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Nom du blog :
familysecret
Description du blog :
Derrière la famille idéale, mon enfance dans le monde de la sorcellerie, du vaudou, de la folie
Catégorie :
Blog Paranormal
Date de création :
11.10.2006
Dernière mise à jour :
04.01.2009

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Quelques grammes de douceur dans un monde…

Publié le 26/05/2008 à 12:00 par familysecret
Quelques grammes de douceur dans un monde…
Juste quelques mots chuchotés derrière la porte. Un « Chut ! » étouffé et deux sourires que je devine. Je me prépare, je me fais belle et fais celle qui n’entend pas et ne devine rien. Je suis seule pendant une éternité. Ils sont partis sans rien dire. La salle de bain et l’appartement sont à moi.

Gommage pour un nettoyage en profondeur, crème hydratante pour le visage, crème anti-dessèchement pour le corps, crème nourrissante pour les pieds. Le soin capillaire et la manucure ont eu lieu hier. Je sors de la salle de bain fraîche et parfumée…

Ma puce et mon amoureux sont revenus en silence et m’attendent derrière la porte. Leur sourire m’illuminent, inondent toute la pièce. Ma puce s’avance vers moi et me tend son cadeau : un dessin. Des gribouillis pour dire vrai, en rouge, en vert, en jaune. Je ne sais pas ce que cela représente mais pour moi cela vaut bien plus que n’importe quel tableau de maître. Je souris instantanément. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche que déjà mon amoureux s’avance vers moi et me tend le plus magnifique des bouquets de fleurs.
« Bonne fête maman ! » et les bisous pleuvent à n’en plus finir.

J’ai le cœur au bord des larmes, je suis prête à exploser. Je vois 1000 et une étoiles. Ces cadeaux sont pour moi. Je suis une maman fêtée. Quand bien même ma puce est trop petite pour avoir conscience de ce qui se passe, quand bien même c’est son papa qui a tout organisé, à cette minute, je suis la Reine du monde. Tout disparaît, le passé, Le Père, La Mère, Tita et ses diables, les marabouts qui les ont précédés, ma chef et sa folie, …Je ne suis plus la Pierrette d’antan, je rentre dans un nouveau monde, je vis au présent et dans le futur.

Merci ma puce, merci mon amoureux. Je suis la plus heureuse des mamans.

Le téléphone ne pleure pas

Publié le 19/05/2008 à 12:00 par familysecret
Depuis combien de temps est-il seul dans cette grande maison, chez lui, là où nous n’avions rien à nous, là où il nous promettait de nous prendre par la peau du cul pour nous foutre dehors à grands coups de pieds ? La Mère a dû partir en Martinique fin février début mars. Cela fait donc plus de deux mois et elle ne reviendra pas avant fin mai. Il est donc seul. Depuis des années, il a fait le vide autour de lui avec sa paranoïa aigue. Plus de contact depuis 32 ans avec le seul membre de sa fratrie vivant en France. Il y’a peu, il avait renoué avec ses petits enfants issus de la branche de la « Femme des Antilles » mais ils ont été vite chassés, coupables du même crime : pratique de sorcellerie. Pour couronner le tout, son seul ami, le vieux Corse, le voisin de palier est retourné depuis longtemps sur son île natale.
La Mère doit l’appeler de temps en temps en bonne épouse soumise. Corinne ne l’appelle pas, inutile d’évoquer le sujet avec elle. Jenny accomplit-elle son devoir depuis leur dispute ? Raphaëlle me disait il y’a quelques temps qu’elle l’avait appelé 2 fois pour donner des nouvelles de ses filles mais à chaque fois, la conversation avait tourné court, de son fait, trop pressé de retourner devant sa télé. « De toutes façons qu’est ce que tu avais à lui dire ? Qu’est ce que tu veux dire à un type comme ça ? », « « Ouais, voilà c’est ça « Ca va ? Ca va ! Voilà c’est tout, après il va voir sa télé, il parle même pas à ses petites filles. Toutes façons, j’ai rien à lui dire ».

La même situation avait eu lieu il y’a deux ans à la même époque. J’avais appelé La Mère en Martinique pour lui annoncer qu’elle serait bientôt grand-mère mais je n’arrivais pas à appeler son mari resté en France. Au détour d’une conversation, Jenny m’avait rapporté les propos du Père « Pierrette ne m’appelle pas. Je suis tout seul dans la maison, si je tombe, s’il m’arrive quelque chose… » J’avais cédé, j’avais appelé. Lorsque je lui avais annoncé qu’il serait grand-père, sa réaction avait été de m’envoyer en pleine figure « Oh ben, il était temps ! ». Je m’étais contenté de souffler, incapable de lui répondre que pour faire des enfants il fallait coucher avec des garçons, et que ce n’était pas avec un cadenas entre les cuisses et un diable qui fait fuir tout les garçons devant moi que j’aurais pu faire des enfants plus tôt. De toutes les façons, il était trop pressé d’aller continuer sa partie de dominos avec ses petits enfants, alors en odeur de Sainteté, pour s’intéresser à mon enfant à venir….

Cette année, je ne l’ai pas appelé. Je n’en ai pas envie. Je n’ai rien à lui dire. Je n’ai jamais rien eu à lui dire. Par-dessus tout, je me moque totalement de savoir s’il va bien ou non. Je ne suis pas une bonne Chrétienne et ne le serait jamais. On ne force pas les sentiments. Je n’ai de souvenirs avec lui que d’humiliations, d’insultes, de coups, de privation, de frustration,…Il a mis de la distance entre ses enfants et lui. Nous n’avons jamais sauté sur ses genoux, jamais joué avec lui, jamais plaisanté, jamais fait de blagues, jamais rien partagé. Il était le Maître et nous ses servantes. Il ordonnait, nous obéissions. Interdiction de rire, de chanter, de parler fort, de bouger. Impossible aujourd’hui de mimer une relation que nous n’avons jamais eu. Il ne voulait pas que nous soyons proches, un Maître ne sympathise pas avec ses Sujets. Le message est passé. A 70 ans, il se retrouve seul chez lui.

Il y’a 5 jours, J’ai envoyé un mail groupé à mes sœurs pour leur annoncer le baptême de ma puce. Dans un dernier élan d’humanité, j’ai rajouté son adresse mail. Il n’a jamais répondu. Je l’imagine ronchon et ruminant, se posant en victime : le bon père s’étant sacrifié pour ses enfants ingrats qui l’abandonnent. Fier comme il est, il n’appellera jamais même en cas de malheur. Ce n’est pas à lui de la faire, ce serait se rabaisser.

Le téléphone ne sonnera pas.

Bienvenu au monde

Publié le 07/05/2008 à 12:00 par familysecret
Petit WE d’amour et de bisous avec mon amoureux et ma puce. Nous quittons notre quotidien et voguons vers d’autres flots. Valises pleines, pique-nique prêt, pas vraiment de projets sauf le désir fou de se dépayser. Bye, bye, Paris.

Arrivée. Chambre d’hôte impeccable : hygiène nickel, décoration chaude et agréable. Propriétaires parfaits. La femme accueillante, attentionnée, rigoureuse, maternelle,… Le mari, jovial, professionnel, ouvert, sympathique,…

Les projets arrivent : ce sera un WE culturel. Avec nos chèque-vacances, nous allons au restaurant le soir même…

Dieu merci, nous avons pensé à réserver. Le patron refuse du monde. Trois femmes arrivent peu après nous et font la bise au patron qui fait aussi office de serveur. Elles s’installent à la table située derrière nous, celle qui leur a été réservée. Le dîner se passe merveilleusement. Notre puce qui a finit de manger, se balade gaiement entre les tables. Elle ne semble déranger personne, bien au contraire. Nous sommes bien, j’oublie tout. Fin du repas. Mon amoureux tourne un peu sa chaise afin de surveiller notre puce qui converse dans son charabia avec tous les clients. La conversation s’engage tout naturellement avec les trois femmes assises derrière nous. Je n’entends rien, je suis assise trop loin. Je laisse mon amoureux répondre et me met à rêvasser. Toutes les bonnes choses ont une fin, il nous faut partir. J’attends le serveur pour régler l’addition tandis que mon amoureux et ma puce m’attendent dehors. Je sens le regard des trois femmes sur moi. En fait, elles ne me regardent pas, elles me dévisagent, de haut en bas, de bas en haut. Quelle est leur expression ? Je n’ose pas les regarder. Je règle, dis merci, au revoir, et tourne les talons.

Je retrouve mon amoureux la mine défaite. Il a l’air à la fois en colère et peiné. Il me raconte.

La conversation a commencé gentiment avec les trois femmes, autour de notre puce. Quel âge a t’elle ? Elle est souriante ! Elle est mignonne ! Et tout à coup, la phrase qui fait tout basculer. « T’as vu le nez ? T’as vu le nez ? Ah, ouais, j’avais pas vu la mère ! »
Ma puce a un petit nez épaté, héritage ancestral. Je suis fière de retrouver en elle les fruits du métissage. Un peu de métropole, un peu d’Asie, un peu des Caraïbes, un peu de tout. Elle est belle parce qu’elle est à l’image de la diversité des humains, elle est belle parce qu’elle est notre fille, elle est belle surtout parce que nous l’aimons et que nous l’aimons telle qu’elle est.
Mon amoureux est abasourdi. Debout sur le trottoir face au restaurant, nous discutons dix bonnes minutes. Au départ, il n’a pas compris. « Elle plaisante ? Ce n’est pas possible, elle ne peut pas dire cela sérieusement. Ce n’est pas possible ! Il aurait du lui dire quelque chose, il aurait du lui répondre. Ne pas laisser insulter sa fille et sa femme. Et s’il y retournait là tout de suite pour aller leur dire quelque chose ? Lui dire quoi ? Quelque chose du genre, « Ouais, elle a un nez épaté, et alors ça vous dérange madame ? » Pourquoi, je lui ai pas répondu tout de suite ? Evidemment, je changerai pas les racistes, je sais bien que je changerai pas les cons, mais j’aurais dû défendre ma fille et ma femme. Je m’en veux, je m’en veux. » Je le regarde doucement et tente de le calmer. Ce serait stupide de retourner dans le restau. Partons et retournons dans notre chambre. Elles n’en valent vraiment pas la peine. « Tu en entendras d’autres, tu sais, tu t’y feras ». Je suis étrangement zen. Cela ne me ressemble pas. Cela ne lui ressemble pas. Normalement, c’est moi qui suis prête à me battre et lui qui passe au dessus. Je suis un volcan, mon amoureux est une montagne de douceur. Je suis rancunière et vengeresse, il est pardon et amour. Pour la première fois depuis que nous nous connaissons, les rôles sont inversés. Il ruminera pendant deux jours. Près d’une semaine après, je crois qu’il s’en veut toujours de ne pas nous avoir défendu. Et moi j’écris tout cela sans haine et sans colère.

Mon amoureux vient de faire connaissance avec la méchanceté, les paroles blessantes et gratuites. Mon chéri, je te présente l’intolérance et la bêtise. Bienvenu au monde, bienvenu à la vie.

Mots d’amour

Publié le 15/04/2008 à 12:00 par familysecret
13 ans. Pré-adolescente. En cachette, j’envie à en crever ma meilleure amie Caroline. Antillaise comme moi, elle rit à tout bout de champ. Ses éclats de rire sont comme des soleils qui illuminent les autres élèves, filles et garçons. Elle est jolie, le sait et en joue. Moi je suis la meilleure élève de la classe et de loin. Je suis aussi celle qui a de la répartie et sait faire rire les autres avec mes jeux de mots. Cela ne me console pas. Je sais bien que les autres m’utilisent, qu’ils ne me sourient et ne me parlent que parce qu’ils auront besoin de mon aide lors du prochain contrôle. Lorsqu’ils font des boums, ils s’arrangent pour que je l’ignore. Deux jours avant la date prévue, dans la fébrilité de la préparation, j’apprends en les entendant parler avec Caroline qu’elle est dans le secret. Je ne sais pas s’il y’a d’autres personnes logées à la même enseigne que moi. Combien seront-ils à être invités ? Que feront-ils tandis que moi, je serai allongée sur mon lit en essayant de cacher mes larmes ? Qui dansera avec qui ? Que boiront-ils ? Que mangeront-ils ? Tout ce que je sais des boums, je l’ai lu dans OK Magazine. Pourquoi ne suis-je pas invitée ? Peu importe puisque de toutes les façons, je ne serais pas autorisée à y aller. Pourtant, Caroline et moi sommes amies malgré le gouffre qui nous sépare. Elle m’apporte le rêve, le rêve d’une autre vie.

J’écris un journal sur un vieux cahier de textes. J’écris ma haine, mon dégoût de la vie, mon désir d’être quelqu’un d’autre. Je voudrais avoir des vêtements à la dernière mode, de vrais amis, être libre. Je voudrais être Caroline. Dans mon journal le Père s’appelle «Sans-tort » et La Mère « Nerfs en Boule ». Je décris les scènes de ma vie quotidienne : les crises d’hystérie de La Mère, les humiliations infligées par Le Père, les conflits entre mes sœurs et moi, la haine qui circule entre nous tous derrière les apparences d’une famille unie. A aucun moment, je ne parle de sorcellerie, de mauvais sorts. Même dans mon journal intime, je ne m’autorise pas à parler de ce lourd secret. Je suis mélancolique, pas encore dépressive. Je n’ai plus aucune énergie pour quoi que ce soit y compris pour laver mes sous-vêtements…

Depuis que nous sommes toute petites, La Mère nous a appris à ne jamais laisser traîner nos culottes. Il ne s’agit pas seulement d’une question d’hygiène. Le problème est ailleurs: si on veut vous jeter un sort, le meilleur moyen d’y arriver est d’utiliser vos ongles, vos cheveux, vos sous–vêtements, vos slips et culottes en particulier. Je rentre un soir du collège, épuisée par la souffrance de ne pas être comme les autres. Le Père travaille. Bonsoir à La Mère. « Ça va ? » , « Ça va » ( Non, ça ne va pas, je déteste ma vie). Formalités d'usage passées, je rentre dans ma chambre. L’horreur ! La Mère a découvert mes culottes de la semaine et les a étalées partout dans la chambre, sur mon bureau, sur mon lit, sur la lampe, partout. Un petit mot écrit au stylo vert m’attend sur le bureau :
« Pierrette,
Salope, malpropre, … »
J’ai oublié la suite mais je me souviens parfaitement du début. Je vois encore les mots écrits devant moi.

La Mère n’a pas d’instruction mais elle sait utiliser les mots pour dire ce qu’elle pense.

Tu honoreras ton père et ta mère

Publié le 09/04/2008 à 12:00 par familysecret
Jusqu’à ce qu’elle éclate (voir le post « Nouvelle crise »), Jenny en bonne chrétienne m’expliquait régulièrement qu’elle arrivait à faire tabula rasa de notre passé. « Je me dis, ça s’est passé et puis voilà. Pour moi, ils ont fait leur devoir, je fais le mien ». Je n’ai jamais réussi à discuter avec Jenny. J’évite toute discussion avec elle car cela tourne inlassablement au conflit. Tout comme Le Père, Jenny veut toujours avoir le dernier mot et je ne supporte pas son ton de dictateur, héritage du Père. Je la laisse toujours s’écouter parler, affirmer ses vérités comme La Vérité Suprême. Je lui avais indiqué il y’a environ 3 ans, l’adresse de psychanalystes réputés qu’elle pouvait contacter et avec lesquels elle pourrait parler. « Je préfère parler avec des amis, ça me suffit ». Oui sauf qu’avec ses amis, elle ne parle jamais de sorcellerie, elle ne rentre jamais dans les détails de notre « dressage ». Non, en bonne fille de la Sainte-Famille, elle parle par allusion mais ne s’avisera jamais de dévoiler ce que nous avons réellement vécu. Elle est la seule qui continue à voir des « voyants ». En cela, elle reste la digne fille de la Sainte-Famille, la seule qui malheureusement transmettra cet héritage familial à ses descendants.

1978. Nous sommes en Martinique. Mes sœurs et moi sommes heureuses de découvrir et de jouer avec des cousins dont nous n’avions jamais entendu parler. Nous découvrons la beauté de l’île mais nous souffrons le martyre car le sadisme des Parents est à son comble. Coups, humiliations, injustice, tout est bon pour montrer qu’ils savent dresser leurs enfants et que malgré des années passées en France, eux, ils n’élèvent pas leurs enfants « comme les Blancs »

Une après-midi je joue sous la véranda avec Raphaëlle. J’entends la voix du Père chuchoter derrière moi en créole « Je t’aurai ». Je n’y prête pas attention, je continue mon jeu. Quelques secondes plus tard, je retrouve Raphaëlle sous la véranda. Elle est immobile et regarde Jenny qui éclate en sanglots.
- Qu’est ce qu’elle a ?
- C’est papa, il lui a donné une gifle et il l’a tapé
- Et ses lunettes ?
- Il lui a enlevé avant…
A ce moment là, Le Père passe devant nous comme un coq et va se vanter devant notre grand-mère : « Je l’ai reprise en mains, je lui ai demandé de sortir de la chambre, elle tape des pieds !»
Durant des années, je me suis demandée comment Jenny avait pu agir ainsi. J’essayais de l’imaginer tapant des pieds, je n’y arrivais pas. Impossible. Nous avons été dressées pour plier l’échine et subir en silence. Jenny tapant du pied ? Impossible.

2005. Jenny et moi parlons au téléphone. Comme toujours avec n’importe laquelle de mes sœurs, la conversation débouche sur notre passé. Je parle de pathologie, de déni, de distance et de protection. Jenny est dans le devoir Chrétien. « Ils ont fait leur devoir. Je fais le mien ». J’ai beau lui rétorquer qu’ils nous ont suffisamment reproché l’argent pour nous nourrir et nous loger, « Vous n’avez rien à vous dans cette maison, même les vêtements que vous portez ne sont pas à vous ». Rien à faire. « Tant pis, c‘était comme ça et puis voilà ». J’énumère les évènements que j’ai subi personnellement et tente de lui faire comprendre que ce que nous avons vécu n’est pas normal. Ce n’est pas de l’éducation, c’est du sadisme. Le nier, faire comme si cela n’avait pas existé est pire que tout, ce serait cautionner la pathologie parentale. Elle aussi revient sur ses traumatismes d’enfance et me parle de 1978 et de nos vacances en Martinique. J’ai enfin le fin mot de l’histoire.

Le Père aperçoit Jenny dans une des chambres. Mammy n’est pas loin. Pour lui montrer sa virilité, Le Père hurle après Jenny « Sors de là ». Elle s’exécute et quitte la chambre aussi vite qu’elle peut, ses chaussures neuves aux pieds résonnant sur le parquet.
« Il m’a dit « Assied toi là ! ». Quand je me suis assise, il m’a retiré mes lunettes, il m’a giflée et il m’a tapé. » Jenny essaie de contenir sa voix mais je devine les pleurs au fond de sa gorge. « Tout ça, parce que j’avais des chaussures qui faisaient du bruit ».

Jenny est peut-être une bonne Chrétienne ( ???). A 38 ans, elle n’a pas encore réussi à établir une relation stable avec un homme. Je sais qu’elle a très envie d’avoir un enfant, une fille surtout. Pourtant une « voyante » de la famille lui avait dit qu’elle rencontrerait quelqu’un. Elle l’attend toujours. Elle continue à voir des voyants, à passer les fêtes de fin d’année enfermée seule chez elle, à se sous-alimenter, à refuser qu’on la prenne en photos quelque soit l’occasion, à ne pas aimer la vie, à être fâchée avec Corinne depuis 10 ans, à être malheureuse.

5ème Commandement - Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Eternel, ton Dieu, te donne.

Miroir, miroir

Publié le 29/03/2008 à 12:00 par familysecret

Environ un mois après mon embauche, j’ai surpris une conversation entre ma collègue et ma chef dans laquelle cette dernière parlait d’une « miss Beauté ». Elles ont eu l’air gênée de mon entrée surprise dans le bureau et m’ont avoué un peu confuse que c’est de moi dont elle parlait : elles me trouvaient belle.

Il y’a 8 ans, j’avais réussi un concours d’entrée dans une école réputée, afin d’être formée à un métier qui ne m’intéressait absolument pas (j’étais encore en période d’errance). Lors d’une pause inter cours, une pétasse que je n’aimais vraiment pas avait demandé aux quelques personnes présentes, laquelle d’entre les femmes de notre notre groupe était belle. L’un des hommes, marié mais aimant la compagnie des femmes avait cité mon nom. Quelques mois plus tard, un autre m’avait écrit un petit mot en plein cours dans lequel il me faisait part de son désir de me faire l’amour. Il me parlait de mes yeux, de ma bouche, de mes seins, de mes jambes. A la fin du cours, il était venu me retrouver pour me proposer d’être sa maîtresse lui qui essayait d’avoir un enfant avec sa copine. J’en étais restée sans voix.

Mon amoureux me trouve belle. Il me trouve très élégante. Il est fier de mes longues jambes, de mes cheveux fins. Malgré les quelques kilos qui me restent de ma grossesse, et mon ventre encore proéminent, il aime mon corps. Il me fait remarquer que je suis élancée, que je ne fais pas mon âge, que notre fille ne serait pas aussi belle avec une mère au physique ingrat…

Je me souviens aussi que lorsque j’étais enceinte, ma belle-mère me disait belle…

J’avais 8 ans quand je me suis vue dans la glace de la salle de bain et que je me suis trouvée laide. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je revois ma mine horrifiée en dévisageant mes traits. Je me revois secouant la tête de gauche à droite en découvrant cette triste vérité « Je ne suis pas belle ». Pendant des années, rien ni personne n’est venu démentir cette certitude que je me suis mise dans la tête ce jour-là. Comment et pourquoi cette idée s’est elle installée en moi? Auparavant, jamais ni les paroles, ni les regards des Parents ne m’avaient laissé supposer que j’avais une quelconque grâce. Pour eux j’étais un être « mauvais » et j’étais « bonne élève » Ce dernier point représentait l’essentiel pour eux. A leurs yeux, seuls mes résultats scolaires avaient de l’importance. Bonne élève = longues études = « beau métier » (= beaucoup d’argent). Pour le reste, mes sœurs et moi n’étions rien sinon un exutoire à leurs pulsions sadiques. Aux yeux des autres membres de la famille, deux personnes pourtant sortaient du lot : Corinne et Raphaëlle. Chacune ayant sa préférée, les discussions allaient bon train entre notre grand-mère, nos tantes et nos oncles. « C’est Corinne la plus belle », « Ah non, ma préférée c’est Raphaëlle ». Pour Jenny et moi, les jeux étaient faits, nous n’étions pas belles. C’était évident puisque personne ne nous trouvait belles. Mauvaise, laide mais bonne élève. C’était moi.

Pourtant, comme toutes les petites filles, je rêvais d’être une princesse. Le soir allongée dans mon lit, je me voyais habillée de rose et de brillant, illuminant le monde. Le lendemain, debout près de mes camarades de classe, je me redevenais un vilain canard. Toutes les filles me semblaient des millions de fois plus belles que moi. Dès l’enfance, j’ai développé un complexe d’infériorité par rapport aux autres filles. Aujourd’hui, lorsque je regarde les photos de classe nous représentant, la première chose qui me frappe, c’est le contraste entre le désespoir qui se lit sur mon visage et le sourire et les yeux illuminés des autres élèves. La différence entre eux et moi me semble évidente. Il ne s’agit pas purement de caractéristiques physiques mais d’amour. L’amour qu’ils ont reçu et qui les fait paraître si beaux. L’amour que je n’ai jamais reçu.

Bouc émissaire au collège, mal habillée, jamais invitée dans les boums ni ailleurs, mon image me rebutait. Grande et maigre, myope, des boutons d’acné, sur le visage, Dame Nature m’en voulait décidemment beaucoup. Les moqueries de mes camarades, leur rejet ne faisaient que me confirmer que j’étais laide.

A l’université, je voyais mes amies accumuler les demandes d’invitation à sortir, et plus si affinités. Possédée par un diable qui faisait fuir tous les hommes autour de moi, comment aurais-je pu avoir une bonne image de moi ?

Aujourd’hui, il est trop tard. Le mal est fait. Trop de souffrance accumulée. Trop d’insultes et de mépris emmagasinés. Aucun des compliments qui arrivent maintenant ne me touchent. Aujourd’hui encore, je me couche le soir en rêvant que je suis quelqu’un d’autre.

Je suis à chaque fois émerveillée lorsque je regarde ma puce. J’adore son sourire, les progrès qu’elle fait chaque jour. J’aime l’habiller, la photographier, la filmer. Je me nourris de son odeur, de la douceur de sa peau, de son ingéniosité, de ses étonnements. Je fonds dès qu’elle pleure et fais le pitre pour changer ses colères en rires. Je la couvre de baisers qu’elle accueille toujours avec un grand plaisir. Tout le monde la trouve câline et très agréable. Elle est délicieuse. Je la trouve belle et me plais à le lui souffler dans le creux de l’oreille, comme un secret entre elle et moi. « Tu es belle ma chérie et je t’aime très fort ».

La première bachelière (Le retour)

Publié le 29/03/2008 à 12:00 par familysecret
[COLOR=red]Gloups ! J'ai par erreur affacé un post écrit le 17 mai. heureusement, j'avais fait une sauvegarde. je le réédite donc tel quel.


Je suis en terminale. Je suis de plus en plus déprimée, renfermée sur moi-même. Je n'ai pas d'amis en dehors de l'école et à vrai dire pas vraiment dans ma classe. 4h de philo le lundi matin, 2 h de pause entre les deux mais je ne sors pas de la salle de classe. Tous mes camarades de classe se précipitent dehors pour souffler un peu, moi je reste. La prof le sait bien et me dit à chaque fois, " Je vous laisse mes affaires" avant de s'éclipser avaler son "petit chocolat". Une fois seule dans la classe, je m'affale sur la table, la tête enfouie dans mes bras et je commence à rêver. Je rêve que je suis dans cette classe, que je suis belle, bien habillée, que j'ai les activités de tous les jeunes de mon âge. Je rêve qu'en ce moment même, je suis dehors avec mes camarades, que je leur raconte mon WE, mes sorties avec mes amis, mes relations avec mes parents imaginaires,...J'étais dépressive en seconde, je ne le suis pas en terminale, je suis déprimée. J'entends les filles parler et me parler de leur nouvel amour, elles sont consolées de leur récente rupture. Je me demande comment elles font pour passer d'un amour à un autre, moi qui n'ai jamais réussi à attirer un regard. J'ai fait des efforts en matière vestimentaire mais je ne porte toujours pas de vêtements qu'une jeune pourrait porter. De toutes façons je suis tellement maigre que j'aurais l'air d'une plouc quoique je porte...

Je suis dans les couloirs du lycée. Je vais rejoindre ma salle de classe. La pin-up de ma classe, celle sur qui tous les garçons fantasment, marche derrière moi. Je me fraie un passage parmi les élèves des autres classes. Tout à coup, je sens un regard peser sur moi. Instinctivement, je me retourne et j'aperçois un grand brun frisé qui me dévisage. Une petite blonde est à ses côtés. Je suis à peine surprise par le mépris qui se dégage de son regard. Il me toise et lâche "Dire qu'on met ça au monde!" La blondinette éclate de rire. Je passe ma route et rejoins ma classe. J'essaie d'oublier la pin-up derrière moi. J'essaie de tout oublier mais je ne peux pas. Je me retiens pour ne pas pleurer tout de suite. Ca je sais faire, depuis que je suis enfant, je pleure seule le soir dans mon lit. Je suis sûre que ce garçon a oublié ce qu'il m'a dit, je suis sûre qu'il m'a oublié et qu'il a peut-être même oublié cette blondinette. Moi, les paroles qu'il m'a lâchées ce jour là, je les ai encore en moi. Elles me hantent toujours et me hanteront encore longtemps. Je ne mérite même pas de vivre. Je ne suis pas une personne, je n'appartiens pas à l'humanité, je suis "ça", cette chose immonde et répugnante.

Nous sommes dans la salle de gym, accroupies car la prof veut nous parler. Quel est le sujet, je n'en sais rien. A un moment, elle prend à partie la pin-up de la classe. Elle lui reproche de tout prendre à la légère, de ne pas se donner à fond dans ses enchaînements de gymnastique, dans les sports collectifs,... La belle Jessica ne répond pas, elle écoute d'un air complètement détachée. Tout est tellement facile pour elle. Elle est belle, toujours habillée à la dernière mode, au ski l'hiver, au bord de la mer l'été. Elle n'a qu'un an de plus que moi et a montré à toute la classe ses photos aux Etats-Unis (où je rêve d'aller), en Tunisie, en Corse,...Elle est dans toutes les boums, toujours entourée de filles et de garçons flattés de faire parti de sa cour. Elle tombe amoureuse et en deux temps trois mouvements, la voilà au bras du garçon qu'elle a choisi. Ce ne sont jamais les garçons du lycée car elle préfère les garçons mûrs. Ses petits amis ont tous au moins 5 ans de plus que nous. Les garçons la vénèrent, les filles l'admirent et la respectent. Le pire c'est qu'elle est bonne élève. Pas comme moi. Moi je bosse comme une malade pour être la meilleure. Je veux avoir les meilleures notes, je veux être la première, c'est ma revanche par rapport aux autres. Je suis le dernier des poux, mais je suis la meilleure élève de la classe. Elle, elle fait ses devoirs au dernier moment, entre deux sorties, et fait juste ce qu'il faut pour se maintenir au niveau. Je sais parfaitement que si elle bossait autant que moi, elle me battrait à plate couture. Je ne lui adresse jamais la parole, ne la regarde pas. Je tiens à lui signifier que je ne veux pas faire partie de sa cour. Elle s'en aperçoit et à 2 ou 3 reprises, a essayé de nouer contact avec moi. Je lui ai répondu poliment mais sans aller plus loin. Nous ne sommes pas dans le même monde. Elle est dans la lumière, la beauté, la joie, les rires. Moi je connais la sorcellerie, les humiliations, les privations. Je ne vis pas, je rêve ma vie. Jessica, la pin-up, c'est moi à l'envers...La prof de gym continue son blabla. Tout à coup, elle se met à nous comparer. Jessica et moi baissons la tête en même temps. J'ai honte et me demande pourquoi la prof me fait ça. Je devine que la gêne de Jessica est empreinte de pitié pour moi. Pour la première fois depuis que je suis dans le secondaire, je sens une vague d'humanité émaner vers moi. "C'est vraiment du gâchis Jessica. Tout ce que tu feras en deux secondes sans te fatiguer, sera toujours plus joli et toujours plus réussi que ce que fera Pierrette après des heures de travail". Voilà ce qu'elle balance devant toutes les élèves. Voilà, ce que je me prends en pleine figure devant tout le monde. Nous savons toutes au fond de nous que ce qu'elle dit n'est pas valable que pour la gym. Jessica et moi nous ne sommes pas nées égales. Elle est née pour réussir et ne recevoir que du bien, de l'amour, de la lumière. Moi c'est tout l'inverse. C'est pour cela que je ne crois plus en Dieu depuis longtemps. Dieu n'aime pas tous les Hommes. Comme d'habitude, je fais face et je disparais dans les couloirs. J'ai encore matière à me désespérer cette nuit.

Etre en terminale, ce n'est pas que cela pour moi. Cela représente pour mes parents quelque chose de fantastique. Une de leur fille va être bachelière et va rentrer à l'Université. Comme toujours, Le Père s'est trouvé un marabout. Très fière, La Mère est venue me chuchoter " Ne t'inquiète pas, tu l'auras". Le problème est que quelque part en moi, je ne suis pas sûre de vouloir l'avoir. Je suis terrorisée à l'idée d'aller à l'Université, de me trouver face à des gens très cultivés et possédant un savoir immense. Les complexes de mes parents vis à vis des personnes diplômées ont déteints sur moi. Je ne me sens pas à la hauteur. Par dessus tout, je sais que si je réussis mon bac, Les Parents se rengorgeront et n'hésiteront pas à nous renvoyer qu'ils ont eu raison de nous cloîtrer, de nous priver de tout, que cela en valait la peine. Inconsciemment, je me mets en situation d’échec. Pour la première fois de ma vie, je vais prendre un risque. Je vais travailler certaines matières et en délaisser d’autres. Coup de poker, ça passera ou cassera…

Je passe les épreuves du baccalauréat "équipée". Le marabout a mis les bouchées doubles: mes stylos ont été préparés, dans mes chaussures le nom des épreuves que je passe sont inscrites sur du papier blanc. Le matin avant de partir, j'ai bu consciencieusement la mixture immonde censée me donner "l'intelligence " nécessaire pour réussir. Le verdict tombe : rattrapage et 18 point à rattraper. Aucune surprise, mes notes sont très bonnes dans les matières que j'ai travaillées et médiocres dans les autres. Je passe l'oral à Epinay. J'ai choisi la philo et l'espagnol alors que le plus judicieux serait de repasser l'Histoire-Géographie. Pour la philo, c'est un jeune homme qui joue les profs cool et sympathiques. Pour l'espagnol, c'est une fausse blonde sèche, désagréable et qui nous saque les uns après les autres. Madame, le professeur d'espagnol qui avez fait passer l'oral du baccalauréat à Epinay sur Seine en 1985, si vous êtes encore vivante, je tiens à vous dire une chose: Vous êtes la dernière des SALOPES.

J'ai raté mon bac mais je me suis trompée. Les Parents ne comprennent rien. Pour eux, si j'ai raté mon bac c'est parce que la Femme des Antilles a été la plus forte. Les épreuves à peine terminées, Le Père me demande avec la sécheresse qui le caractérise si j'ai recommencé à réviser mes épreuves. C'est le début de l'été, c'est les vacances mais il me demande de rester dans mes livres. "Parce que c'est le même programme que tu repasses". JE LE HAIS

Mea Culpa

Publié le 13/03/2008 à 12:00 par familysecret
1000 excuses à toutes les personnes qui m’écrivent que ce soit sur mon blog ou via mon adresse mail. Je lis tous vos messages consciencieusement. Les témoignages de sympathie me touchent particulièrement. Les expériences similaires à la mienne me surprennent toujours. Certaines remarques m’amusent, d’autres me laissent sans voix. J’ai même été agacée par certaines phrases un peu belliqueuses. Rien de ce que j’ai lu ne m’a jamais laissé indifférente. Malheureusement même si j’ai une ou des réponses pour chacun, je traverse une phase difficile. Rien de grave, juste un manque d’énergie. Une incapacité à faire quoi que ce soit, chez moi ou au boulot.

J’exagère un peu quand même car ces deux dernières semaines, j’ai réussi à envoyer trois lettres de candidatures. Rien à voir avec celles que j’envoie d’habitude, trop synthétiques et impersonnelles. Non, cette fois je me suis appliquée. Une lettre personnalisée selon l’endroit où j’ai écrit. Le top des tops, c’est que pour la première fois, j’ai réussi à valoriser mes expériences, mon savoir-être et mon savoir-faire. Dur, dur, quand toute sa vie on a eu une image négative de soi. Savoir parler de soi en termes positifs, se dire que l’on a fait des choses intéressantes et que l’on vaut bien un(e) autre. Drôle d’exercice…


J’ai encore plein de choses à déposer sur ce blog. Je me rends compte que ce n’est pas si facile que cela, même en passant par l’écrit. Mettre en mots sa souffrance par le biais de l’écriture est presque aussi difficile que d’en parler verbalement. J’ai pourtant pris la décision de casser cette image de « famille idéale », de briser le silence et de me libérer.

Je reviendrai. Après tout, c’est bientôt le printemps.

Maman je t’aime

Publié le 05/03/2008 à 12:00 par familysecret
11 ans. Je suis au collège, mon emploi du temps n’est plus fixe comme au temps de l’école élémentaire. Mes cours ont fini plus tôt ce jour là. Jenny et Raphaëlle doivent se rendre au catéchisme après l’école. Corinne rentrera plus tard. Le Père travaille et je ne me soucie pas de l’absence de La Mère. Je suis seule dans la salle de séjour, je regarde Récré A2, je suis bien.
Soudain, La Mère se plante devant moi comme une furie et me cache l’écran. Lorsqu’elle a quelque chose à dire elle ne s’inquiète pas de l’opportunité du moment. Elle veut dire quelque chose, elle le dit un point c’est tout, et si elle peut le faire en hurlant c’est encore mieux. Peu importe le lieu, le moment, les témoins, elle se fait du bien. Elle me coupe donc de mon dessin animé pour me raconter la scène qui vient de se passer.
Jenny et Raphaëlle doivent se rendre au catéchisme après l’école. Pour cela, elles doivent s’attendre. C’est une règle d’or dans la Sainte-Famille : les 4 sœurs doivent partir à l’école en même temps et doivent rentrer pour le déjeuner et en fin de journée en même temps. Nous sommes les seules de l’école à nous attendre ainsi sous le préau. L’entrée au collège et l’organisation des emplois du temps nous a libéré Corinne et moi de ses contraintes. A présent nous avons enfin l’occasion de pouvoir faire chemin avec nos amies.
Ce jour là donc, La Mère s’est rendue à l’école où elle a rencontré Jenny s’apprêtant à se rendre seule au catéchisme, Raphaëlle étant partie quelques minutes plus tôt en compagnie de son amie Nathalie.
En deux temps trois mouvements, La Mère a rattrapé Raphaëlle et Nathalie encore sur le chemin du caté . Avant Raphaëlle ait eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait, elle lui a administré une dizaine de gifles et connaissant La Mère, j’imagine pendant qu’elle me relate son histoire, la violence des coups qu’elle vient d’infliger à ma petite sœur. La pauvre Nathalie épouvantée a tenté de dire quelques mots mais la malheureuse s’est vite tue devant la main levée de La Mère prête à s’abaisser sur sa joue si elle ne se tait pas tout de suite.
Toute à sa colère et sûre de son bon droit, La Mère ne voit pas que je ne lui répond pas, que mon cœur saigne et que ce qu’elle me raconte ne me réjouit aucunement. Bon sang, mais pourquoi devons-nous subir tout cela ? Qu’avons-nous fait pour avoir des parents pareils ? Je pense à Véronique celle que j’envie depuis toujours, à la douceur de sa mère que j’ai aperçue lors des réunions de parents d’élèves. Je pense aussi aux autres élèves de ma classe. Je m’imagine à la place de Raphaëlle, battue et humiliée sans comprendre pourquoi.

La dernière fois que Raphaëlle m’en a parlé, c’était il y’a 6 ans. En visite chez moi, sa petite fille Elise âgée de 6 mois, ma première nièce, collée contre elle, elle mime de sa main restée libre les gifles qui sont tombées sur sa joue. Elle revit en direct la violence des mouvements, « Paf ! Paf ! » 10 fois, 15 fois, 20 fois, sa main revient d’avant en arrière. Ses yeux sont remplis de haine. Ce sont les yeux de La Mère posés sur elle ce jour là. La gorge nouée elle me raconte.
- Parce que j’avais pas attendu Jenny…Je savais pas, j’avais pas fait attention…Quand je l’ai vu je lui ai sourit, j’étais contente de la voir, mais elle est venue vers moi avec colère et là paf, paf…
A nouveau elle recommence les mouvements. Les larmes sont prêtes à couler. « J’avais honte, j’avais honte,…Parfois, je reste à la maison avec ma fille dans les bras. Je repense à des trucs. Je pleure, je pleure… »

Nous avons encore d’autres souvenirs toutes les deux. Même violence gratuite, même désespoir, même révolte rentrée, même soumission dans l’incapacité de se défendre.

Il y’a quelques années, pour la fête des mères, Raphaëlle a offert un petit pendentif à La Mère où elle a fait graver « Maman, je t’aime ». La Mère en a pleuré de bonheur.

Toute la différence entre mes sœurs et moi réside là : mon incapacité à oublier et surtout à pardonner.

Ambivalence

Publié le 21/02/2008 à 12:00 par familysecret

« Nul ne peut servir deux maîtres à la fois… »
(Mathieu, 6, 24 ; Luc 16,13)

12 h. Messe
15h30 Chapelet
17h00 Adoration
18 h00Vêpres
20h00 Messe
Entre chaque rituel, prier, prier, prier. Au revoir à demain pour le même programme.

Nous sommes en 1995. Sans travail, désespérément seule, sans véritables amis, sans amoureux, je ne consulte plus Mme T. Noëlle, elle, a réussi à reconstruire sa vie. Il y’a trois ans, 5 mois après notre visite chez Mme T. , elle a rencontré l’homme de sa vie. Cette année un 2ème enfant pour elle, un premier bébé pour lui est en préparation. Eléonore, une de mes amies que j’ai emmenée dans la petite chapelle de Mme T. a enfin réussi à avoir le bébé dont elle rêvait depuis 7 ans. Pour ma part rien. Rien de bien ne m’est arrivé qu’il s’agisse de ma vie professionnelle ou privée. Si ce n’est le diable qui est sorti de moi, ce qui je le reconnais est déjà énorme. En dehors de cela, j’accumule les petits boulots merdiques, payés trois francs six sous. Impossible d’avoir un logement dans ces conditions. Après 4 années d’études supérieures, je vis toujours chez papa maman. Epuisée, je sens que j’arrive au bout de quelque chose. La sorcellerie, le vaudou, pour moi c’est fini. Trop de choses m’ont laissé sceptique. Les rituels préconisés qui n’ont rien donné lors de mes recherches d’emploi. Les informations données lors des séances de voyance sur mes éventuels petits amis et qui se révèlent être complètement fausses. Par-dessus tout quelque chose que je connais bien : la manie de me faire parler pour obtenir les réponses qui lui manquent. Trop de faux espoirs. Trop d’argent dépensé. Trop de doutes. Un jour sur Canal +, Philippe Vandel présente en direct à un public hilare, le spray anti-démon qu’utilise Corinne à chaque fois qu’elle prend sa voiture.. Je reconnais le flacon rose utilisé par ma soeur. Lorsque l’animateur se met à lire le mode d’emploi mes yeux s’ouvrent. Oui, c’est vrai, Corinne est ridicule à vaporiser du spray dans sa voiture pour faire fuir le démon. Petit à petit je me détourne des grigris et autres rituels. Il ne me reste que la prière. Tous les jours je hante l’église Notre Dame des Victoires et j’y passe la journée. Je n’en sors que pour aller m’acheter un petit en cas quand mon ventre commence à crier famine. Je prie, je prie, je prie. C’est désormais mon seul recours.

Au sein de la Sainte-Famille, grande nouvelle. Le Père a été « initié ». Une « chapelle » a été aménagée dans l’un des coins de la chambre des Parents. Adieu tortue de Tita suspendue au-dessus de leur porte. La chambre des parents a changé de décor. Désormais on y trouve derrière un rideau confectionné par la Mère, une petite table avec un rosaire, des chapelets, des statues de Saints, St Michel, St Antoine, St Joseph, St Christophe,…, des bougies et un chandelier à trois branches (ce dernier ne doit être allumé que le 26 du mois, jour où Mme T. est venue la première fois afin de « nettoyer » la maison). Tous les soirs à 19h00, Le Père fait sa prière. Interdiction formelle de le déranger à ce moment là sous peine de provoquer ses foudres. Bien entendu, cette prière du soir ne se déroule pas simplement. Avant de commencer, Le Père enfile sa tenue : blouse blanche en coton et petit chapeau blanc assorti. Il me semble que c’est La Mère qui lui a cousu ses vêtements selon les indications de Mme T. La première fois que je l’ai vu vêtu ainsi, j’ai faillit éclater de rire. Quoiqu’il en soit, à force de persévérance, il a réussi à développer ses dons. Maintenant, il « voit ». Lui aussi peut faire des séances et prescrire des moyens de guérison. La Mère très fière me l’a annoncé et m’a informé que si je le souhaite, je peux aller lui parler. Je ne sais plus comment je l’ai envoyé sur les roses mais elle l’a très mal pris.
Un jour qu’elle-même est en séance avec le Père, j’entends la voix de ce dernier presque lointaine : « Ne vous inquiétez pas votre mari mourra de mort naturelle ». Quelques semaines plus tard, Corinne qui a eu elle aussi sa « séance » me relate un peu bouleversée les échanges qui ont eu lieu. La malheureuse a confié au prétendu « St Michel » qu’elle sort avec un homme marié et lui a demandé conseil quant à ses difficultés relationnelles avec lui. La réponse de ce dernier a été sans appel « Arrêtez vos conneries ». « Tu te rends compte, comment il me parle St Michel ? » Comment lui dire que j’ai pris de la distance avec tout cela, que cela ne m’intéresse plus et que j’ai envie de m’investir dans autre chose, que je veux une autre vie ? La Mère revient à la charge. A l’époque, je viens d’obtenir un nouvel emploi en contrat emploi solidarité ou CES, nouvelle arnaque de l’époque pour les chômeurs de longue durée. Je n’ai rien dit de la nature de mon contrat, j’ai juste annoncé que je travaille à mi-temps. « Ton papa m’a dit de ne pas te le dire pace que tu ne vas pas le croire, mais ton travail tu vas y rester, et tu vas même gravir les échelons ». Je la regarde sans sourciller. Je n’ai même pas la force de soupirer.


Presque un an plus tard. La Mère me raconte la dernière séance qu’elle a eue avec le Père et m’explique pourquoi elle n’en a plus jamais eu par la suite.
- Il a commencé par me dire « Est-ce qu’il y’ a quelque chose que vous avez fait dans votre vie, et que vous voudriez avouer, quelque chose que vous avez fait à votre mari ? ». Alors, je lui ai répondu : « Hum, hum, dès que tu commences avec tes conneries que j’ai eu des amants, je sais que tu n’es pas St Michel. Hum, hum, Tu arrêtes tout de suite, je ne t’avouerai jamais rien. » et puis, il est redevenu normal, il ne m’a rien dit et je suis sorti de la chambre.
Cette fois j’éclate vraiment de rire.


Et pourtant, ce diable je l’ai eu en moi. Je les ai bien vécues, ces trois années d’agression, et d’isolement. Je le sais que cette femme l’a fait sortir de moi. Je me souviens de cette espèce de rot quand il est entré en moi, et de cette sensation identique quand elle m’a annoncé qu’il était sorti.

Comment vivre avec ces contradictions ?
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