sais pas pourquoi mais ce WE, j’ai décidé que je le verrai. Je l’ai d’autant plus décidé que je sais que Raphaëlle y a eu accès. Je le sais puisque mon beau-frère m’a montré les photos qu’il a lui-même scannées. La Mère a décidé que Moi je ne verrai pas cet album. Pour arriver à mes fins, j’ai un plan imparable. J’appelle La mère la veille. Je lui explique tout naturellement que mon amoureux et moi souhaitons faire un album photo pour notre fille. La semaine dernière ma belle-mère a rapporté l’album familial et nous avons choisi des photos à mettre dans le futur album. Il ne manque plus que les miennes. Je prendrai l’album, je scannerai les photos et lui rendrai l’album.
- Tu peux prendre des photos
- (Surprise) Euh, non. Je veux juste les scanner
- Oh, mais tu peux les prendre
- Non, non. Je les scanne, et puis je te les rends, sinon ça va faire des trous dans l’album, ça fait moche…
Je suis surprise qu’elle ait accepté si facilement mais je la connais tellement bien. Je sais que la mettre en rivalité avec ma belle-mère va la faire réagir. Je sais qu’elle ne veut pas que ma belle-mère soit « la préférée ».

Le WE s’est bien passé. La Mère avait mis les petits plats dans les grands et comme d’habitude avait préparé trois tonnes de nourriture. Le Père n’a pas arrêté de répéter que ma fille était belle et que sur les dernières photos que je lui ai envoyées, elle est magnifique. Dans la bouche du Père ces paroles me laissent pantoise. Comme toujours, il a débité ces conneries sur la politique, sur les homosexuels, …Mon amoureux a tenté d’argumenter pendant que j’éclatais de rire face aux conneries du Père assénées comme La Vérité Suprême. Cela fait des années que je le laisse s’écouter parler. Je sais que cela ne sert à rien de discuter avec lui, tout ce qui sort de sa bouche est La Vérité.

A ma grande surprise, j’étais bien. Aucun mauvais souvenir n’est revenu à la surface. Ma puce a passé l’après-midi à gazouiller dans les bras de son Papy. Mon amoureux et moi avons félicité La Mère pour son repas excellent. Elle était comblée. Nous sommes repartis avec 2 albums et la promesse de nous revoir très bientôt.

La famille idéale, quoi…

De retour, nous avons regardé les deux albums photos. J’étais à la recherche d’une photo qui a malheureusement disparue.

J’ai 10 ans et demi et je commence donc à sortir peu à peu de l’enfance. C’est l’été et nous déjeunons chez tante Yeyette (surnom pour Marie-Henriette) la sœur de ma grand-mère. Corinne est partie en vacances chez son parrain. Comme d’habitude après le déjeuner, nous sommes assises mes deux plus jeunes sœurs et moi sur le canapé, silencieuses, la tête baissée. Nous avons été bien dressées, nous ne bougerons pas jusqu’au signal du départ. Je ne sais pas ce qui me prend, l’âge sans doute, je commence à parler avec mes sœurs. Tout doucement bien sûr. Encouragée par mon audace, elles me répondent et nous commençons une discussion à mi-voix. Au loin, j’entends tante Yeyette proposer de faire une photo et elle part chercher l’appareil dans une autre pièce. Toute à ma conversation, je sors une plaisanterie à mes soeurs et sans même nous rendre compte de ce que nous faisons, nous éclatons de rire. Cela ne dure qu’une seconde car à l’instant même où le premier son de nos rires retentit, Le Père rugit ivre de rage « TAISEZ-VOUS ! ». Je ne sais plus de quoi il nous menace car nous sommes comme paralysées. Je sens les flashs de l’appareil photo qui nous mitraillent. Je suis stupéfaite tandis que je ne peux que me dire « On n’a même pas le droit de rire !».
Je me souviens parfaitement de la photo « disparue » : nous sommes assises, toutes les trois la tête basse et Le Père nous a rejoint sur le canapé. Sa tête est tournée vers nous et son regard n’exprime que de la colère mélangée avec de la haine. Ce moment nous a tellement marquées, nous en avons tellement parlé, que Corinne en parle comme si elle l’avait vécu elle-même. A chaque fois, nous sommes obligées de lui rappeler qu’elle était absente et qu’elle passait des vacances avec son parrain. Il existe une autre photo de cette journée et que je retrouve dans l’album. Nous sommes toujours assises sur le canapé, encadrées entre nos deux parents. La Mère nous a rejointes. Tous deux sont tous sourire. Mes sœurs et moi en revanche avons peine à soulever nos têtes pour regarder l’objectif, certainement une demande de tante Yeyette. Nos yeux sont rouges de larmes contenues et notre regard…Quel horreur ce regard ! Le désespoir incarné. Toute la souffrance du monde se lit sur notre visage…

La famille idéale, quoi…

1986

Publié le 22/05/2007 à 12:00 par familysecret
Je recommence une terminale mais cette fois, je suis décidée à réussir. J'ai beau être la seule cause de mon échec, je mets cela sur le compte de ma malchance et de la malédiction qui me poursuit depuis mon enfance. Je me replie de plus en plus sur moi-même. je me retrouve avec des élèves plus jeunes que moi et qui ont davantage d'expérience que moi. Ma vie se résume à aller au lycée, faire mes devoirs et aller me coucher. La haine a remplit mon coeur. Je hais mes parents. Je rêve de réussir et je m'imagine dans un autre monde, celui des personnes "lettrés". Il ne s'agit pas pour moi de sortir de mon milieu social, mais de m'éloigner au maximum de mes parents. Je ne veux pas leur ressembler. A étudier la philosophie, la Littérature, les langues étrangères, je me rends compte à quel point ils sont incultes et par dessus tout incapables d'avoir une pensée logique et structurée. Je découvre que tous leurs principes assénés comme des vérités ne sont que des inepties. Leur mauvaise foi lorsqu'ils sont pris en défaut me répugne. Nous sommes en conflit ouvert avec Le Père qui a bien entendu nos revendications. Il s'étrangle de rage de voir sa suprématie remise en cause. Il a beau nous avoir dressées, il n'a pas pu nous empêcher de penser, de nous laisser influencer par les autres. Cela, il ne l'avait pas prévu. Pas une seconde il n'avait imaginé que nous nous révolterions que nous le critiquerions et que nous aurions un avis différent du sien. Sa rage en est décuplée.
"Vous faites vos projets, mais la personne peut vous prendre par LA PEAU DU CUL, vous foutre dehors, vous dire d'aller payer vos études!"
" Il n' y a qu'un seul MAITRE ici, c'est moi! Si les LOIS qui sont dans cette maison ne vous plaisent pas, vous n'avez qu'à aller chercher du TRAVAIL! Je sors! Je sors! Le CON est là, il ramène l'argent! Vous n'êtes pas chez vous ici, Vous n'avez rien à vous dans cette maison, les vêtements que vous portez ne sont pas à vous. C'est avec MON ARGENT que vous mangez..."

Les humiliations ont changé. Il ne s'agit plus de nous parler comme à des chiens en public, il s'agit de nous rappeler que nous ne sommes que des moins que rien, de la vermine dont la vie ne dépend que de sa charité. La Mère jubile. Un jour où Le Père nous envoie ses insultes à la figure, elle m'aperçoit et éclate de rire. "Pourquoi tu ris?", "Parce que tu as eu ta part!". Pauvre idiote!

Je n'en peux plus, j'étouffe! A l'aide, sortez moi de là! Je ne dis rien, je garde tout à l'intérieur car si je craque, si j'explose, les retombées seront catastrophiques pour moi. Pendant des heures et des heures, je reste assise à secouer ma jambe droite. Un tic nerveux que j'ai depuis environ deux ans. Je me balance aussi d'avant en arrière. Je passe des heures à pleurer ce qui déclenche l'agressivité de La Mère qui s'amuse à me rabaisser: " Ne pleure pas ma Nanou chérie, je vais écrire pour toi dans une agence matrimoniale"
De temps en temps, Le Père essaie de se montrer compréhensif. " Va au Parc de La Courneuve avec un livre pour te changer les idées", " Moi, si j'avais eu un père comme ça, je n'aurais pas compris, je l'aurais détesté même, mais après je l'aurais remercié". Je pleure et je déteste la vie.

Parallèlement, les "mauvais sorts" de la Femme des Antilles continuent à nous toucher. Mes soeurs et moi ignorons quelles en sont les manifestations mais nous y croyons dur comme fer. Ces idées de sortilèges concordent tout à fait avec l'idée que je suis maudite. J'ai les pires parents que l'on puisse avoir, je suis le dernier des cageots et en plus je suis victime de sortilège depuis mon enfance. Depuis quelques temps, Le Père semble avoir trouvé quelqu'un qui lui semble compétent. Une femme d'origine Haïtienne qui invoque les Esprits.

Nous sommes en 1986. 20 ans avant la naissance de ma fille, Le Père nous emmène en enfer. Je croyais ne pas pouvoir connaître pire que ce que j'avais connu jusqu'alors. Je me trompais car cette année là, je vais rentrer dans un monde que peu d'êtres humains ont le malheur de connaître.

Tous les garçons et les filles de mon âge...

Publié le 07/05/2007 à 12:00 par familysecret
J'entre au lycée écrasée par la pathologie de mes parents. Je ne sais pas encore que ce sont des malades mentaux, je me sens juste étouffée et écrasée par leurs discours et leurs idées.

Pour La Mère: rester vierge jusqu'au mariage et avoir pour principale occupation le ménage. Eviter d'avoir des copines qui peuvent avoir une mauvaise influence.
"Il y'a des filles qui prennent un appartement avec d'autres filles. Elles sont sérieuses mais quand elles voient les autres coucher avec plein de garçons, et bien elles font la même chose, elles se laissent entraîner", " Il y'a une fille sérieuse qui a été dans une boum. Comme elle était sérieuse, sa mère l'a laissée y aller, et bien il y'a un garçon qui savait qu'elle était sérieuse et qui avait parié avec ses copains qu'il l'aurait. Dans la boum, il lui a fait boire une drogue. Elle s'est endormie et quand elle s'est réveillée, elle avait du sang entre ses jambes, et il y'avait un mot écrit à coté d'elle " Je t'ai eu salope!". Ni mes soeurs, ni moi ne savons d'où elle tient ces vérités mais nous ne posons aucune question. Je n'ose même pas me demander par exemple de quelle drogue il s'agit et comment ce garçon s'y ait pris pour s'en procurer. Cette histoire me fait peur mais ne m'empêche pas de rêver le soir que l'autre fille, celle que j'ai imaginé, celle que je deviens le soir dans mon lit, est invitée dans des boums.

Pour Le Père: faire des études le plus longtemps possible pour gagner le plus d'argent possible, la seule condition pour réussir étant de passer tout son temps à lire. Donc pas de TV, pas de sorties, pas de copines. la question des garçons ne se pose même pas. Mes soeurs et moi sommes des êtres asexués. Un jour nous aurons la permission d'avoir un mari avec lequel nous pourrons sortir, mais d'abord faire des études, pour gagner le plus d'argent possible.

L'un et l'autre sont faits pour s'entendre. Leur volonté de nous faire réussir socialement n'a en réalité qu'un objectif: flatter leur ego démesuré. "Nous, nous sommes de bons parents. Nous nous avons su élever nos enfants. Regardez, elles ont fait de grandes études. Elles ne sont jamais allées traîner dans des endroits sordides tels que les boums, le cinéma, les cafés. De toutes façons, tout cela ne les intéressait pas. Elles, tout ce qui les intéressent, c'est la lecture. Ce sont des filles bien. Elles n'ont pas connu d'hommes avant d'avoir 30 ans et elles n'en ont connu qu'un seul, leur mari! (Mes filles étaient toutes vierges pour le mariage)."

Je suis en seconde. Ma soeur Jenny, de 2 ans ma cadette commence sa crise d'adolescence. Elle reproche à La Mère de ne pas pouvoir se rendre dans une boum alors que ses copines y vont. Le Père a surpris la conversation et reprend la situation en main. Je ne me souviens que de ses dernières paroles " Vous êtes des négresses! Allez dire à vos copines, mon père c'est un noir. Moi mes copains, ils sont tous instituteurs!". Dans un autre contexte, je lui demanderai qu'est ce que le fait d'être noires vient faire là-dedans. Les sorties sont les choses des Blancs? Les filles noires sont censées rester cloîtrées? Vouloir sortir, aller au cinéma, aller dans des boums, c'est vouloir être blanc? Tes copains sont tous instituteurs, et alors? Ils ont gagné le pactole en étant instit? Et quand bien même, ils ont vécu comme des moines pour ça? Mais je ne dis rien et Jenny se tait elle aussi. Nous avons été dressées pour ça, subir en silence.


Il y'a pourtant une chose encore plus importante que la réussite des études et la sauvegarde de notre virginité: se défendre des "mauvais sorts." Celui jeté par la Femme des Antilles mais aussi tous ceux susceptibles de nous arriver. Tout le monde est suspect. Interdiction de se faire prendre en photo par qui que ce soit. Attention à ne pas laisser traîner nos cheveux, nos ongles, et surtout nos sous-vêtements. Comme nous n'avons pas le droit de sortir, cela nous préserve de faire de mauvaises rencontres. A l'époque, j'ai fait la connaissance de Noëlle ma meilleure amie. Dès que mes parents le savent, ils me mettent en garde, ou plutôt me font comprendre que je dois arrêter de la côtoyer. " Tu sais, ce que font certains parents? Ils prennent l'intelligence d'un enfant pour la donner à un autre". D'où tire t'il une connerie pareille? La mère de Noëlle ne me connaît pas, pourquoi voudrait-elle me jeter un sortilège pour "prendre mon intelligence" et la donner à sa fille? A l'époque, mes résultats scolaires sont catastrophiques pour la première fois de toute ma scolarité. Le Père m'a lu un article de journal dans lequel un père Antillais avait mordu son fils parce que ses notes étaient mauvaises. Il me promet de me faire la même chose. Ces paroles n'ont aucun effet sur moi. Même si j'en avais envie, je ne pourrais pas. Je n'ai plus aucune énergie. Je n'ai plus envie de me battre. Plus envie d'être une bonne élève. Plus envie de faire semblant. Je déteste ma vie. Je me déteste. J'ai découvert aussi que je déteste Le Père, je le hais. Cela n'est pas difficile de me l'avouer puisque je ne crois plus en Dieu. Je ne crois pas que Dieu m'aime, bien au contraire, je suis persuadée qu'il me déteste. J'ai du commettre un crime bien horrible pour hériter de la vie que j'ai. Je suis laide. Je suis mal habillée. J'ai des parents qui me mènent une vie d'enfer. Toutes les filles de mon âge ont un petit ami, sauf moi. Depuis peu je sais que mon âme a été vendue au diable par la Femme des Antilles. Le Père est allé à Haïti pour nous délivrer. Ma vie se résume à aller au lycée, accomplir les rituels de protection contre les mauvais esprits et me coucher. Je souffre d'insomnie et passe mon temps dans un monde parallèle. Je suis une autre, quelqu'un à l'opposé de moi. Les histoires que je vis sont inspirées de celles que je lis dans OK Magazine. Entre ce que je vis et ma vie rêvée, ma haine grandit. Contre Le Père, contre la Femme des Antilles et tous les autres qui peuvent nous jeter des mauvais sorts, contre Dieu. A la fin de l'année, le redoublement est proposé. Mais Le père fait "appel". Je passe en première sans difficultés. Les professeurs ont sans doute tenu compte de mes résultats antérieurs. Pour Le Père, il n'y a qu'une seule raison à mon désinvestissement scolaire: La Femme des Antilles.

Je me replie sur moi-même. Je ne cherche pas à cacher que je hais Le Père. Je ne dis rien bien sûr mais je le montre par mon comportement, par quelques phrases lâchées ça et là, "Je déteste les verseaux", par mes regards, par mes silences,... Mes soeurs sont incroyablement choquées (vieux restes d'une éducation catholique et peur du Père). La Mère me serine " Ton papa le sait, que tu le détestes". Je sais parfaitement qu'elle attend que je nie, que je me défende, mais je la regarde en silence puis détourne la tête. Rien à foutre. De toutes façons, elle a passé mon enfance à me hurler que j'étais un être mauvais, que j'avais un sale caractère, que je n'aurais jamais de copines. Puisque je suis foncièrement mauvaise, pourquoi devrais-je m'obliger à être gentille?

Je passe en première, puis en terminale. Je suis une élève moyenne mais la perspective du bac me booste et je me remets à travailler. L'écart entre moi et les autres élèves s'accentue. Les petits copains et petites amies se succèdent. J'envie leurs histoires d'amour, leurs peines de coeur. Moi je sais qu'il m'est interdit d'aimer et que je ne serai pas aimée en retour. Aucun garçon ne voudrait être vue en ma compagnie ce que je trouve tout à fait normal lorsque je me regarde dans une glace. En classe, je garde mon manteau pour cacher ma maigreur et mes vêtements démodés. Je les écoute parler des films qu'ils sont allés voir au cinéma. Ce qui m'impressionne le plus, c'est qu'ils ont des amis en dehors de l'école. Je me coupe d'eux de plus en plus pour m'enfoncer dans mes rêves.

Tout cela n'est rien. Je rentre en terminale et je vais bientôt faire une rencontre qui va bouleverser toute ma vie.

Mes années collège

Publié le 02/05/2007 à 12:00 par familysecret
12 ans. 1m70-47 kg
13 ans. 1m72-54kg
14 ans. 1m73-54kg

L’horreur ! Je me regarde dans la glace et je suis épouvantée. Je suis la plus grande du collège. Un jour je surprends des filles plus âgées que moi en train de chuchoter en me regardant « Oh ouais, elle est grande ! ». Je suis un phénomène. En classe, je n’ai droit qu’à des mots d’amour : Grande perche, grande gigue, j’voudrais pas être maigre comme toi, « crépinette » en référence à mes cheveux crépus, t’es plate. Je ne suis pas le bouc émissaire, les élèves semblent m’apprécier davantage qu’en 6ème. Mais c’est plus fort qu’eux, ils ne peuvent pas s’empêcher de me rappeler que Dame nature ne m’a vraiment pas gâtée. Il faut dire qu’ils ont raison. Je ne suis pas seulement grande et maigre. J’ai des yeux globuleux qui me donnent l’air mauvais. En plus, je suis myope comme une taupe, mais alors myope de chez myope. Comme je ne porte mes lunettes qu’une fois en classe, je vis dans un brouillard perpétuel. Dès que j’ai passé la porte de la maison, hop, mes lunettes se retrouvent dans ma poche et je ne les remets qu’une fois la porte de la classe fermée. J’effectue le chemin du collège la tête baissée par peur de rencontrer quelqu’un. Le plus souvent, on m’appelle, et je ne lève la tête que lorsque la personne est suffisamment près de moi pour pouvoir la reconnaître. Là je fais mine, « Ah excuse moi, je ne t’ai même pas entendu, je pensais à autre chose ». La puberté m’a apporté une autre joie : j’ai de l’acné et l’acné sur une peau noire c’est meurtrier. L’acné ne se contente pas de fournir des tas de boutons et points noirs, elle laisse aussi des tâches sur le visage. Côté féminité, zéro. Pas de sein, pas de hanches, pas de fesses, aucune rondeur féminine, rien. Je ne me sens pas seulement laide, je me trouve répugnante. C’est bien simple, je suis le contraire d’une femme. Jamais aucun garçon ne voudra d’une merde comme moi. En plus, je porte un prénom ridicule pour une fille de mon âge : Pierrette ! Comment une mère a-t-elle pu appeler son enfant ainsi ! Pierrette ! Toutes mes soeurs ont un prénom normal. Moi je porte un prénom qui me va bien, celui d’une vieille fille. J’en veux à ma mère et je lui fais savoir.

12 ans :
Week-end en Angleterre organisé par le collège. Départ vendredi soir. RDV donné aux élèves devant le collège. Dès qu’il s’agit de l’école, il n’y a plus d’interdit, nous pouvons participer à tout avec les autres. Ma sœur Corinne et moi sommes toutes excitées de ce voyage, d’autant plus que tous les élèves ne partent pas. Nous, nous avons eu la permission. Notre premier voyage à l’étranger… Tous les élèves attendent devant la grille du lycée accompagnés de leurs parents, même ceux qui habitent juste en face. Nous habitons à 15 minutes et nos parents nous ont laissé partir seules, film du soir oblige. Ma meilleure amie, Caroline est là accompagnée de sa mère. Voyage en car. D’habitude, je ne suis pas malade mais cette fois je vomis. J’essuie mon pantalon mais il reste quelques marques. Week-end agréable. Corinne et moi sommes séparées car et hôtels différents, mais nous nous sommes fait des amies, des 5èmes pour moi, des 4èmes pour elle. Achat de souvenirs bon marché pour touristes. Trois jeunes garçons de 6ème, embêtent une jolie fille de leur âge, Emilie. Ils ont craqué pour elle et sont tout excités dès qu’ils l’aperçoivent. Je les comprends, car je la trouve moi aussi très belle. « Pourquoi tu veux pas sortir avec moi ? » demande celui qui a l’air d’être le chef de bande. « Parce que j’veux pas » Lors d’une visite, l’un deux la pousse alors que nous sommes en train de descendre du car. Elle retombe sur son siège en poussant un soupir d’exaspération. « Arrête de toucher à ma femme » dit le chef. Depuis 2 jours, je suis leur petit manège à la dérobée. Je voudrais être à la place d’Emilie. J’aimerais bien savoir ce que c’est que d’être belle. J’aimerais bien savoir ce que ça fait de rendre des garçons de son âge complètement fou. Plutôt que de les entendre se moquer de mes grandes pattes et de ma maigreur, j’aimerais bien qu’ils me poussent sur mon siège rien que pour attirer mon attention… Retour. A l’aller, Caroline et moi avions fait le voyage en parlant créole, chose interdite pour moi. Au retour nous sommes en groupe avec nos nouvelles amies. Caroline et moi sommes à genoux sur nos sièges en train de discuter avec les filles placées derrière nous. Tout à coup, je tourne la tête. Deux de nos nouvelles amies sont assises sur les places parallèles aux nôtres. J’entends l’une d’elles dire « Qu’est ce qu’elle est belle Caroline ! ». C’est vrai qu’elle est belle, alors pourquoi est-ce que ça me fait si mal de l’entendre ? Je me retourne brusquement, m’assoies sur mon siège et éclate en sanglots. Une grosse crise de pleurs comme je n’en ai pas eu depuis longtemps. Personne ne s’en aperçoit. Caroline est toujours agenouillée sur son siège et continue à papoter avec nos amies. Personne ne s’aperçoit de ma présence, comment pourrait-on remarquer mon absence ? Je pleure, je pleure, je n’en finis pas de pleurer. Cette simple phrase qui ne m’était pas adressée et qui en plus n’est que la vérité m’a fait horriblement mal. C’est qu’elle m’a renvoyée à mon image, à moi, à mon physique ingrat. Pendant 2 jours j’avais eu l’illusion d’être comme les autres. Je me rappelle soudainement que moi, je suis laide. J’ai des lunettes, je suis plus grande que toutes les autres filles y compris celles plus âgées, je ne suis pas maigre, je suis rachitique, squelettique. C’est aussi l’époque où mes premiers boutons d’acné commencent à poindre. Jamais personne ne dira cela de moi. « Qu’est ce qu’elle est belle Pierrette ! ». « Elle est belle Pierrette » sont des mots qui ne vont vraiment pas ensemble.

Je suis dans l’ascenseur avec deux garçons de ma classe. Je suis rentrée seule du collège mais je les ai retrouvés. L’un deux commence à se moquer de moi « Qu’est ce que t’es maigre ! ». Je ressens une immense douleur à la poitrine. Je la connais celle-là. Je bafouille quelques mots dérisoires pour me défendre. Il continue de plus belle. Son copain pris de pitié, lui répond « Laisse, là ». Par chance, j’habite au-dessus d’eux. Ils vont descendre avant moi. « Elle est maigre ! Un chien ça suffirait pas à la nourrir ». Les portes de l’ascenseur se referment. J’ai appris depuis mon enfance à tout garder à l’intérieur. Je rentre. Toujours les mêmes rituels. Bonjour maman. Lavage des mains. Je m’installe à mon bureau pour faire mes devoirs. Etc. Le soir une fois couchée, j’éclate en sanglots.

13 ans :
J'ai de plus en plus honte de mon corps. Celui des filles de ma classe s'est transformé, s'est féminisé. Moi je ne ressemble à rien. J'ai honte de mes vêtements démodés. Je rêve de m'habiller à la mode, de me faire belle. Dans ma famille c'est inimaginable. Inlassablement, ma mère me répète "Si tu vas te coucher avec un garçon, il va pas t'épouser", "Si tu vas te coucher avec un garçon ton papa verra ça". je comprends que cela signifie "N'essaie même pas d'avoir des rapports sexuels, à la minute même où ça se fera, les voyants le verront". A chaque fois que mon père revient de ses "visites" je me dis que je suis tranquille, aucun garçon ne s'est approché de moi. En même temps j'en souffre. Je me retire de plus en plus dans mes rêves. Je m'y enferme. Dans mes rêves, je deviens quelqu'un d'autre, tout l'inverse de ce que je suis. Dans mes rêves, je suis belle. Puisqu'il s'agit d'être l'inverse de ce que je suis, je suis la plus belle. Je m'habille à la mode, j'ai de super fringues. Je ne suis plus un bouc-émissaire je suis la coqueluche de ma classe et même du lycée. J'ai plein de copains et de copines...Grâce à "OK Magazine "qu'achète ma copine Caroline, je découvre ce que vivent les jeunes de mon âge. J'apprends qu'il est normal de tomber amoureuse et de sortir avec un garçon. Je lis les histoires que vivent les jeunes: problèmes de coeur, de sorties en boum, de copains et copines. Mon plus grand rêve alors est d'aller au cinéma. Je n'ai jamais mis les pieds dans une salle de cinéma. Comme je n'ai pas le droit de regarder la TV, il me reste les livres. A la bibliothèque, je me rue sur les beaux livres illustrés dédiés au 7ème Art et mes rêves deviennent omniprésents. Je découvre un autre monde où il n'est pas question de sorcellerie, de "mauvais sort". Comme je les envie ces jeunes...

Je suis la meilleure élève de la classe. J'excelle dans toutes les matières. Je revois encore Le Père sourire devant mes bulletins trimestriels. Pas un mot, pas un encouragement, juste un sourire que j'ai surpris en me retournant. Cela me fait plaisir, j'en suis même fière. Dans ma classe, j'ai l'impression d'être appréciée. Même si je ne les vois pas en dehors de l'école, les élèves aiment à rire avec moi. Pourtant...

C'est l'anniversaire d'une des filles de ma classe. Tout à fait par hasard, j'apprends qu'une boum est prévue le samedi. Je suis d'autant plus surprise que Caroline a été invitée depuis longtemps. Apparemment, le secret a été bien gardé. Tout le monde est invité sauf moi. Une classe de 30 élèves, 29 iront s'amuser et moi, qui par solidarité passent toutes les réponses lors des contrôles à qui me le demande, je ne suis même pas au courant. Sous le choc, j'essaie maladroitement de faire croire à Caroline que je ne souhaite pas y aller. "T'étais invitée?" "Ben ouais!". Malheureusement, je m'embrouille et caroline me fait comprendre qu'elle sait parfaitement que je ne suis pas conviée à cette boum. Cela n'a aucune importance, il y'a longtemps que je sais faire semblant. Il y'a longtemps que je sais garder la face et attendre d'être dans le noir de ma chambre pour pleurer. Pourtant, je devrais le savoir. Plusieurs fois, j'ai surpris des filles de ma classe en train de grimacer derrière moi ou en train de me singer. J'ai eu droit à des remarques du genre "Tu pourrais bouger au lieu de rester là comme un balai", "petite perche". Danielle la "loubarde" de la classe m'a volé un stylo et des devoirs de français que j'avais fait à l'avance. Sans aucune honte, elle a répondu à la prof avec les réponses que j'ai passé du temps à préparer. Le top des tops arrive un jour en interclasse. Cela commence par une blague d'une des filles "math et dessin, math et dessin, matez ces seins, matez ces seins" Elle me pointe du doigt en criant ces dernières paroles. Danielle assène le coup final elle crie devant toute la classe " t'en a pas, t'en a pas Pierrette, t'as rien". Je ne sais pas par quel miracle je suis encore vivante aujourd'hui, car à ce moment là, l'expression "mourir de honte" a pris tout son sens".


Pourquoi moi? Aujourd'hui, je ne peux pas regarder un adolescent sans imaginer de quoi il peut être capable. On dit que c'est l'âge où on veut refaire le monde, où on est habité par des idéaux. Sans doute. Mais c'est aussi l'âge où on rejette l'autre tout simplement parce qu'il ne porte pas des fringues à la mode, parce qu'il n'a pas un physique dans les normes, parce qu'il est un peu plus fragile, ...Le monde des adolescents n'est pas fait pour les faibles et les personnes sensibles. Mon Dieu, faîtes que ma puce soit préservée, que jamais elle ne vive ce que j'ai vécu. Amen.

Malgré les appréciations de mes profs qui me félicitent pour ma conduite et mes notes, malgré le sourire surpris sur le visage du Père, l'école ne me comble pas. Je m'y investis d'abord parce qu'avec Le Père que j'ai, je n'ai pas le choix. Je dois faire mes devoirs et ramener des bonnes notes. Ensuite, je n'ai pas d'autres occupations. Je n'ai pas le droit de sortir, pas le droit d'être amoureuse, pas le droit de regarder la TV, pas le droit de vivre. Pourtant, j'ai l'intuition que c'est l'école qui va me sauver. Pas seulement parce qu'elle va me sortir de mon milieu social mais surtout parce que grâce à elle, je vais pouvoir me libérer du pouvoir destructeur de ma famille. Je ne sais pas encore à l'époque que mes parents sont des malades mentaux, je crois juste qu'ils sont mauvais et que la normalité ce n'est pas eux.

Ma vérité sur mon père

Publié le 25/04/2007 à 12:00 par familysecret
Il y'a environ 2 ans, j'ai trouvé dans un de mes bouquins une description du Père. Lorsque je l'ai lu, cela m'a paru comme une évidence. C'était tout à fait lui. Le père dont j'ai hérité, est décrit dans le livre Psychiatrie de l'adulte de Th. Lemperière, A. Féline, A. Gutmann, J. Ades et C. Pilate.


" LES SYNDROMES DELIRANTS CHRONIQUES

Les thèmes délirants les plus fréquents dans les syndromes délirants chroniques sont:
- Les thèmes de persécutions: la conviction du patient est absolue de l'intention qu'on a de lui nuire dans sa personne physique, morale (réputation, famille, travail) ou dans ses biens. Les formes de persécutions sont multiples [...] menaces, calomnies, machinations, empoisonnements, attentats. Les procédés utilisés sont conformes à la tradition ou s'inspirent souvent des techniques scientifiques les plus modernes: magnétisme, hypnose, sorcellerie, envoûtement [...]
- Les thèmes d'influence: le malade a l'impression d'"être agi", commandé par une force extérieure à lui, agissant du dehors ou implantée en lui. Les idées qu'on lui impose, les gestes qu'on lui fait faire, les sensations qu'on lui donne à éprouver, les mots qu'on lui fait dire, les expériences qu'il subit contribuent à une impression de mécanisation de la vie psychique.
-Les thèmes de grandeur sont primitifs, ou secondaires et compensatoires à des idées de persécution. Les malades expriment des idées de richesse [...] La mégalomanie s'exprime sans réticence, conduisant à la multiplication d'interventions auprès de personnages haut placés.
-Les thèmes mystiques très souvent articulés avec des thèmes de préjudice et d'influence, s'organisent en délires prophétiques ou messianiques.
-Les thèmes hypocondriaques s'ordonnent autour de sensations douloureuses, pénibles, insolites et persistantes, intéressant une région corporelle profonde; à partir de ces sensations sont exprimées des idées de transformation du corps, de ses fonctions et de ses organes (estomac ou intestins infectés, décomposés, déformés, bouchés,[...]) ou des idées d'agression corporelle liées à des thèmes de persécution, d'influence ou de possession.

LES DELIRES PARANOIAQUES SYSTEMATISES:

L'émergence délirante s'inscrit le plus souvent sur une personnalité paranoïaque ( de para-noïa: je pense à côté) marquée par l'orgueuil (avec égocentrisme, autophilie, surévaluation mégalomaniaque des capacités de tous ordres), la méfiance (avec une forte tendance à la suspicion concernant les sentiments et jugements d'autrui), la psychorigidité ( avec froideur affective, entêtement, monolithisme des attitudes d'esprit, des décisions et des pensées), la fausseté du jugement. [...]Défiant, intolérant, susceptible, circonspect, n'admettant pas la contradiction ni même le doute, le paranoïaque infléchit ses croyances et son comportement en fonction de sa pensée paralogique.[...]
L'élaboration délirante chez le paranoïaque est le plus souvent lente et insidieuse à partir d'une intuition, d'un doute, d'une suspicion. Parfois l'éclosion est beaucoup plus brutale et soudaine à l'occasion d'une "révélation", d'un "pseudo-contact", après des événements déclenchants traumatiques (accidentel, chirurgicaux), émotionnels (deuils, éloignement d'un proche), sexuels (rapprochement homosexuel); on a signalé aussi qu'une circonstance vitale heureuse (mariage, promotion professionnelle, naissance d'un enfant) pouvait être l'occasion d'une décompensation délirante.
[...]

a) Les délires passionnels:

-La phase de rancune voit exploser les invectives, les chantages et les menaces qui risquent toujours d'être suivis de voies de fait contre l'objet aimé.

Le délire de jalousie souvent favorisé par un appoint éthylique est également fondé sur un postulat passionnel. La suspicion de l'infidélité du conjoint à partir d'un geste, d'un regard, d'une poignée de mains jugés insolites mais signifiants entre lui et une tierce personne, devient bientôt une conviction totale. Les coïncidences deviennent des preuves irréfutables, les impossibilités matérielles sont niées et le délit imaginé devient certitude inébranlable.
[...]Il faut signaler que le délirant jaloux repère souvent dans l'entourage de son conjoint des personnes complices dont la connivence permet l'aménagement des "entrevues".
[...]
-Les quérulents processifs affirment qu'ils ont été lésés, que leurs biens ont été spoliés:ils multiplient les procès, font appel, refusent toute conciliation, suspectent la corruption des juges, la complicité ou la mauvaise foi des témoins. De nombreuses affaires d'héritage, des querelles de voisinage à propos d'un mur mitoyen, de la cour commune, du droit de passage dans un champ sont le fait de paranoïaques revendiquants.
[...]

c) Les délires d'interprétation systématisés

-[...] Des indices d'hostilité, de témoignages malveillants, de provocation vont se multiplier à partir de faits de la vie quotidienne [...]
-[...] Toute indisposition, tout malaise sont interprétés comme la conséquence d'une influence extérieure nuisible [...]

Au total tout est bon à l'interprétateur pour construire son délire. [...]Le sujet devient le point de mire d'un réseau machiavélique où se concentrent les manigances et les malveillances du Monde. Dans ce système le délirant accumule les preuves, les arguments, les pseudo-justifications: sa conviction est telle qu'il peut entraîner pendant un temps l'adhésion voire la participation de son entourage.

LES PSYCHOSES HALLUCINATOIRES CHRONIQUES

-Hallucinations auditives: audition de bruits (craquement de planchers, pas, chocs dans le mur), de voix surtout, très sensorialisées et localisables (elles viennent du plafond, des conduites d'eau, de la fenêtre) dont la tonalité est plus ou moins reconnaissable (c'est une voix d'homme - c'est la voix de la concierge - de la voisine - c'est un appel comme à la radio). [...]
-Les hallucinations cénesthésiques sont fréquentes: fourmillements, ondes, courants, attouchements voluptueux
-[...]Dans certains cas, s'instaure une sorte de complicité entre le délirant et ses interlocuteurs devenus "partenaires" familiers sinon intimes, cet aménagement étant souvent compatible avec la poursuite d'une adaptation socio-professionnelle.

TRAITEMENT
[...]Il ne s'agit pas d'envisager une cure psychanalytique mais bien plutôt de permettre au patient d'exprimer ses conflits affectifs. Pour le thérapeute, la question est de moduler la distance à établir avec le paranoïaque dont l'imaginaire s'inquiète de tout rapprochement excessif (menace de réalisation homosexuelle, menace de destruction), comme de tout éloignement interprété comme rejet."



Voilà, c'est cela mon père. Celui que je n'appelle plus "papa" depuis des lustres. Celui qui ne m'a jamais prise dans ses bras pour me consoler, celui qui ne m'a jamais encouragée, qui n'a jamais partager mes jeux, mes joies, mes espoirs, mes rêves. Celui qui ne m'a jamais parlé avec tendresse, qui n'a jamais eu de gestes ffectueux pour moi. Celui à qui je n'ai parlé qu'une seule fois pour mon plus grand malheur. Celui qui ne m'a jamais aimée. Il est malade, je le sais, sa maladie est décrite ci-dessus. Pourtant, je n'arrive pas à lui pardonner le mal qu'il m'a fait, je n'arrive pas à l'aimer.

Il n'est pour moi qu'un père biologique. Il est et restera Le Père.

Nadine

Publié le 21/04/2007 à 12:00 par familysecret
J’adore regarder ma fille dormir. Parfois je l’imagine, petite fille, adolescente, puis jeune femme. Je l’imagine avec ses ami(e)s. En aura-t-elle plein ? Ou bien sera t-elle comme moi seule et désespérée. Lorsque j’envisage cette possibilité une grande peur mélangée à une douleur immense m’envahit. Je me revois sortant de l’enfance, jeune fille pré pubère. Tout de suite parmi les nombreuses images qui me viennent, une s’impose à moi : Nadine.

J'entre en 6ème et j'en suis très fière. Comme il l'a fait pour ma soeur aînée et comme il le fera pour mes 2 soeurs cadettes, mon père m'a offert une chevalière en or pour marquer cet évènement. Ni lui, ni ma mère n'ont connu cela. Aller au collège représente pour eux le début de la réussite sociale. Mon père a décidé que j’étudierai l'anglais en première langue et plus tard l'espagnol. Contrairement à mes craintes, je continue à être une très bonne élève dans toutes les matières, bien que mes professeurs me reprochent de ne pas m'exprimer oralement. J'en suis malheureusement incapable. Dressée pour me taire et obtempérer, je ne peux pas exprimer mes opinions, pire que ça, je n'en ai pas. Les autres disent et moi j'acquiesce. Les professeurs posent une question? J'ai beau avoir la bonne réponse, je ne lève pas la main pour répondre. J'attends que quelqu'un ait une illumination ou que fatigué le professeur finisse par donner la solution. A l'écrit par contre, no problémo. J'excelle dans toutes les matières y compris dans celles que je n'aime pas, mathématiques et sciences physiques. Il y'a pourtant un lieu où je souffre le martyre: la salle de gym. J'ai 11 ans et demi. Je mesure 1m60 et pèse 36 kg. Déjà les garçons se moquent de moi. Le sentiment d'être différente des autres s'accentue encore davantage. Je voudrais me fondre dans la foule, mais je ne peux pas, ma taille me l'interdit, ma maigreur aussi. J'ai honte de ce corps que je déteste. Je me déteste toute entière. Je n'aime pas ma vie, je n'aime pas être obligée de me défendre contre les "mauvais sorts", je n'aime pas ma timidité maladive, mais par dessus tout je déteste aller en cours de gym. Mon grand corps squelettique est raide comme un bâton. La majorité des filles qui ont cours d’Education Physique et Sportive le même jour que moi sont souples et gracieuses. Elles excellent sur la poutre, dans les enchaînements au sol, sur les barres asymétriques. Elles évoluent telles des danseuses. Moi je suis ridicule. Les deux grandes pattes qui me servent de jambes n'arrivent pas à se plier, à faire quelque chose de joli. Un pantin raide et désarticulé, voilà ce que je suis. Très vite, je suis repérée et deviens LE bouc émissaire. Ceci d'autant plus facilement que je n'ai jamais appris à me défendre, bien au contraire. Une fille en particulier mène le jeu: Nadine, une Antillaise. Je la connais depuis que je suis à l'école élémentaire. Elle était scolarisée dans l'école attenante à la mienne et depuis le début nous allons au catéchisme le même jour. Elle est donc catholique, a appris les enseignements du Christ, l'amour d'autrui, en particulier du plus faible. Pourtant elle prend un malin plaisir à se moquer de moi, à m'humilier. Je ne m'en aperçois pas tout de suite.
Un jour, la prof nous demande de nous mettre en petit groupes de 5 ou 6, afin de faire des exercices sur les barres asymétriques. Nous ne serons pas notées, il s'agit juste de nous entraîner. Je ne tiens pas particulièrement à faire ces exercices. Je suis même prête à laisser ma place à qui le veut sur la barre, mais comme tout le monde il me faut intégrer un groupe. Je ne sais comment, je me retrouve dans celui de Nadine. Une minute d'inattention, et je me rends compte qu'une nouvelle fille a intégré notre groupe. Il y’a donc une fille en trop. Je ne dis rien mais tout à coup, le groupe tout entier me fait comprendre que je dois dégager. Toute naïve, je leur dis comme s'il s'agissait d'une petite erreur de leur part, "Mais, non, tout à l'heure vous aviez dit que j'étais dans votre groupe". Nadine me regarde avec tout le mépris que je lui inspire et me rétorque d'un ton qui n'admet pas la contradiction "Et bien, maintenant, on dit non!". Tous les regards se portent sur moi, à moitié agressifs. Je reste quelques secondes bouche bée avant de me tourner hébétée à la recherche d'un groupe à intégrer.
Au fur et à mesure que l’année avance, je me rends compte des ricanements des filles à chaque fois que je tente de faire quelque chose. L'ennui c'est que je suis aussi nulle en gymnastique qu'en sport collectif. Je me fais donc éjecter de partout, aucune fille ne veut de moi avec elle. Même ma meilleure amie Farida qui ne sait pas lire alors qu'elle a presque 14 ans, m'a dit un jour, alors que je lui chuchote que j’aimerais faire partie de son équipe : " Ben, je t'ai vu jouer l’autre fois et ...(grimace)" Elle, elle est tout l'inverse de moi. Le hand-ball, le basket, le volley-ball n'ont aucun secret pour elle.
Les mois avancent et naturellement, ce qui doit arriver, arrive. Nous devons être notées à partir d'un enchaînement que la prof nous a expliqué au préalable. Je ne sais pas pourquoi, ce jour là je n'ai pas de difficultés à intégrer un groupe. Certaines ont du avoir pitié de moi. Chaque groupe passe à tour de rôle pendant que les autres élèves regardent, assises accroupis. Vient notre tour. Je suis à peine debout, je n'ai pas encore commencé que déjà les ricanements fusent. Je fais comme si je n'entendais rien. Naturellement, les filles de mon groupe savent que j'en suis la cible, et cela leur est complètement égal. Elles font ce qu'elles ont à faire. Je n'ai qu'une envie, terminer au plus vite cet enchaînement. Les ricanements se sont amplifiés. Maintenant, tout le monde rit et de plus en plus fort. La prof ne dit rien, elle regarde et attend pour attribuer une note à chacune d'entre nous. Pour donner le change, je ris aussi, du genre "Ouais, je suis nulle mais je m'en tape. Je fais le clown". Quand les autres touchent leurs pieds sans plier leurs genoux, le dos bien droit, mes deux grandes pattes n'arrivent même pas à s'allonger entièrement sur le sol, mon dos est rond et mes bras qui pourtant sont bien trop longs n'atteignent pas mes chevilles. On ne peut pas être plus ridicule, plus pitoyable. Les notes tombent et comme prévu j'ai la plus mauvaise. Je me récolte un 9/20, sans doute un geste de pitié de la part de la prof. Je n'ai qu'une envie disparaître de la surface de la terre. Ma note, je m'en fous. Mais mon corps, mes bras et mes jambes trop longs et trop maigres, ma maigreur toute entière, mon manque de souplesse, tout ce qui a trait à moi me répugne. Ce qui me fait le plus mal, c'est que je devine que mon rejet n'est pas dû à ma nullité en sport mais à ma personne toute entière. Je ne comprends pas les raisons de cette haine. Qu'est ce qui en moi les rebute? Mon physique? Qu'est ce que j'ai fait? Pourquoi moi? Parfois le soir avant de m'endormir, je verse quelques larmes. Nadine est noire comme moi, pourquoi me hait-elle alors que je ne lui ai rien fait, que nous avons fait partie du même groupe scolaire, que nous suivons les mêmes cours de catéchisme? Pourquoi monte-elle les autres contre moi?
Un jour, je dois être arrivée à un stade où ma souffrance se lit sur mon visage. Nous sommes à l'extérieur, dans la cour de récréation, accroupie pour changer. La prof de gym parle de je ne sais quoi, je n'écoute pas. Elle s'arrête soudain. "Pierrette, qu'est-ce qui ne va pas?" Encore plus gênée que surprise, je murmure "Rien". " Est-ce qu'il y'a quelqu'un qui t'a dit ou fait quelque chose qui t'a fait de la peine?" "Non". Elle est gentille mais je ne vais pas avouer devant les autres qu'elles me font souffrir. De plus je serai incapable de l'exprimer à qui que ce soit. Je ne parle de cela à personne mais je me persuade que je suis maudite.

Jusqu'après la mort

Publié le 17/04/2007 à 12:00 par familysecret
Cela fait 3 mois que nous avons déménagé. Mes beaux-parents et une de mes belles-sœurs sont venus nous rendre visite. Nous avons commencé également à recevoir des amis. Jusqu’à dimanche dernier, je n’avais reçu aucun membre de ma famille.

Dimanche. Les Parents viennent pour la première fois. Comme d’habitude, la veille, j’ai stressé au maximum.

13h00. Ils sont toujours ponctuels. C’est mon amoureux qui ouvre la porte. Moi, je termine de laver la vaisselle que j’ai utilisé pour faire la cuisine. Mon bébé dort dans la chambre. Mon amoureux et Le Père parlent dans le couloir. Une histoire de place pour se garer. Au bout de quelques secondes, La Mère se résout à entrer, tandis que mon amoureux et le Père descendent régler l’histoire de place de parking.

Vlan! La Mère m’assomme d’un seul coup avec son flot de paroles. Je ne retiens rien car elle a le don de passer d’un sujet à l’autre sans que son interlocuteur ait eu le temps de dire ouf ! Et blablabla, et blablabla, de quoi parle t’elle ? Plusieurs fois je lui demande de retirer on manteau. Elle ne m’entend même pas, blablabla, blablabla,…À un moment elle m’annonce que La Femme des Antilles est morte. « Ah bon, elle est morte ? », « Oui, oui, elle est morte » Et hop, elle passe à autre chose,…

Les parents sont excités. Ils ont l’air super contents. Ils ont apporté un champagne et ont décidé que nous le boirons à 16h00 avec le gâteau que La Mère a apporté. Je mets cela sur le compte de l’appartement. Tandis que je passe l’après-midi avec eux, les idées défilent à toute vitesse dans ma tête. Je suis convaincue que pour eux, si j’ai un bel appartement, c’est à cause de l’éducation que j’ai reçue. Ce n’est que parce qu’ils sont formidables que j’ai pu épouser « un garçon bien », avoir une belle petite fille, et avoir un bel appart. Je suis presque dégouttée de leur montrer l’image d’une vie réussie. Je voudrais tant qu’ils soient gênés et leur faire honte, qu’ils culpabilisent !Au même moment, je me dis que si j’étais en galère, ils mettraient cela sur le compte de la sorcellerie, des « forces invisibles »…Bref, ils ne se remettraient pas en question, et n’admettraient pas que c’est eux qui ont gâché ma vie.

L’après-midi passe. Ils ont l’air heureux de voir leur petite-fille. Des « ma chérie » par-ci, des « ma puce » par là, des bisous, des photos pour garder des souvenirs. Tout ce qu’ils n’ont jamais fait avec mes sœurs et moi. Que se passe t’il dans leur tête ? Une manière de compenser le mal qu’ils nous ont fait ? Ou bien toujours le jeu des apparences ?

Pendant 3 jours leur excitation m’intrigue. Etre heureux à ce point, ce n’est pas normal. Ce n’est certainement pas la joie de nous revoir, ma petite famille et moi. Petit à petit une idée me trotte dans la tête. Cette joie, la bouteille de champagne. Mais oui, bien sûr ! « La Femme des Antilles est morte », « Ah bon, elle est morte ? », « Oui, oui, elle est morte » C’est cela qui les rendait si heureux ! La justice divine, bien sûr. Cette pauvre femme est morte d’un cancer généralisé pour payer ses pêchés. Je vous présente mes parents tels qu’ils sont. Complètement tarés !

Pauvre Femme des Antilles, elle est morte sans savoir que toute une famille l’a haïe pendant 30 ans. Elle ne saura jamais tous les efforts que nous avons fait pour nous « protéger » d’elle. Elle ne saura jamais que le père de ses deux premiers enfants a dépensé tout l’argent qu’il gagnait, obsédé par l’idée qu’elle nous voulait du mal. Elle ne saura jamais qu’en Afrique, à Haïti, aux Antilles des marabouts, sorciers, voyants, se sont servis d’elle pour abuser de la paranoïa du Père. Pauvre femme, j’espère qu’elle repose en paix.

Elle est morte. Qui sera la nouvelle obsession du Père ? Qui va-t-il accuser désormais de lui vouloir du mal ? Je crains malheureusement qu’il ne continue à accuser cette pauvre femme de le persécuter là où elle se trouve, c'est-à-dire dans l’au-delà !

La Sainte Famille

Publié le 15/04/2007 à 12:00 par familysecret
Mon père s’appelle Philibert. Depuis notre adolescence, mes sœurs et moi le surnommons « Le Père ». Pendant quelques temps, nous avions opté pour « Le Pater », puis « Le Terpa » (en verlan), mais finalement « Le père » s’est imposé.
Ma mère s’appelle Marguerite Marie. Son surnom est « La Mère ». Idem, ce fut d’abord « La Mater », puis la « Terma ».
J’ai 3 sœurs. Corinne mon aînée, Jenny est née 2 ans après moi, et ma sœur la plus jeune se nomme Raphaëlle.
Avant de rencontrer La mère, Le Père alors au service militaire avait une maîtresse dont il a eu 2 enfants : Jean-Christophe et Olena. Cette femme, nous l’avons toujours appelée « La Femme des Antilles ». Prononcer son nom, c’était amener le malheur. C’est cette femme qui nous aurait jeté un sortilège par dépit amoureux : abandonnée par Le Père, elle aurait voulu se venger et nous aurait envoyé des « mauvais sorts ».

« Malheureusement », nous avons toutes les 4 fait des études supérieures, nous avons un boulot qui nous plaît, et nous sommes trois à être casées et à avoir des enfants. Tout le monde nous félicite pour notre comportement et la « réussite de notre vie ».

Oh oui, nous avons « réussi » dans la vie et nous avons eu une bonne éducation. Nous avons de la chance d’avoir des parents aussi parfaits !

Que dit-on sur les apparences ?

De retour

Publié le 02/04/2007 à 12:00 par familysecret
La reprise du boulot s’est faite tout doucement. J’ai stressée au maximum le dimanche. Je serai bien restée quelques mois de plus avec ma puce. J’envie les femmes qui ont la possibilité de rester avec leur bébé. La mienne n’avait que trois mois, et il a fallut que je retourne bosser. C’est petit 3 mois. Ma consolation est qu’au moins, elle est bien gardée. Le matin du 1er jour, je la tenais nue collée contre moi, le temps de prendre une couche propre. Hop, elle a fait pipi sur moi. Je me suis dit que cela me porterait bonheur. J’ai simplement essuyé le pipi qui coulait sur ma cuisse, mais je n’ai pas lavé ma cuisse. Ni eau, ni savon, je suis partie avec les traces de son pipi sur moi.
J’étais ravie de retrouver ma collègue, mais j’ai constaté qu’avec ma responsable, cela risquait d’empirer. Je puise ma force dans ma puce mais je suis résolument décidée à partir.

J’ai passé les épreuves du CAPES. Pas du tout motivée. A vrai dire, cela fait des mois que je ne travaille plus. Drôle de sensation. J’ai passé un an à recueillir de la documentation et à en faire des dossiers, à composer des bibliographies que j’étais sensée exploiter, à recenser des sites Internet. J’ai payé 342 € une formation au CNED. Dès les premiers jours de mon congé maternité, je me suis levée à 7h00 du matin pour travailler, alors que j’aurais pu rester au lit. Je ne sais combien de temps j’ai passé, entre le « par cœur » et les lectures. J’ai ralenti lorsque mon bébé a été hospitalisé. J’étais beaucoup moins motivée. Pourtant, je n’avais qu’une crainte : revoir ma chef. Je ne sais plus quand j’ai tout arrêté. Je sais juste qu’un beau jour, je me suis rendue à l’évidence : je ne préparais pas le concours pour les bonnes raisons. En réalité, je n’ai aucune envie d’être prof, de me retrouver face à des élèves, de préparer des cours, de penser à des séquences pédagogiques…Ma seule motivation était d’être fonctionnaire et d’avoir toutes les vacances scolaires, les pires raisons pour passer le concours. J’ai tout avoué à mon amoureux. Comme d’habitude, il a été formidable. Il m’a poussé à passer les épreuves ne serait-ce que pour tout ce que j’avais investi depuis le début. Il m’a aussi dit que c’était très bien que je me rende compte de tout cela avant de passer les épreuves, plutôt que face à des élèves. Il a raison, je ne veux pas remplacer un stress par un autre. Me revient en tête une vieille chanson : « Et maintenant, que vais-je faire, de tout ce temps ? Que sera ma vie ? »

Nous avons déménagé. Me voilà en train d’accéder à la propriété. Jamais, même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais pensé pouvoir un jour signer un contrat chez un notaire. Même le jour où je suis allée ouvrir un PEL, même le jour où mon amoureux m’a démontré qu’il était plus intéressant de rembourser un crédit plutôt que de payer un loyer. Pourtant c’est fait. Voilà un rêve de plus qui se réalise. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’avoir peur. Toujours cette crainte d’une malédiction, toujours cette idée qu’il m’est interdit d’être heureuse.
Faire les cartons et les défaire, a pris plusieurs semaines. C’est presque plus fatiguant d’emménager que de déménager. Nous sommes restés pendant plus d’un mois sans Internet, pendant plusieurs semaines sans téléphone. Drôle d’expérience. Mais ça y’est tout est revenu dans l’ordre.

Me voici de retour.

Une semaine après

Publié le 19/01/2007 à 12:00 par familysecret
Ma mère a appelé avant-hier. Lorsque la sonnerie a retentit, mon intuition m’a dit que c’était elle. Naturellement, sa voix est joyeuse comme s’il ne s’était rien passé. Elle passera le lendemain pour apporter les cadeaux de noël de ma fille. Comme elle ne sait pas conduire, je me doute que mon père viendra aussi. Ils viendront le matin et m’appelleront juste avant de partir. Ils ont hâte de revoir leur petite fille.

Hier. Ma fille dort dans la chambre. Mes parents arrivent. Bises. Bonjour, ça va ? Ouais, ça va. Nous sommes gênés tous les trois, mais c’est comme ça dans la famille, avant tout toujours sauver les apparences. Ma mère a apporté du boudin confectionné par mon père (c’est la spécialité de Monsieur). Nous parlons de choses et d’autres, et nous évitons à tout prix de laisser des silences s’installer, de peur que n’émergent d’autres paroles irréparables. Par chance, ma fille se réveille. Ils sont sincèrement heureux de la voir. Elle a vraiment changé depuis la dernière fois qu’ils l’ont vue. Cela fait plusieurs mois à vrai dire. Ma belle-mère qui vit en Bretagne, l’a vue plus souvent qu’eux. Je profite de la présence de ma fille pour ouvrir ses cadeaux. Il y’en a plusieurs, de mes sœurs Jennie et Corinne, de ma mère, d’une ancienne collègue de mon père,… Ma puce est très gâtée. L’atmosphère se détend un peu. Nous plaisantons et rions. J’ai faim, je leur propose à deux reprises de rester manger, mais mon père refuse. Il est pressé de rentrer. Je sens que ma mère aimerait rester avec sa petite fille, mais je n’insiste pas. Après tout peut-être que cela vaut mieux. Ils s’en vont. Ma fille pleure, c’est l’heure d’un petit dodo. Au revoir. Je ferme la porte. Aussitôt, j’entends la voix de mon père. Il est déjà dans l’escalier, mais il gueule si fort que je l’entends quand même.
- Pierrette !
- (Ma mère, timidement) Elle n’a pas entendu
J’ouvre la porte.
- Si j’ai entendu (ma fille continue à pleurer)
(Mon père remonte l’escalier, il se tient sur le seuil face à moi)
- J’avais quelque chose à te dire. Je t’avais dit que Olena avait un cancer du sein ?
Olena est la fille que mon père a eu avant d’épouser ma mère. A 20 ans, il a fréquenté « La Femme des Antilles » et a eu 2 enfants, qui selon ses dires lui ont été fait dans le dos : Jean Christophe son seul fils à ce jour, et Olena.
- Oui, je m’en souviens
- Et ben, ces 2 fils ont le diabète. Elle, elle a un cancer du sein et ses fils ont le diabète.
- C’est un mal dont on parle beaucoup en ce moment. Moi aussi, j’ai eu un soupçon de diabète pendant ma grossesse. J’ai du faire des tests…
Ma mère veut en savoir plus mais mon père la coupe. Mes problèmes de diabète, il s’en fout. Il a quelque chose d’important à me dire.
- Et ben, la mère, La Femme des Antilles, elle a un cancer généralisé.
- Oh ! (Je suis réellement touchée. Un cancer, ça n’a vraiment rien de drôle).
- Elle a un cancer généralisé, sa fille a un cancer du sein, et les deux fils ont le diabète.
C’est la particularité de mon père. Lorsqu’il raconte quelque chose, il répète deux ou trois fois les mêmes phrases.
- Oui, il y’a des terrains familiaux qui…
- (Ma mère) Oui, il y’a des familles comme ça
- ( Mon père) Oui c’est génétique. Je me réjouis pas mais…
- (Ma mère et moi en chœur) Oh, non !
- Non, mais c’est pour te dire, quand tu veux faire du mal aux gens…

Il ne finit pas sa phrase car il sait que nous savons ce qu’il a voulu dire : « La Femme des Antilles » nous a lancé un sortilège et a passé sa vie à nous persécuter avec ses mauvais sorts. Maintenant le Bon Dieu la punit. Je ne réponds pas, cela ne sert à rien. Il est fou, paranoïaque. Je ne peux rien pour lui, personne d’ailleurs ne peut le guérir. J’ai encore trop de haine pour le plaindre. J’ai le devoir de me sortir de la pathologie familiale, pour moi, pour mon amoureux, pour ma fille. Je n’ai pas vu ma psychanalyste depuis mon congé maternité. Il faut que la rappelle.
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