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Nom du blog :
familysecret
Description du blog :
Derrière la famille idéale, mon enfance dans le monde de la sorcellerie, du vaudou, de la folie
Catégorie :
Blog Paranormal
Date de création :
11.10.2006
Dernière mise à jour :
04.01.2009

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La tendresse d'une mère

Les bras ouverts d’une mère

Publié le 14/10/2008 à 12:00 par familysecret
Message sur mon portable. Je mets un temps à reconnaître la voix. C’est La Mère. Comme d’habitude elle fait 10 phrases pour en signifier une, s’emmêle les pinceaux, se reprend, et finit par me faire comprendre le but de son appel : elle est à l’aéroport, décolle pour la Martinique dans une heure et m’appelle pour me souhaiter un bon anniversaire. Elle chante même le fameux chant traditionnel « Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire Pierrette, joyeux anniversaire ! » Suivent un flot de gros bisous et autres mamours. J’écoute tout ça sans broncher. Je suis au boulot, me suis accordée une pause pour téléphoner à…à qui déjà ? J’ai oublié. J’ai vu que j’avais un message sur mon portable et l’ai écouté.

Cela fait environ 6 ans, l’âge de ma première nièce, que La Mère s’est mis à nous coller du « Ma chérie », des « gros bisous », des discours sur son amour de mère. Je l’entends plus que je ne l’écoute. Ses discours hypocrites me laissent complètement indifférente. Je n’y réponds jamais, je n’ai aucune envie de jouer le jeu de la « famille idéale ». Je me demande tout de même si cela ne lui écorche pas la bouche, elle qui n’était qu’insultes, humiliations, coups,…Croit-elle que nous allons nous construire un passé que nous n’avons pas eu ? Que l’amnésie va nous saisir ?


J’ai 5 ans. Je m’en souviens comme si c’était hier. Nous sommes dans un parc avec des cousines et nos mères. Je n’ai aucun souvenir du Père ce jour là. C’est la première fois que mes sœurs et moi voyons des balançoires de près et comble du bonheur nous avons le droit d’y monter. Il n’y a pas assez de balançoires pour nous toutes alors nous y allons à tour de rôle. Je cède ma place après quelques balancements et encore toute émerveillée je reste bien en face pour regarder le sourire de mes sœurs et de mes cousines. Je n’ai que 5 ans et ne m’aperçois pas que je suis placée trop près de la balançoire. Brusquement, je ressens une douleur extrême sur le front. Partie vers l’arrière, la balançoire est revenue m’exploser le front. Sous le choc, j’ai reculé de quelques centimètres. Hébétée, j’ai le réflexe de partir. Je tourne les talons mais trop tard, le deuxième coup sera pour mes omoplates. La balançoire a eu le temps de revenir. Deux filles métropolitaines, deux « grandes » qui ont aperçu la scène viennent me voir bienveillantes. Elles m’emmènent vers la fontaine du parc. De leur voix douce elles me disent de me passer de l’eau froide sur le front, là où ça fait mal. J’obéis par habitude et parce que la douleur est telle que je suis prête à faire n’importe quoi. « Va voir ta maman, elle va te consoler » continuent-elles. Elles sont si gentilles que j’en oublie tout. Je m’avance vers « ma maman » qui lorsqu’elle me voit se met à me houspiller. « Oh mais pourquoi tu es toute mouillée comme ça, c’est n’importe quoi ! » Elle se met d’autant plus à crier que nous sommes en public et que c’est l’occasion pour elle de se donner en spectacle. Elle me reproche non seulement de m’être approchée de la fontaine et de m’être mouillée mais en plus d’avoir une grosse bosse qui me défigure le visage. « C’est n’importe quoi ! » Je baisse la tête et ne dis rien. Je suis coupable d’avoir eu mal et d’avoir écouté les deux grandes filles. La première surprise passée, mes deux fées se sont éclipsées un peu gênées. C’est drôle qu’avec le temps j’ai oublié leur visage mais je me souviens parfaitement de ce que leur expression exprimait.
L’heure du parc est finie. Nous rentrons. Je marche devant, je suis isolée pour que l’opprobre soit public. La Mère, mes sœurs, ma tante et mes cousines suivent derrière. J’entends la voix de La Mère qui me poursuit de ses reproches. Je ne l’écoute pas. Je n’écoute que ma grande solitude. Pour la première fois, je me rends compte que j’aurais aimé avoir une maman qui me prenne dans ses bras, me console et essaie de soigner mes douleurs. Pour la première fois je réalise que j’aurais voulu avoir une autre maman. Et mon cœur se ferme, dans ce parc, à cet instant. Ilse ferme pour ne plus rien avoir à attendre des autres et surtout pas de ma mère et de mon père.

2 jours plus tard. Dans la cour de la maternelle avec La Mère qui m’a accompagnée. Les institutrices sur le seuil de la porte accueillent les parents et les enfants. La Mère appuie sur ma bosse en sachant que cela me fait mal –il faut bien que la punition dure- « Vous avez vu ce qu’elle s’est fait ? Vous avez vu ? »


Il y a certains souvenirs qu’il est inutile d’évoquer avec Les Parents. Par moment, ils souffrent d’amnésie totale.

Mots d’amour

Publié le 15/04/2008 à 12:00 par familysecret
13 ans. Pré-adolescente. En cachette, j’envie à en crever ma meilleure amie Caroline. Antillaise comme moi, elle rit à tout bout de champ. Ses éclats de rire sont comme des soleils qui illuminent les autres élèves, filles et garçons. Elle est jolie, le sait et en joue. Moi je suis la meilleure élève de la classe et de loin. Je suis aussi celle qui a de la répartie et sait faire rire les autres avec mes jeux de mots. Cela ne me console pas. Je sais bien que les autres m’utilisent, qu’ils ne me sourient et ne me parlent que parce qu’ils auront besoin de mon aide lors du prochain contrôle. Lorsqu’ils font des boums, ils s’arrangent pour que je l’ignore. Deux jours avant la date prévue, dans la fébrilité de la préparation, j’apprends en les entendant parler avec Caroline qu’elle est dans le secret. Je ne sais pas s’il y’a d’autres personnes logées à la même enseigne que moi. Combien seront-ils à être invités ? Que feront-ils tandis que moi, je serai allongée sur mon lit en essayant de cacher mes larmes ? Qui dansera avec qui ? Que boiront-ils ? Que mangeront-ils ? Tout ce que je sais des boums, je l’ai lu dans OK Magazine. Pourquoi ne suis-je pas invitée ? Peu importe puisque de toutes les façons, je ne serais pas autorisée à y aller. Pourtant, Caroline et moi sommes amies malgré le gouffre qui nous sépare. Elle m’apporte le rêve, le rêve d’une autre vie.

J’écris un journal sur un vieux cahier de textes. J’écris ma haine, mon dégoût de la vie, mon désir d’être quelqu’un d’autre. Je voudrais avoir des vêtements à la dernière mode, de vrais amis, être libre. Je voudrais être Caroline. Dans mon journal le Père s’appelle «Sans-tort » et La Mère « Nerfs en Boule ». Je décris les scènes de ma vie quotidienne : les crises d’hystérie de La Mère, les humiliations infligées par Le Père, les conflits entre mes sœurs et moi, la haine qui circule entre nous tous derrière les apparences d’une famille unie. A aucun moment, je ne parle de sorcellerie, de mauvais sorts. Même dans mon journal intime, je ne m’autorise pas à parler de ce lourd secret. Je suis mélancolique, pas encore dépressive. Je n’ai plus aucune énergie pour quoi que ce soit y compris pour laver mes sous-vêtements…

Depuis que nous sommes toute petites, La Mère nous a appris à ne jamais laisser traîner nos culottes. Il ne s’agit pas seulement d’une question d’hygiène. Le problème est ailleurs: si on veut vous jeter un sort, le meilleur moyen d’y arriver est d’utiliser vos ongles, vos cheveux, vos sous–vêtements, vos slips et culottes en particulier. Je rentre un soir du collège, épuisée par la souffrance de ne pas être comme les autres. Le Père travaille. Bonsoir à La Mère. « Ça va ? » , « Ça va » ( Non, ça ne va pas, je déteste ma vie). Formalités d'usage passées, je rentre dans ma chambre. L’horreur ! La Mère a découvert mes culottes de la semaine et les a étalées partout dans la chambre, sur mon bureau, sur mon lit, sur la lampe, partout. Un petit mot écrit au stylo vert m’attend sur le bureau :
« Pierrette,
Salope, malpropre, … »
J’ai oublié la suite mais je me souviens parfaitement du début. Je vois encore les mots écrits devant moi.

La Mère n’a pas d’instruction mais elle sait utiliser les mots pour dire ce qu’elle pense.

Maman je t’aime

Publié le 05/03/2008 à 12:00 par familysecret
11 ans. Je suis au collège, mon emploi du temps n’est plus fixe comme au temps de l’école élémentaire. Mes cours ont fini plus tôt ce jour là. Jenny et Raphaëlle doivent se rendre au catéchisme après l’école. Corinne rentrera plus tard. Le Père travaille et je ne me soucie pas de l’absence de La Mère. Je suis seule dans la salle de séjour, je regarde Récré A2, je suis bien.
Soudain, La Mère se plante devant moi comme une furie et me cache l’écran. Lorsqu’elle a quelque chose à dire elle ne s’inquiète pas de l’opportunité du moment. Elle veut dire quelque chose, elle le dit un point c’est tout, et si elle peut le faire en hurlant c’est encore mieux. Peu importe le lieu, le moment, les témoins, elle se fait du bien. Elle me coupe donc de mon dessin animé pour me raconter la scène qui vient de se passer.
Jenny et Raphaëlle doivent se rendre au catéchisme après l’école. Pour cela, elles doivent s’attendre. C’est une règle d’or dans la Sainte-Famille : les 4 sœurs doivent partir à l’école en même temps et doivent rentrer pour le déjeuner et en fin de journée en même temps. Nous sommes les seules de l’école à nous attendre ainsi sous le préau. L’entrée au collège et l’organisation des emplois du temps nous a libéré Corinne et moi de ses contraintes. A présent nous avons enfin l’occasion de pouvoir faire chemin avec nos amies.
Ce jour là donc, La Mère s’est rendue à l’école où elle a rencontré Jenny s’apprêtant à se rendre seule au catéchisme, Raphaëlle étant partie quelques minutes plus tôt en compagnie de son amie Nathalie.
En deux temps trois mouvements, La Mère a rattrapé Raphaëlle et Nathalie encore sur le chemin du caté . Avant Raphaëlle ait eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait, elle lui a administré une dizaine de gifles et connaissant La Mère, j’imagine pendant qu’elle me relate son histoire, la violence des coups qu’elle vient d’infliger à ma petite sœur. La pauvre Nathalie épouvantée a tenté de dire quelques mots mais la malheureuse s’est vite tue devant la main levée de La Mère prête à s’abaisser sur sa joue si elle ne se tait pas tout de suite.
Toute à sa colère et sûre de son bon droit, La Mère ne voit pas que je ne lui répond pas, que mon cœur saigne et que ce qu’elle me raconte ne me réjouit aucunement. Bon sang, mais pourquoi devons-nous subir tout cela ? Qu’avons-nous fait pour avoir des parents pareils ? Je pense à Véronique celle que j’envie depuis toujours, à la douceur de sa mère que j’ai aperçue lors des réunions de parents d’élèves. Je pense aussi aux autres élèves de ma classe. Je m’imagine à la place de Raphaëlle, battue et humiliée sans comprendre pourquoi.

La dernière fois que Raphaëlle m’en a parlé, c’était il y’a 6 ans. En visite chez moi, sa petite fille Elise âgée de 6 mois, ma première nièce, collée contre elle, elle mime de sa main restée libre les gifles qui sont tombées sur sa joue. Elle revit en direct la violence des mouvements, « Paf ! Paf ! » 10 fois, 15 fois, 20 fois, sa main revient d’avant en arrière. Ses yeux sont remplis de haine. Ce sont les yeux de La Mère posés sur elle ce jour là. La gorge nouée elle me raconte.
- Parce que j’avais pas attendu Jenny…Je savais pas, j’avais pas fait attention…Quand je l’ai vu je lui ai sourit, j’étais contente de la voir, mais elle est venue vers moi avec colère et là paf, paf…
A nouveau elle recommence les mouvements. Les larmes sont prêtes à couler. « J’avais honte, j’avais honte,…Parfois, je reste à la maison avec ma fille dans les bras. Je repense à des trucs. Je pleure, je pleure… »

Nous avons encore d’autres souvenirs toutes les deux. Même violence gratuite, même désespoir, même révolte rentrée, même soumission dans l’incapacité de se défendre.

Il y’a quelques années, pour la fête des mères, Raphaëlle a offert un petit pendentif à La Mère où elle a fait graver « Maman, je t’aime ». La Mère en a pleuré de bonheur.

Toute la différence entre mes sœurs et moi réside là : mon incapacité à oublier et surtout à pardonner.

Je ne suis pas du matin

Publié le 17/10/2007 à 12:00 par familysecret
J’ai toujours eu du mal à émerger le matin. Quand le réveil sonne, il me faut bien 10 minutes avant de sortir du lit. Je me mets debout les yeux encore à moitié fermés et marche comme un robot. Même ma voix est enrouée comme si elle aussi avait besoin d’un temps avant de se remettre en place. Mes idées mettent un temps considérable avant de se réinstaller dans mon cerveau et je reste sans énergie pendant un bon laps de temps.

J’ai 13 ans. Mon réveil sonne, je dois aller au collège. Je me dirige vers les toilettes et encore dans mon sommeil, je ne vois pas que La Mère est en face de moi. La Mère c’est l’inverse de moi. Elle a besoin de très peu de choses pour pousser ses hurlements. A peine suis-je sortie des toilettes qu’elle commence ses cris stridents. Cela me réveille brusquement et avec stupéfaction j’écoute ce qu’elle me reproche : je suis tellement en colère qu’elle ne m’ait pas réveillée que je suis passée devant elle sans lui dire bonjour ! Depuis quand est-ce que c’est elle qui me réveille? J’ai un réveil depuis mon entrée au collège ! Toujours ses obsessions sur mon sale caractère et ma méchanceté. J’essaie de lui dire que je ne l’ai pas vue, que j’étais à moitié endormie, mais le simple son de ma voix la rend encore plus hystérique. Ses cris stridents réveillent mes sœurs qui se font le plus discrètes possible. Je pars me réfugier dans la salle de bain en ravalant mes larmes.

Quel est le plus dur ? Aller au collège où le regard des autres me renvoie à mon apparence physique ingrate ? Ecouter les premières histoires d’amour de mes camarades en sachant que cette vie là n’est pas pour moi ? Ou bien, subir l’univers familial, avec ses secrets liés à la sorcellerie et la pathologie parentale contre laquelle il est interdit de se révolter ?

J’essaie de me faire discrète. A un moment je cherche ce qu’on appelle la « boite d’épingles », la boite où l’on range tous les ustensiles pour se coiffer. Pour mon malheur elle se trouve dans le couloir près de la cuisine, là où se trouve La Mère. Pour mon malheur, au moment où je saisis cette maudite boite, elle m’échappe des mains et tombe en faisant un ramdam assourdissant. La fureur de La Mère est décuplée. Mon désespoir augmente tandis que je l’écoute : je suis tellement en colère qu’elle ne m’ait pas réveillée que de rage j’ai fait tomber la boite d’épingles par terre. Inutile d’essayer de lui dire que c’est faux, je ne ferai qu’augmenter sa furie. Je reste debout en silence, la regarde ouvrir la porte du cellier et en ressortir avec une grosse planche en bois qu’elle me pointe sous le nez. En hurlant, elle menace de me la casser sur le dos jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus rien dans les mains si je continue avec mon sale caractère. J’ai l’habitude depuis ma plus tendre enfance d’entendre ma propre mère me répéter que je suis un être mauvais mais je n’en peux plus. Je veux mourir. J’étouffe. Je crève de subir ses accusations mensongères, ses insultes, ses hurlements. Je crève de ne même pas avoir le droit de me justifier ou de me défendre. Je fais ce que je dois faire, je l’écoute me hurler ses insultes et ses menaces. Quand elle a finit, j’ai le droit de m’en aller.

Je me rends au collège et je prends mon masque de l’élève studieuse qui n’en a rien à faire des moqueries de ses camarades. De toutes les façons je suis la meilleure élève de la classe, n’est-ce pas le plus important ?