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Nom du blog :
familysecret
Description du blog :
Derrière la famille idéale, mon enfance dans le monde de la sorcellerie, du vaudou, de la folie
Catégorie :
Blog Paranormal
Date de création :
11.10.2006
Dernière mise à jour :
04.01.2009

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Je ne suis pas du matin

Publié le 17/10/2007 à 12:00 par familysecret
J’ai toujours eu du mal à émerger le matin. Quand le réveil sonne, il me faut bien 10 minutes avant de sortir du lit. Je me mets debout les yeux encore à moitié fermés et marche comme un robot. Même ma voix est enrouée comme si elle aussi avait besoin d’un temps avant de se remettre en place. Mes idées mettent un temps considérable avant de se réinstaller dans mon cerveau et je reste sans énergie pendant un bon laps de temps.

J’ai 13 ans. Mon réveil sonne, je dois aller au collège. Je me dirige vers les toilettes et encore dans mon sommeil, je ne vois pas que La Mère est en face de moi. La Mère c’est l’inverse de moi. Elle a besoin de très peu de choses pour pousser ses hurlements. A peine suis-je sortie des toilettes qu’elle commence ses cris stridents. Cela me réveille brusquement et avec stupéfaction j’écoute ce qu’elle me reproche : je suis tellement en colère qu’elle ne m’ait pas réveillée que je suis passée devant elle sans lui dire bonjour ! Depuis quand est-ce que c’est elle qui me réveille? J’ai un réveil depuis mon entrée au collège ! Toujours ses obsessions sur mon sale caractère et ma méchanceté. J’essaie de lui dire que je ne l’ai pas vue, que j’étais à moitié endormie, mais le simple son de ma voix la rend encore plus hystérique. Ses cris stridents réveillent mes sœurs qui se font le plus discrètes possible. Je pars me réfugier dans la salle de bain en ravalant mes larmes.

Quel est le plus dur ? Aller au collège où le regard des autres me renvoie à mon apparence physique ingrate ? Ecouter les premières histoires d’amour de mes camarades en sachant que cette vie là n’est pas pour moi ? Ou bien, subir l’univers familial, avec ses secrets liés à la sorcellerie et la pathologie parentale contre laquelle il est interdit de se révolter ?

J’essaie de me faire discrète. A un moment je cherche ce qu’on appelle la « boite d’épingles », la boite où l’on range tous les ustensiles pour se coiffer. Pour mon malheur elle se trouve dans le couloir près de la cuisine, là où se trouve La Mère. Pour mon malheur, au moment où je saisis cette maudite boite, elle m’échappe des mains et tombe en faisant un ramdam assourdissant. La fureur de La Mère est décuplée. Mon désespoir augmente tandis que je l’écoute : je suis tellement en colère qu’elle ne m’ait pas réveillée que de rage j’ai fait tomber la boite d’épingles par terre. Inutile d’essayer de lui dire que c’est faux, je ne ferai qu’augmenter sa furie. Je reste debout en silence, la regarde ouvrir la porte du cellier et en ressortir avec une grosse planche en bois qu’elle me pointe sous le nez. En hurlant, elle menace de me la casser sur le dos jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus rien dans les mains si je continue avec mon sale caractère. J’ai l’habitude depuis ma plus tendre enfance d’entendre ma propre mère me répéter que je suis un être mauvais mais je n’en peux plus. Je veux mourir. J’étouffe. Je crève de subir ses accusations mensongères, ses insultes, ses hurlements. Je crève de ne même pas avoir le droit de me justifier ou de me défendre. Je fais ce que je dois faire, je l’écoute me hurler ses insultes et ses menaces. Quand elle a finit, j’ai le droit de m’en aller.

Je me rends au collège et je prends mon masque de l’élève studieuse qui n’en a rien à faire des moqueries de ses camarades. De toutes les façons je suis la meilleure élève de la classe, n’est-ce pas le plus important ?

Le réconfort d’un Père et d’une Mère

Publié le 27/09/2007 à 12:00 par familysecret
Je prépare ma maîtrise. Mon esprit bouillonne entre mes lectures et mes travaux pratiques. Il bouillonne aussi car je n’en peux plus d’être un objet de rebut et d’être importuné certains soirs par cette « présence » velue. Je veux montrer aux Parents que « je sais », que je souffre, que je n’accepte pas et que je suis très en colère. A chaque occasion, je lance des petites phrases assassines. Un silence gêné s’ensuit. Ils savent que j’ai compris ce qu’ils m’ont fait mais ils restent impassibles. Je les connais suffisamment pour savoir ce qu’ils pensent. « Elle fait sa crise, laissons- la. C’est pour son bien qu’elle vit ça, de toutes les façons elle nous remerciera plus tard, quand elle aura son mari ». En effet, j’ai compris par les allusions de La Mère qui ne sait pas tenir sa langue et par les questions pernicieuses de Jenny qu’un mari m’est destiné. Il ne s’agit pas d’un mariage arrangé comme il se fait dans certaines cultures. Non, dans la Sainte-Famille les choses ne se passent pas ainsi. Au moment où j’ai été sommée de quitter Robin et après ma mésaventure avec Raymond, le Père m’avait emmenée chez Tita. Les rituels n’avaient pas consisté uniquement à faire fuir Robin et tous les « mauvais garçons » mais aussi à me faire rencontrer quelqu’un de bien. Qu’est ce qu’un garçon « bien » selon les critères des Parents :
- Plus âgé que moi mais pas trop.
- Hautement diplômé ou encore étudiant.
- Catholique, oui mais certaines nationalités sont proscrites (« On n’est pas racistes mais bon… »)
- Par dessus tout, ce garçon qui se sera présenté aux Parents de manière à être mon « copain » officiel (les Parents sont « modernes », ils trouvent normal de ne plus utiliser le terme de « fiancé ») attendra que nous ayons emménagé ensemble pour me déflorer.
Lors des rituels destinés à m’aider à rompre avec Robin, j’avais crû comprendre d’après les dires de Tita qui s’adressait au Père comme si je n’existais pas, que je me marierai. Personne n‘a pris soin de me demander mon avis bien entendu. Que je veuille rester avec Robin même s’il me traite mal, que je n’ai aucune envie de quitter la prison familiale pour aller m’enterrer avec un mari, que je n’ai pas envie de ne connaître qu’un seul homme dans ma vie, que j’ai moi aussi des désirs sexuels, que moi aussi je regarde les garçons, que j’ai envie de leur plaire, qu’il y’en a un justement- le prof de l’association d’informatique de la Fac- dont j’ai rêvé un soir parce que je le trouve super mignon et que j’aimerais bien qu’il m’invite à prendre un pot après les cours, tout cela la Sainte-Famille s’en fout. Le Maître a décidé. Qu’il ait tort (c’est impossible) ou raison (c’est évident) peu importe, c’est lui qui commande, c’est lui qui décide et qui décide de tout. Ma vie je ne la choisis pas et encore moins ma vie privée. Je ne décide de rien. Dans la mesure ou à 20 ans, je dois retirer ma culotte devant le Père, me mettre entièrement nue devant lui pour prendre des bains dégueulasses, bains de désenvoûtement, bains de chance, bains de merde, plus aucune limite n’existe. Mon corps est un objet entre ses mains et celles de ses marabouts escrocs. JE suis un objet. Je ne suis pas un être doté de raison qui peut dire « non », ou « stop ». Je ne fais aucun projet tout a été décidé pour moi, à ma place. Bien entendu, je dois dire merci et vanter les bontés du Père à qui veut l’entendre. Pas question de le critiquer ou de le remettre en question, c’est un être parfait.

La Mère revient un beau jour de chez Tita. Elle me regarde avec un immense sourire.
- Le Mystère m’a dit de te dire qu’un garçon t’a remarqué. (En créole) « Dis lui pour moi, qu’il est là et qu’il la regarde »
- J’ai pas besoin qu’on me cherche un mari !
Elle me regarde ébahie et presque déçue. Que se passe t’il ? Dès que je la vois, je lance des petites phrases sur ma vie de femme qui est déniée, sur ma vocation de « vieille fille » imposée, sur ma vie privée digne des jeunes filles du Couvent des Oiseaux. Cette nouvelle devrait me réjouir. Les Mystères ont fait en sorte qu’un garçon « bien » me remarque. De quoi je me plains encore ? Elle soupire. Sur mon ingratitude sans doute.

Nous sommes invités à une fête dont j’ai oublié l’objet. Je suis assise, la tête repliée, contemplant mes pieds. Où sont La Mère et mes sœurs ? Ma mémoire l’a occulté. Elles dansent sans doute avec leur cavalier. Je lève la tête en soupirant. Le Père est debout à quelques mètres de moi. Il me fixe, peut être depuis un bon moment. Au moment où je surprends son regard, il se déplace et m’invite à danser. Il sait pourquoi je suis la seule à ne pas avoir été invitée à danser. Il sait ce que je ressens malgré la promesse d’un futur mari. Sa réponse est de se proposer à la place de tous les cavaliers de mon âge que j’aimerais voir se bousculer devant moi. J’aurais du refuser mais je me lève et je danse avec lui.


Je suis assise en pleurs face à un Mystère et à Jean-Robert, le nouvel amant de Tita. Après le père de ses enfants (de tous ses enfants ?) et un certain Fevry, Jean-Robert est le 3ème « homme » de Tita depuis que nous la fréquentons. Pour quelqu’un habité par des Mystères qui nous font des sermons sur la virginité, elle mène la belle vie « la Tita » !
« J’en ai marre d’être laide! leur ai-je crié. « Quoi ? » rétorque Le Père s’adressant au Mystère du jour « Mais moi-même je suis tout content quand je la vois maquillée. » Rien ne me console. Le Mystère disparaît derrière le visage de Tita puis revient. C’est fou comme son visage est expressif quand elle est dans cet état. Dès qu’elle commence ses chants et ses rituels, nous savons à quel moment le Mystère est entré en elle, à quel moment c’est un autre Mystère qui vient remplacer le premier, à quel moment elle redevient enfin elle-même. –
- Personne n’est venu te parler dernièrement ?
- Non
- Il y’en a pas un qui est venu te draguer ?
-Non
- Un garçon n’est pas venu te draguer ?
- Non

Il y’a quelques jours, j’étais assise seule au parc, un livre à la main pour essayer d’oublier mes misères. Depuis que je suis « possédée », j’aime aller au parc. Je peux y pleurer seule et partir si quelqu’un me cherche querelle. Tout à coup, un garçon s’est approché de moi. (C’est la première fois depuis ce « rot » dans mon ventre.) il ma posé quelques questions mais j’ai refusé de lui répondre. Je crois qu’il lui manquait ses dents de devant et qu’il n’était pas coiffé. Je n’ai pas regardé le reste. Il ne me plaisait vraiment pas. Quand bien même, je n’en aurais pas parlé au Mystère. Je leur en veux trop de ce qu’ils m’ont fait.

A court d’argument, Le Mystère sort un paquet de cartes et me demande de le couper en deux. Je m’exécute. Il retourne une des deux moitiés et étale les cartes. Que des cœurs rouges. Il dit quelque chose en créole que je ne comprends pas. Le Père lui répond « Mais oui, je sais. Je ne sais pas lire les cartes mais ça je le comprends ». Moi aussi je comprends. Les cartes me disent que l’amour est à ma porte, que je vais rencontrer un garçon formidable. Effectivement, le Mystère reprend la parole et s’adresse maintenant à moi. Je ne comprends pas tout mais je n’ai que faire de ce qu’il me dit. « …Il a le même niveau d’études que toi…Il est bien… » Le Père émoussé me chuchote « Tu iras vivre avec quelqu’un». A la remarque que lui fait Le Mystère il ajoute « Non, non, mais je lui dis pour qu’elle ne s’inquiète pas ». « Je ne m’inquiète pas, j’ai pas besoin d’un mari ». J’ai chuchoté mais Le Père m’a entendu. Il a un regard discret et surpris. Le Mystère lui dit quelque chose, je crois comprendre qu’en gros si je ne suis pas contente, il arrête tout. « Non, non » dit Le Père précipitamment, « Non, non, on continue »

Une semaine a passé. Je regarde la TV, je suis absorbée par un reportage qui m’intéresse. Le Père m’observe depuis un moment. « Pierrette, quand tu vois que tu réfléchis comme ça - (Je suis surprise qu’il ait interprété mon regard comme une rumination mais je ne le détrompe pas) – tu vas au Parc de la Courneuve avec un livre ». Je détourne la tête aussi sec, sans lui répondre, sans lui lancer un regard . La Mère nous a toujours appris que le silence est le plus grand des mépris.

Nouvelle crise

Publié le 09/09/2007 à 12:00 par familysecret
Mes vacances sont finies. Je ne les ai pas vues passées. J’ai passé toutes les matinées à envoyer des candidatures spontanées. Je n’ai jamais eu de chance avec les réponses à annonce. J’ai écrit un peu au hasard, sans vraiment trop y croire. Qui ne tente rien… Cela m’a pris d’un coup, enfin pas tout à fait. A cause de l’incompétence de ma bien-aimée chef, j’ai senti juste avant mon départ que des tensions allaient naître. Il faut dire que c’est de ma faute, j’ai osé dire non, alors que d’habitude je fais partie des bénies oui-oui de la boite.
Ma chef chérie est partie en vacances et a laissé le service s’organiser tout seul. Résultats : certains en ont profité pour ne pas prendre leurs responsabilités et ce sont les grosses connes de service habituelles qui se sont retrouvées avec le travail des autres à faire. Par définition, une grosse conne de service est une « merde », elle n’est donc pas seulement au service des autres, elle est là aussi pour que les autre se défoulent sur elle. Mon service est celui des grosses connes parce que ma bien-aimée chef l’a voulu ainsi. Cet été, avec mes collègues nous avons donc assumé des taches qui ne relèvent absolument pas de notre compétence. Grand sourire, « Merci, vous êtes mignonnes ». Sauf qu’à un moment, moi j’ai refusé d’assumer des choses qui ne relèvent pas de ma fonction et dont les conséquences peuvent être catastrophiques si elles ne sont pas faites correctement. J’ai donc transféré un travail vers la personne la plus compétente pour le faire, d’autant plus que cela correspondait à sa fonction et donc à ce pourquoi on la paye. Que n’avais-je fait là ! Crise d’hystérie de part et d’autres. En effet, j’aurais du avant de renvoyer vers les personnes concernées, commencer à faire un travail préliminaire ! Je n’étais pas présente lorsque toutes les crises ont eu lieu mais peu importe, j’ai fini par faire la mienne. J’ai dit à tout le monde d’aller se faire foutre. Regards compatissants, tout le monde a cru que c’était l’heure de ma piqure et qu’après un peu de vacances, je reviendrai à la raison. Cela m’a énervé encore plus de les voir avec leur peti air compatissant du genre, « alors ça va mieux, cette petite colère ? On a un gros chagrin, hein ? » Pour mon plus grand bonheur, mes collègues m’ont n’ont seulement soutenue mais aussi suivie. Elles ont fait part de leur malaise et l’impression de non-reconnaissance de leur métier et spécificité. En attendant, jusqu’à ce que je parte en vacances, j’ai refusé de faire le travail des autres et ce sont mes malheureuses collègues qui se sont partagé le travail. L’avantage dans tout cela c’est que cela m’a donné du courage pour recommencer à chercher du boulot. Tous les jours, je trouvais une adresse. Je ne me pose plus de questions car à cause de mon manque de confiance en moi, je risque de m’autocensurer. J’ai donc refait mon CV qui datait un peu et fais des lettres plus « souples », moins stéréotypées que celle que je fais d’habitude. Il faut que je me casse !
Mon retour de vacances, n’a fait qu’accentuer mon envie de déguerpir. Bonjour l’ambiance ! Certaines personnes qui étaient en congés et qui sont revenues lorsque moi je suis partie me regardaient de travers et répondaient agressivement à mes questions. Connaissant ma super chef et son amour immodéré des conflits, je suis sûre que mise au courant de ma rébellion, elle a fait fonctionner le téléphone arabe et a commencé à colporter des ragots de bas étage. Alors que mes collègues le vivent très mal, moi je m’en tape ! Ras le bol de jouer les connes.


Ceci mis à part, rien de neuf au sein de la Sainte-Famille. Sauf peut-être pour un observateur extérieur.

La semaine dernière, La Mère m’a laissé un message sur le répondeur de mon portable me disant qu’elle était à la rue. Connaissant son aptitude à raconter les histoires comme bon lui semble, je ne l’ai pas rappelé. Pour faire court je vais faire un résumé des dernières aventures de la Sainte Famille. Je n’ai que très peu d’éléments car d’emblée, j’ai tenu à me protéger et par dessus tout à protéger ma puce et mon amoureux.
- La Mère part garder mes nièces, les filles de Raphaëlle, chez elles.
- Entre-temps, Jenny passe chez Les Parents et remarque avec surprise qu’elle n’arrive pas à ouvrir la porte de la maison avec sa clef. Elle part récupérer la Mère chez Rapahaëlle et la met au courant. De retour chez Les Parents, elles ne peuvent que confirmer que la serrure a été changée. Elles se retrouvent chez Jenny. La Mère appelle ses filles puis ses soeurs en Martinique.
- Une dispute éclate entre Jenny et Le Père au cours de laquelle, il lui aurait crié « TU ME FAIS CHIER, LAISSE MOI VIVRE MA VIE »
- J’ai un appel de Jenny sur mon portable. Elle a dit au Père que LUI la faisait chier, que c’était un gros connard et qu’elle savait ce qu’il nous avait fait. (Jenny qui continue à aller voir des « voyants » est persuadé que Le Père nous a fait, à nous ses trois filles, de la sorcellerie. Il aurait « vendu » ses futurs petits-enfants au Diable pour être riche. Les difficultés qu’a eu Corinne pour tomber enceinte auraient ce pacte pour cause. Le sortilège aurait été annulé grâce aux rituels que Jenny a suivi il y’a quelques années. MOUAIS !...)
- Après quelques jours, Le Père appelle la Mère sur son portable. Il lui dit qu’Il ne va pas bien en ce moment mais qu’en aucun cas il ne veut la mettre dehors.
- La Mère a trouvé une explication au comportement du Père qu’elle a expliqué à Corinne. Depuis environ 1 an, le Père est en relation avec ses petits-enfants, ceux de la Femme des Antilles. La Mère le supporte très mal et ne manque pas de lui faire des scènes. Le Père n’en a cure et leur fait 1000 et 1 cadeaux plus ou moins onéreux. Le connaissant, je suis sûre qu’il essaie de leur faire croire qu’il est riche (peut-être aussi de gagner leur affection, de faire avec eux, ce qu’il n’a jamais réussi avec nous ?). Je les soupçonne eux de profiter de lui et d’espérer figurer sur son testament (Les pauvres !) Bref, deux des petites-filles ont rapporté à leur retour de vacances une bouteille (d’alcool ?) au Père. La Mère l’a supplié de ne rien en boire. Le Père ne l’aurait pas écouté, son ventre aurait gonflé et aurait été à l’origine de douleurs. C’est après cela qu’une envie soudaine de changer la serrure l’aurait pris.

Connaissant la névrose familiale, je sais ce que cela signifie. La Femme des Antilles est morte. Ses petits-enfants veulent se venger et donnent au Père une bouteille ensorcelée. Résultats : maux de ventre, comportement inexpliqué. J’en mettrai ma main au feu. Mon explication est la suivante : les injonctions de La Mère afin de ne pas boire le contenu de la bouteille offerte seraient venues confirmer le délire paranoïaque du Père. Oui, la bouteille est empoissonnée. Je la bois. J’ai mal au ventre (je suis certaine qu’il a réellement eu mal au ventre mais que c’est sa névrose qui aurait provoqué ces douleurs). Je suis mû par une force incontrôlable qui me fait faire n’importe quoi. Inutile de parler aux Parents, je connais suffisamment leurs sornettes.
Aux dernières nouvelles, La Mère aurait récupéré ses affaires. Elle aurait quitté le domicile de Jenny pour aller passer une semaine chez Raphaëlle qui stresse à l’avance à cette idée. Elle aurait déjà contacté Corinne pour la recevoir la semaine d’après. Je me demande si elle aura le courage de m’appeler.

Rien qu’une nouvelle crise comme bien d’autres dans le passé…

Le goût du pêché

Publié le 20/08/2007 à 12:00 par familysecret
Dans mes efforts pour être moins laide, je suis allée voir une diététicienne, accompagnée par Raphaëlle. Pour 170F la séance, elle m’a donné tous les trucs pour que ma maigreur ne soit plus qu’un mauvais souvenir. Pour donner un coup de pouce à mon « régime », je me suis inscrite à des cours de natation en compagnie de Zora, une voisine de palier et pour l’heure ma seule amie, qui ignore mes véritables motivations. Je vois peu à peu mes épaules se développer, mon corps s’arrondir et je dis bientôt adieu à ma maigreur. Pourtant, une fois mon poids idéal atteint, je ne peux m’empêcher de me remplir avec de la nourriture. Je prends plaisir à manger tout ce dont je rêvais petite fille et qui nous était interdit mes sœurs et moi afin de ne pas nous « pourrir gâter ». Je dévore des viennoiseries, des gâteaux à la crème, des tartes aux fruits. Je me délecte de chocolat en tablettes, en barres, en crème. Je goûte à tout ce que je regardais en silence depuis des années. J’atteins bientôt les 73kgs. Cela ne m’inquiète pas outre mesure. Parallèlement à mes études, je travaille et avec « mon » argent, je brave des interdits. L’argent peut changer tellement de choses ! Manger ce n ‘est pas seulement pour moi un plaisir gustatif car je mange sans véritable faim. Je commets un pêché en étant aussi gloutonne mais je m’en tape parce que j’en ai besoin. Désolée pour Le Père mais mes livres d’étudiante ne sont pas toute ma vie. Mes études ne suffisent pas à la remplir justement. Lorsque Zora va retrouver ses copains ou son petit ami, je vais au cinéma toute seule, je vais m’asseoir seule au jardin du Luxembourg où je regarde les couples d’amoureux passer et s’embrasser. Je me débrouille pour rencontrer le moins de monde possible afin d’éviter de réveiller l’agressivité des gens. Le plus dur, c’est dans les transports en commun. Prendre le wagon le moins rempli et chercher le fauteuil où il n’y a personne. Tout le monde évite de s’asseoir près de moi, les seuls qui osent sont les esprits belliqueux. Comment l’enfer peut il être plus insupportable ?


Habillée en « robe de maison » je traîne mon ennui dans l’ appartement. Je ne me maquille plus, je ne pers plus de temps à prendre soin de ma mise, je « fais la gueule » à longueur de journée. Je n’ai aucune envie de m’amuser, de rire et de sortir. A quoi bon ? Tout ce que je vais gagner une fois dehors, c’est de me faire agresser. Après-midi de pluie. Je rentre dans la salle de séjour, je m’affale sur une chaise face à la chaîne stéréo et je me mets à pleurer. Je sais que Le Père est là, derrière mon dos et qu’il me regarde.
- Pierrette va dans la salle de bain et mets toi ça sur le visage (Il me tend une bouteille remplie d’une mixture marron, mi liquide mi crémeuse qui traîne dans un coin de l amaison)
- C’est pas ça qui va changer ma vie !
- Qu’est ce que t’en sais que c’est pas ça qui va changer ta vie ?
- C’est pas ça qui va changer quoi que ce soit à ma vie !
- Qu’est ce que t’en sais ?
- JE LE SAIS !
- Essaye ! Tu ne sais pas si ça va changer ta vie !
- Tu ne sais pas ce que je veux ! Tu ne sais pas pourquoi je pleure ! (Je sais qu’il sait)
- Tu pleures parce que tu es toute seule. A ton âge t’es encore…
Il n’ose même pas dire le mot, le chien ! Il n’ose même pas prononcer le mot « vierge ». J’ai 24 ans et il me croit toujours vierge ! Je descend dans la salle de bain me passer sa mixture immonde sur la figure et me promets de lui faire savoir que pour la couronne d’oranger, il s’y est pris trop tard.

Cela ne prend pas longtemps. A partir de ce moment, je lance des piques à La Mère dès que je la vois. « Pour la couronne d’oranger, c’est trop tard », « J’ai été plus rapide que vous ! », « Vous avez fait tout cela pour rien ! Dommage pour votre argent ». A aucun moment, je ne mentionne de quoi je parle. Inutile, elle sait très bien à quoi je fais allusion. Le jour où je lui apprends le plus naturellement du monde que je prends la pilule depuis des années et que ma virginité n’est plus qu’un lointain souvenir, elle me regarde sans répondre mais je sais que j’ai fait mouche. Jenny vient me voir un peu quelques jours après super excitée. « Tu as dit à La Mère que t’avais fait tac-tac, ça lui a fait… »Elle touche son cœur et se renverse en arrière pour me signifier le choc que La Mère a ressenti. « Elle m’a dit « Pierrette a grossi, est-ce que c’est pas la pilule qui fait ça ? ». Jenny me relate cela pour le seul plaisir de souligner que j’ai grossi mais je l’emmerde. Je suis ravie d’avoir choqué La Mère et ses principes d’un autre âge. Je continue mes allusions avec plus d’ardeur encore. Un jour où je quitte la salle de séjour après lui avoir lancé une de mes phrases assassines, je l’entends murmurer quelque chose au Père d’une voix plaintive. La voix du Père résonne fataliste « Mai oui, mais c’est pas de sa faute Margueritte Marie ! »

Bon sang, mais c’est bien sûr ! Si une fille bien dressée comme moi a « fauté », ce n’est que parce que je suis sous l’influence de forces invisibles. Il fallait y penser !

Naissance des pieuvres

Publié le 19/08/2007 à 12:00 par familysecret
Mes vacances ont commencé depuis hier soir et comme mon chef bien aimée était en vacances début août, résultat je n’aurais pas vu sa tronche de tout le mois. Youpi ! Plus dur sera la rentrée de septembre ! Mon amoureux et ma puce étant chez mes beaux-parents pour le WE, j’ai décidé de me faire un petit plaisir. A 10h00 ce matin, cinéma. « La naissance des pieuvres ». J’avais vu la bande annonce, il y’a peu au ciné et cela m’avait paru intéressant.

Le film avait commencé depuis à peine 15 minutes que les larmes se sont mises à couler sur mon visage, et pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le sujet. J’ai pleuré parce que les 3 héroïnes se sont retrouvées dans une fête entre jeunes et que je ne supporte pas de voir des jeunes réunis pour une fête. En moins de deux, je me suis revue au même âge écoutant les filles et les garçons se parler, tout excités à l’idée de se retrouver. Moi, le nez plongé dans un livre, je faisais celle qui s’intéressait à autre chose. J’entendais les filles parler de la tenue qu’elles allaient porter, les garçons chuchoter le nom de la fille qu’ils rêvaient d’embrasser et qui serait présente à leur fête. Moi, impassible je continuais à lire mon livre. Une boule me nouait la gorge, mon cœur saignait mais je sursautais à chaque fois qu’on m’appelait comme si la lecture de mon ouvrage avait été si prenante que j’avais été coupée du monde. Le pire ce n’est même pas que je n’aurais pas eu le droit d’y aller mais que je n’aurais même pas été invitée. Je ne sais pas ce qui me faisait le plus mal à l’époque. Il est vrai que de ne pas être invitée m’évitait d’avoir à inventer des excuses pour ne pas y aller. Mais je savais très bien ce que ne pas être invitée signifiait. Personne n’aurait voulu me voir à sa soirée, personne ne désirait ma compagnie et pas seulement parce que j’étais mal habillée. Ce film, très beau par ailleurs et très bien construit, m’a rappelé la cruauté des adolescents. Pendant que les images défilaient devant moi, je me suis rappelé toute l’hypocrisie de cette période pendant laquelle on rêve de changer le monde, on a des idéaux, mais on refuse d’adresser la parole à quelqu’un parce qu’il n’est pas habillé à la mode, parce qu’il n’est pas un Top Model, parce qu’il est différent.

Moi aussi j’avais des pieuvres en moi. Moi aussi derrière mes lunettes, mon physique ingrat et mes vêtements démodés, j’étais une fille. Moi aussi, j’aurais aimé qu’on m’invite, que mon nom soit chuchoté pour les garçons et pas pour se moquer de moi. Moi aussi j’aurai aimé faire partie d’un groupe. J’ai toujours aimé la lecture depuis ma plus tendre enfance. Cela a toujours été un refuge. Petite fille je m’identifiais aux personnages des mes livres. Je quittais les crises d’hystérie de La Mère, les humiliations du Père et je devenais un membre du Club des 5 menant des enquêtes avec le chien fidèle Dagobert, ou Alice la jolie inspectrice de la Bibliothèque verte, ou encore Fantômette accompagnée de ses deux copines Ficelle et Boulotte. Cela a continué à l’adolescence et plus tard à 20 ans de manière boulimique. Je lisais pour oublier comme d’autres boivent de l’alcool. Quelqu’un a t-il déjà étudié le rôle que joue le livre chez les personnes désespérées ? Aujourd’hui j’aime toujours autant la lecture mais ce n’est plus qu’un plaisir parmi d’autres.

Je me suis reconnue à la fois dans le personnage de Marie et dans celui de Anne. Je n’ai jamais ressenti d’attirance pour les jolies filles que j’ai côtoyées. Moi, j’étais plutôt du genre à m’endormir le soir en rêvant que j’étais elle. Je revivais les scènes où je les avais observées et j’imaginais leur vie, leur maison, leur chambre, leurs amis, leur petit ami. Je rêvais d’entrer dans leur intimité pour prendre un peu d’elles et devenir complètement elles le soir dans mon lit. Moi aussi j’ai été attiré par des garçons, j’ai même été amoureuse 3 fois. Crapaud mort d’amour, je n’ai jamais rien dit à personne, ni aux intéressés ni à mes rares copines, ni à mes sœurs. Contrairement au personnage de Anne, je n’aurais jamais osé aller faire le pied de grue devant l’appartement de mon bien-aimé et encore moins rentrer dans le vestiaire des garçons pour lui offrir un collier. J’avais 11 ans ½ lorsque je suis tombée amoureuse pour la première fois. A l’instant même où j’ai senti le rythme de mon cœur s’accélérer, j’ai su que je devais garder cela secret. L’amour m’était interdit. J’ai toujours su lorsqu’un garçon était amoureux et qu’il rêvait de sortir avec une fille que ce n’était pas de moi dont il s’agissait.

J’ai beaucoup aimé ce film mais il m’a gâché mon samedi parce qu’il m’a rendue triste et en colère. La tristesse m’est venue en repensant à mon adolescence. J’ai passé mon après-midi à ruminer et le cœur plein de colère en me revoyant à 20 ans avec un cadenas entre les jambes et en revivant mes « années Fac » avec le diable en moi. Pour moi pas de pieuvre. Le fait même d’y songer était déjà un crime. Selon l’adage parental, une fille qui ressent du désir, qui pense à l’assouvir, particulièrement celui lié à la chair est la dernière des catins. Du plaisir, oui, mais pas avant d’avoir 30 ans, pas avant d’avoir fini ses études et uniquement pour satisfaire son mari. Toute ma vie j’ai été le contraire d’une femme. Je n’ai été qu’une machine obéissante, programmée pour faire des études, accomplissement du rêve inaccompli du Père, et à me réserver pour le mariage, fantasme de la Mère.

Rien ni personne ne pourra effacer l’horreur que j’ai vécu, ni mon amoureux, ni ma puce.

Je me prends en charge : l’Esprit

Publié le 15/08/2007 à 12:00 par familysecret
« Jusques à quand, Eternel ! m’oublieras-tu sans cesse ?
Jusques à quand me cacheras-tu ta face ?
Jusques à quand aurais-je des soucis dans mon âme,
Et chaque jour du chagrin dans mon cœur ?
Jusques à quand mon ennemi s’élèvera t-il contre moi ?
Regarde, réponds-moi, Eternel, mon Dieu !
Eclaire mes yeux,
Afin que je ne m’endorme pas dans la mort,
Afin que mon ennemi ne dise pas : Je l’ai vaincu !
Et que mes adversaires ne soient pas dans l’allégresse, si je chancelle.

Mais moi, j’ai confiance en ta bonté,
Mon cœur est dans l’allégresse, à cause de ton salut ;
Je chanterai à l’Eternel car il m’a fait du bien. »
(Psaume 13)

Cela est venu tout à coup sans prévenir. Du fond de mon cœur. Je ne suis pas sûre que ce soit une voix. C’est plutôt une évidence. Le souvenir de quelque chose qui était en moi et que j’avais oublié. Oubli volontaire par trop de souffrance.
Baptisée alors que j’avais un mois. Quatre années de catéchisme avec une communion privée et une solennelle. Pas de confirmation malgré mon désir car les Parents estiment que c’est inutile. Très vite athée parce que chaque jour ma vie est un véritable enfer. Pourtant, je sais que la réponse se trouve là, dans la Bible. Je le sais et je ne me pose aucune question.

Tel l’enfant prodige, je reviens à Dieu. Je L’interpelle chaque soir par le biais de ce psaume et je suis décidé à Le persécuter jusqu’à ce qu’Il me sauve.

Il y’a quelques mois j’avais acheté cette Bible à l’initiative d’un prêtre guérisseur. C’est Le Père qui avait trouvé ce dernier. Cet homme que les Mystères avaient vu dans la bougie, j’ai obtenu ces coordonnées par le biais de La Mère. C’est un bel homme, peut-être même un peu trop. Grand, brun, les yeux bleu clair, belle silhouette athlétique, sa soutane paraît un peu incongrue sur lui. La salle d’attente est remplie d’Antillais qui attendent patiemment leur tour. Assise sur ma chaise, je discute avec une dame qui est persuadée de m’avoir déjà vue quelque part. Vient mon tour. Le bellâtre me reçoit dans son bureau. Rien à voir avec les séances de Tita. Ici tout est clair et propre. Il pose sa main sur ses yeux et se concentre. Sa voix est chaude et douce. « On ne vous voit pas telle que vous êtes. Vous avez des problèmes au niveau ovarien… » Il me décrit des choses que j’interprète en fonction de mon vécu. La consultation est beaucoup moins chère que celle de Tita. Je ressors avec une liste de produits à acheter. Je me rends dans la boutique appropriée qui appartient à mon joli prêtre si sexy. Elle est pleine d’Antillais. « Décidément il a bien compris le filon. » Je chasse ses mauvaises pensées de ma tête et me concentre sur ce que je dois faire. Rituels de prière, neuvaine à Saint Michel, encens spéciaux, pommade de St Georges, une pomme, du plomb à faire fondre dans une casserole,…J’ai encore en mémoire ma « liste de guérison ».

Ca ne marche pas. Je suis toujours une pestiférée. Les Hommes me fuient toujours autant. Je me fais toujours agresser dans la rue et chaque mois à l’arrivée de mes règles, j’ai peur des nuits blanches. Je dis adieu à mon prêtre au physique de James Bond.

Mais je continue mes prières. Je sais que la réponse est là. Dieu seul est capable de vaincre le Diable.

Je me prends en charge : la névrose

Publié le 12/08/2007 à 12:00 par familysecret
Ce n’est pas possible. Le problème vient de moi. Et si ce que je ressens certains soirs, cette présence qui me réveille, provenait de mon esprit ? Ces bras poilus qui m’enserrent sont peut-être le fruit de mon imagination ? Hallucinations auditives et tactiles ? Si tous les garçons fuient devant moi, c’est peut-être de ma faute ? Mon attitude ? Il est vrai que je n’ai jamais été très bavarde, je n’ai jamais été une pin-up, je ne suis pas quelqu’un de particulièrement intéressante. C’est à moi d’être un peu plus féminine. Oui mais j’ai fait beaucoup d’efforts pour m’arranger physiquement. Je lis beaucoup, maintenant ave « mon argent » je vais au cinéma, je voyage même. J’ai de quoi engager des conversations. Encore faut-il que quelqu’un ait envie de les partager avec moi. Personne ne veut. Je suis ou totalement inexistante ou un objet de haine…Pourquoi ? N’ai-je pas assez souffert ?



Je le choisis sur le minitel. Il a presque détaillé son CV: Psychanalyste, Docteur en psychopathologie Paris 7, Sexologue, Diplômé en psychologie criminelle,…La liste de ses diplômes me donnent le vertige et me rassurent. Ce sera lui. Je mets 15 jours avant de pouvoir me rendre dans son cabinet. Je me rends compte que j’aurai du téléphoner avant. Je bafouille, je n’ai rien préparé.
- Euh, je voudrai faire une psychanalyse…
-Vous avez été recommandée par qui ?
- Euh…
C’est la première fois que je me retrouve dans le 17ème arrondissement. C’est la première fois que je passe de ma cité HLM du 9-3 à un appartement luxueux d’un quartier cossu de Paris. Je suis impressionnée. Nous parlons quelques minutes devant son bureau puis il m’invite à m’allonger sur son divan. Les mots ne viennent pas. Je ne sais pas quoi dire. C’est le blanc total. Il me rassure, c’est normal. Je lui raconte alors que j’ai toujours été comme cela, même quand j’étais une petite fille. Je n’ai jamais su quoi dire aux gens. Les mots n’arrivent pas à passer le seuil de ma bouche, pire que cela ils n’arrivent pas à mon esprit. Je voudrai parler mais quoi dire ? J’en ai beaucoup souffert, j’en souffre encore. J’ai toujours eu très peu d’amis, d’abord parce qu’avec ma famille, cela était impossible. Ensuite, parce que je ne pouvais pas entrer en contact avec les autres puisque j’étais incapable de parler….
La séance se passe. Je ne suis ni contente ni mécontente. L’autre RDV est fixé pour la semaine prochaine. Les règles ont été fixées, la fréquence des séances, l’heure des RDV, le prix. Je suis OK. Je veux à tout prix me sortir de ce cauchemar.

Plusieurs mois ont déjà passé. Quand je lui parle pour la première fois de sorcellerie et de la Femme des Antilles, il éclate de rire. Vexée, je ne fais que lui répéter « C’est pas drôle, c’est pas drôle » Il me calme. A partir de ce jour, je ne lui parle que de sorcellerie, des mauvais sorts dont ma famille et moi sommes victimes. Il m’écoute poliment. J’ai même l’impression qu’il s’est documenté, « C’est vrai qu’on peut en mourir ? » Mon avenir me paraît noir.Je ne crois plus en rien, je n’ai plus aucun espoir. D’ailleurs je suis maudite depuis que je suis née. Je lui parle de mes parents, de leurs principes et méthodes de dressage, des cris d’hystérie de La Mère, des humiliations du Père. Je lui fais part de mon mal-être, de ma fatigue à vivre, de tout ce qui s’accumule sur moi. Il essaie de me remonter le moral comme il peut, comme d’autres le feraient. « Regardez, vous avez fait des études ». Je m’en moque. Je suis malheureuse. Je suis maudite. Il emploie des mots comme « névrose familiale », « masochisme ». Invariablement, il me pose la même question «Vous auriez aimé naître dans une autre famille ? », la réponse est toujours la même « Oui ».

Je continue à le voir mais il faut que je cherche autre chose. La machine est lancée, je veux vaincre le diable.

Je me prends en charge : l’image de soi

Publié le 01/08/2007 à 12:00 par familysecret
J’ai essayé. J’ai tenté de lutter avec les armes qui étaient en ma possession.

Je me souviens qu’adolescente, Corinne avait fait part à La Mère de son désir d’acheter de l’eau de rose pour parfumer son bain. La Mère l’avait arrêté net. « Tu sais, les femmes qui utilisent l’eau de rose, c’est pour faire venir les hommes et coucher avec eux… » Le désir d’adolescente de Corinne était partie comme il était venu. Je décide de me prendre en charge. Cela fait plus de six mois que je suis invisible pour les hommes et que je réveille l’agressivité des êtres humains qui comme moi peuplent cette planète. Je ne sais comment, j’arrive à me procurer de l’eau de rose avec laquelle je remplis la moitié de la baignoire. J’empeste l’eau de rose. Rien n’y fait.

1m76 semble être ma taille définitive. Je pèse 59kg 600 depuis ma terminale et je n’ai pas bougé d’un gramme. Silhouette mannequin diraient certains. Hélas, moi, je suis toujours aussi maigre. Maigre de chez maigre. Qu’à cela ne tienne. Je m’inscris à une petite salle de gym pour y faire de la musculation. Corinne qui est La sportive de la famille a tenu à venir avec moi pour mon plus grand plaisir. Je sais par avance qu’aucun des hommes qui s’admirent devant la glace ne prêteront attention à moi. L’avantage d’être possédée par un diable…Au moins, je ferai mes exercices discrètement dans mon coin pendant que le charme naturel de Corinne opère. Je travaille principalement mes cuisses et mes mollets. Bientôt mes deux grandes pattes maigres se musclent et j’obtiens de superbes jambes de gazelle. Pour la première fois depuis mon enfance, j’ose porter des jupes, des robes. Je les porte le plus court possible comme une provocation aux hommes qui m’ignorent, à mes parents, à Tita, au diable qui m’habite. Un jour, la seule fois, un homme au Forum des Halles me glissera dans l’oreille « Vous avez de jolies jambes ». Je garde cette phrase dans mon cœur comme une caresse sur mes blessures de femme, comme un bisou sur mon narcissisme meurtri, comme un espoir…La Mère use de tous les stratagèmes pour me faire abandonner mes tenues. Les sous-entendu concernant ma vulgarité, mes airs de putain ne m’atteignent pas. En désespoir de cause, elle se radoucit.
- On a dit qu’il faisait froid aujourd’hui
- Non, j’ai entendu la météo, il fera chaud aujourd’hui
- Ah, euh…C’est dans le Nord qu’il fera froid
- En quoi ça me concerne ? On n’habite pas dans le Nord
-
C’est la grande mode des Tops Models. Cindy, Claudia, Naomi, Elle, Karen, Carla, Helena, Christy, Estelle, Kate, Eva, Monica,…Je les connais toutes. Je lis tout sur elles. J’achète tous les magazines dont elles font la couverture. Ma préférée est Naomi Campbel. Avec elle, les métropolitains découvrent qu’on peut être belle et noire.

Sous mes jupes je porte des porte-jarretelles, des Dim Up, de la lingerie sexy. Je me rends un jour au magasin Printemps. Je prends rendez-vous avec une compatriote pour un « maquillage avec achat ». Mardi prochain à 11h00, elle va me maquiller, me montrer les produits qui me vont, m’apprendre à les appliquer. La condition est que j’achète les produits concernés. Ok. Je repars le cœur léger. La semaine prochaine, je saurai comment me faire belle. La semaine prochaine, je serai belle( ?) J’arrive 20 mn avant. Elle m’a oublié. D’accord c’est normal, elle voit plein de clients. Elle ne se souvient pas de notre rendez-vous que je l’ai pourtant vu noter sur son cahier la semaine dernière. Je lui rappelle ses mots. Je lui répète qu’il s’agit d’un « maquillage avec achat » comme pour la rassurer, comme pour lui faire comprendre que je suis venue pour dépenser de l’argent chez elle. « Allez voir dans l’autre magasin, parce qu’avec les clients on n’aura pas le temps de s’occuper de vous » Je tourne les talons non sans avoir lâché quelques grossièretés. Tout de même ce diable en moi m’emmerde ! Je ressors des

Galeries Lafayette maquillée et avec 750 F d’achat. J’ai tout pris sauf la lotion nettoyante. Désormais comme les autres filles, j’ai ma petite trousse de maquillage. Je sais à quoi sert un fond de teint pour peau noire, comment appliquer mon fard à paupières, quelle est la couleur du rouge qui va faire ressortir la pulpe de ma bouche, à quoi servent les pinceaux et autres houppettes. Je suis maquillée. Je ne me trouve pas belle car je ne m’aime pas mais je sais que mon visage n’est plus le même. Avant de partir je vais m’acheter un parfum, le seul que je connaisse « Channel n°5 ». Je rentre dans un autre monde, celui d’une femme qui se regarde dans la glace et qui essaie d’être moins laide. J’ai toujours le rêve de devenir belle un jour. J’ai changé physiquement. Je suis devenue féminine au grand désespoir de La Mère.

Elle n’a pourtant pas à s’inquiéter. Pour l’heure, le diable est le plus fort.

Un diable dans la ville

Publié le 23/07/2007 à 12:00 par familysecret
Avoir un diable en soi, ce n’est pas seulement voir les garçons prendre la fuite devant soi. Ce n’est pas seulement avoir l’impression d’être atteint d’une maladie ou d’avoir une odeur qui fait fuir les hommes. Non, ce n’est pas que cela. Une de mes grandes découvertes a été de découvrir que nous avons en nous quelque chose - un aura, une lumière, que sais-je encore ? – qui nous permet d’entrer en relation avec les autres. Il existe quelque chose en nous qui fait que naturellement, les autres êtres humains avec qui l’on vit se sentent en confiance, se sentent bien ou sont indifférents.

Explications.

Je pourrais reprendre une à une les agressions dont j’ai été la victime. Je me souviens parfaitement de chacune d’elles. Agressions verbales, bousculades volontaires pour me faire mal, insultes. Du jour au lendemain je deviens une paria. La Bête immonde. La créature à abattre. Je m’en aperçois petit à petit.
« C’est pas mon jour »
« Décidément cette semaine, je n’ai pas arrêté de me faire agresser ».
Raphaëlle est présente lors de trois agressions dont je suis la victime. Je lui fais part de mes impressions. Elle me fait part de son étonnement lors d’une de nos sorties, alors qu’en l’espace de trois heures j’ai subi le mépris de la grosse dame de la BNP d’Aubervilliers qui m’a presque envoyé le chéquier que je lui demandais à la figure, les propos désagréables de la vendeuse de La Redoute qui tout à coup hausse le ton lorsqu’elle me voit, et enfin ce gros con dans le métro qui cherche à tout prix à me frapper. Je lui raconte que c’est ainsi depuis quelques semaines voire peut-être plus. Je n’ai pas fait attention au début. Tous les hommes me fuient comme la peste et en plus je ne fais que me faire agresser. Je lui fais part de mes soupçons concernant Le Père. Selon moi, c’est lui qui a fait quelque chose avec Tita pour qu’aucun homme ne veuille de moi. Je pense que tous les deux se sont mis d’accord pour que je reprenne mes études après les avoir arrêtées et que pendant cette période je ne fréquenterai aucun garçon. Je les soupçonne d’avoir décidé que fréquenter un ou des garçons pendant mes études serait néfaste. Que tant que je n’aurais pas fini mes études je resterai une pestiférée. Le problème est qu’en m’empêchant de séduire, qu’en me refusant une vie de jeune femme normale, ils font de moi un être haïssable. Un être qui éveille l’agressivité et la haine des gens. Raphaëlle m’écoute poliment. Elle exprime quelques doutes mais ne dis rien. Je ne lui en veux pas. Comment pourrait-elle comprendre ce que je vis, ce que je ressens. Cette chose pleine de poils que je sens en moi à chaque période menstruelle et qui me fait l’amour, cet éloignement des hommes, ces agressions…

Qui me croira ? Qui me croit ?

Acte manqué.

Publié le 23/07/2007 à 12:00 par familysecret
Il y’a un peu plus d’un mois, j’ai commencé à raconter comment un beau jour un diable est entré en moi. Comment, à partir de ce moment, j’ai vu tous les hommes de tous âges, de toutes les origines, de tous les milieux sociaux, tous les hommes sans exception prendre la fuite devant moi. Pas une invitation à danser, pas une parole même pour me demander l’heure, pas une réponse aux questions les plus anodines. Rien, je n’existe pas. Je n’ai droit ni à un regard, ni à un geste, ni à rien. Enfin rien…pas tout à fait. Il est curieux de constater que depuis que j’ai commencé à raconter cette partie la plus intime de ma vie, les événements se sont succédés pour que je n’arrive pas à publier un post. D’abord c’est mon premier jet d’écriture qui s’efface suite à une fausse manœuvre. Ensuite, c’est mon PC qui est indisponible mon amoureux ayant soudainement l’envie de changer l’écran. Puis c’est le manque de temps, la fatigue, je ne sais quoi encore. Toujours de bonnes raisons pour ne pas arriver à parler 20 ans après de mon calvaire, de ma vie avec un diable à l’intérieur de moi. C’est comme pour une psychanalyse. On rate une séance parce qu’on l’a oublié, on a un empêchement, on n’a pas d’argent,… En psychanalyse, on appelle cela un « acte manqué ». On évite de parler de ce qui fait le plus mal, de ce qu’on a enfouit en soi, de ce qui est latent à un niveau inconscient. Sauf que dans mon cas, je n’ai rien refoulé, je n’ai rien oublié. Et c’est là que le bât blesse. C’est là que mes chers parents se retrouvent coincés car contrairement à leur souhait non exprimé mais sous entendu, je ne suis pas amnésique et je n’ai pas l’intention de le devenir.

J’ai ouvert ce blog pour que tout le monde sache. Même si personne sur cette planète ne me croit, même si je me fais enfermer pour maladie mentale, même si personne ne me croit, je dirai tout.

Un soir, j’ai raconté à mon amoureux ce que j’avais vécu. Je lui ai parlé du cadenas entre mes cuisses. Je lui ai parlé du diable qui avait pris possession de moi. Comme toujours, il m’a gentiment écouté jusqu’au bout. « Oui je reconnais que parfois, il y’a des choses qui sont troublantes ». C’était le maximum qu’il pouvait faire pour moi. Je n’ai pas insisté.

Qui n’a pas vécu ce que j’ai vécu ne peut comprendre.

Qui n’a pas rencontré Tita, ne peut comprendre.

Qui n’a pas croisé le Diable ne peut comprendre.
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