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Nom du blog :
familysecret
Description du blog :
Derrière la famille idéale, mon enfance dans le monde de la sorcellerie, du vaudou, de la folie
Catégorie :
Blog Paranormal
Date de création :
11.10.2006
Dernière mise à jour :
04.01.2009

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L'enfer familial

Continuer le combat…

Publié le 19/12/2007 à 12:00 par familysecret
Petites anecdotes à propos de mes vacances.

CHAPITRE I : Le Père

C’est le Père qui nous a accompagné à l’aéroport parce que La Mère a arrangé les choses ainsi. Un petit coup de fil quelques jours avant notre départ et voilà que tout à coup sans le faire exprès, je lui annonce que nous allons prendre un taxi pour nous rendre à Orly. « Demande à ton papa ». Je reste sidérée, hésite, essaie de lui dire quelque chose qui a du mal à venir, je bafouille. Elle insiste et appelle Le Père. Le tour est joué, il nous accompagne. Je déteste avoir à lui demander quelque chose, je déteste avoir à faire avec lui, je déteste dépendre de lui. Grâce à lui, nous économisons le prix d’une course.

Dernier dimanche avant notre départ.
Mon cousin m’appelle, « téléphone pour toi ». Ah bon ? Je ne vois pas qui cela peut être et cela se voit sur mon visage.
Allo, Pierrette ? Ouais, c’est moi.
Des nouvelles de ma puce puis on passe aux choses sérieuses.
- Je te donne le numéro de téléphone de Marius pour que tu l’appelles. Tu l’appelles et tu vas le voir.
- Euh, ouais…ouais…euh, attends, je vais prendre de quoi écrire
Je n’ai pas envie d’aller voir l’oncle Marius et le ton directif du Père me fait monter la moutarde au nez. Je note le numéro.
- Bon, tu vas le voir un matin ou un soir…
- Pas un soir car il y’a l’heure du coucher pour …
- Ouais, bon si c’est pas un soir, t’y vas en journée. J’ai dit à Marius que tu étais là-bas. Il m’a dit « Ah bon, et elle n’est pas venu me voir ? » Ca fait deux fois que tu vas là-bas, tu n’as pas été le voir
- (La colère m’étouffe et me laisse sans voix)
- Tu ne peux pas aller en Martinique et ne pas aller voir ton oncle
- Ouais…ouais, ouais…ouais
- Bon, je te passe ta mère…
- …
- Tu essaies de faire un effort et tu vas voir ton oncle
- (Grrrr !)
- Bon, je te passe ta mère…

Petite précision. Je n’ai jamais été en relation avec l’oncle Marius, frère du Père si ce n’est en 1983, année où il est vrai, il avait offert à chacune de nous, ses nièces, un petit collier de perles. Il y’a 3 ans nous étions en Martinique. Le jour même nous l’avions appelé. Le Père possédait une voiture qu’il avait laissée sous la surveillance de l’oncle en question et il nous avait donné l’autorisation de l’utiliser pendant nos vacances. L’entretien téléphonique avec l’oncle Marius avait été plus que bref. Juste le temps de me raconter une histoire à dormir debout. La voiture était brusquement tombée en panne et était bonne pour la casse. Hop, avant que j’aie eu le temps de dire ouf, il avait raccroché. Pas d’échanges, pas de nouvelles, rien. Un mensonge, trois petits tours et puis s’en vont. Et bien casse-toi. La première surprise passée pour mon amoureux, nous avions fini par louer une voiture à un prix raisonnable grâce à ma tante alors salariée d’une agence de locations de véhicules.
Premièrement, mon sens du devoir concernant les membres de ma famille a complètement disparu. Bye, bye la culpabilité judéo-chrétienne. Deuxièmement, le ton de dictateur du Père m’a définitivement dissuadée de prendre contact avec son frère.

Trois jours avant notre départ, La Mère arrive en Martinique pour passer quelques jours de vacances. Par Jenny qui a appelé il y’a 2 jours, je sais que ma conversation avec Le Père a été répétée et je devine sous quelle forme. Jenny parait surprise lorsque je lui donne ma version. Trois jours de sous-entendus et de tentatives pour que j’appelle Le Père afin qu’il vienne nous chercher, mon amoureux ayant refusé de la faire. Je finis par le faire. No problème. Le jour de notre arrivée, Le Père est ponctuel comme toujours. Nous discutons tous les trois dans la voiture pendant que ma puce est endormie. Aucune allusion à l’oncle Marius.

Qu’est-il arrivé au Maître de la Sainte-Famille et à son autorité suprême?

CHAPITRE II : La Mère

Il fait chaud. Nous sommes vautrés sur le canapé. Mon amoureux sur le canapé, la Mère et moi chacune sur un fauteuil face à la TV. Nous papotons depuis quelques minutes tandis que mon amoureux est fasciné par l’écran. Soudain les lèvres de la Mère se pince et elle prend son air de vierge outragée. « Mets ton pied par terre ! » Comme elle a chuchoté, je fais comme si je n’avais pas entendu et continue ma conversation. Elle m’écoute mais je vois bien qu’elle se sent mal. Ce qui la met dans cet état c’est que je suis assise, ma jambe gauche repliée contre moi et comble de l’horreur, mon pied nu repose sur le fauteuil. Dans la Sainte-Famille cela ne se fait pas. On se tient droite, les bras sur les accoudoirs, les jambes serrées et les pieds parallèles. Sauf que depuis des années je paye ma psychanalyste pour qu’elle m’aide à me débarrasser des interdits familiaux. La Mère n’en peux plus et elle me dit d’une voix sans appel
- Pierrette mets tes pieds par terre !
- Pourquoi ?
- (Elle me désigne ma grand-mère de la tête) Ne mets pas tes pieds sur ses affaires
- Pourquoi ? Je n’ai pas gardé mes chaussures, je suis pied nu
- Je te dis ça pour ne pas abîmer ses affaires
- (Je désigne le verre d’eau qu’elle tient à la main) Va mettre ton verre à la cuisine
- Je le tiens dans ma main, je ne l’ai pas mis sur son fauteuil
- tu vas renverser de l’eau sur son fauteuil
Elle se tait. Moi pauvre gourde qu’est-ce que je fais ? Je prends le produit anti-moustiques, en passe sur chacune de mes piqûres, histoire de faire diversion et parce que la tension interne est trop forte, je mets mon pied par terre. J’enrage mais elle a l’air satisfait. Comme ça, en passant je tourne la tête vers mon amoureux. Toujours très concentré sur le programme TV, il n’a rien entendu de nos chuchotements. Ses deux pieds reposent sur le canapé. J’ai un sourire en coin car elle a suivi mon regard. Elle ne veut et ne peut rien dire sous peine de passer pour une mégère aux yeux de son gendre.


Résultat :1 point partout.

Naissance des pieuvres

Publié le 19/08/2007 à 12:00 par familysecret
Mes vacances ont commencé depuis hier soir et comme mon chef bien aimée était en vacances début août, résultat je n’aurais pas vu sa tronche de tout le mois. Youpi ! Plus dur sera la rentrée de septembre ! Mon amoureux et ma puce étant chez mes beaux-parents pour le WE, j’ai décidé de me faire un petit plaisir. A 10h00 ce matin, cinéma. « La naissance des pieuvres ». J’avais vu la bande annonce, il y’a peu au ciné et cela m’avait paru intéressant.

Le film avait commencé depuis à peine 15 minutes que les larmes se sont mises à couler sur mon visage, et pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le sujet. J’ai pleuré parce que les 3 héroïnes se sont retrouvées dans une fête entre jeunes et que je ne supporte pas de voir des jeunes réunis pour une fête. En moins de deux, je me suis revue au même âge écoutant les filles et les garçons se parler, tout excités à l’idée de se retrouver. Moi, le nez plongé dans un livre, je faisais celle qui s’intéressait à autre chose. J’entendais les filles parler de la tenue qu’elles allaient porter, les garçons chuchoter le nom de la fille qu’ils rêvaient d’embrasser et qui serait présente à leur fête. Moi, impassible je continuais à lire mon livre. Une boule me nouait la gorge, mon cœur saignait mais je sursautais à chaque fois qu’on m’appelait comme si la lecture de mon ouvrage avait été si prenante que j’avais été coupée du monde. Le pire ce n’est même pas que je n’aurais pas eu le droit d’y aller mais que je n’aurais même pas été invitée. Je ne sais pas ce qui me faisait le plus mal à l’époque. Il est vrai que de ne pas être invitée m’évitait d’avoir à inventer des excuses pour ne pas y aller. Mais je savais très bien ce que ne pas être invitée signifiait. Personne n’aurait voulu me voir à sa soirée, personne ne désirait ma compagnie et pas seulement parce que j’étais mal habillée. Ce film, très beau par ailleurs et très bien construit, m’a rappelé la cruauté des adolescents. Pendant que les images défilaient devant moi, je me suis rappelé toute l’hypocrisie de cette période pendant laquelle on rêve de changer le monde, on a des idéaux, mais on refuse d’adresser la parole à quelqu’un parce qu’il n’est pas habillé à la mode, parce qu’il n’est pas un Top Model, parce qu’il est différent.

Moi aussi j’avais des pieuvres en moi. Moi aussi derrière mes lunettes, mon physique ingrat et mes vêtements démodés, j’étais une fille. Moi aussi, j’aurais aimé qu’on m’invite, que mon nom soit chuchoté pour les garçons et pas pour se moquer de moi. Moi aussi j’aurai aimé faire partie d’un groupe. J’ai toujours aimé la lecture depuis ma plus tendre enfance. Cela a toujours été un refuge. Petite fille je m’identifiais aux personnages des mes livres. Je quittais les crises d’hystérie de La Mère, les humiliations du Père et je devenais un membre du Club des 5 menant des enquêtes avec le chien fidèle Dagobert, ou Alice la jolie inspectrice de la Bibliothèque verte, ou encore Fantômette accompagnée de ses deux copines Ficelle et Boulotte. Cela a continué à l’adolescence et plus tard à 20 ans de manière boulimique. Je lisais pour oublier comme d’autres boivent de l’alcool. Quelqu’un a t-il déjà étudié le rôle que joue le livre chez les personnes désespérées ? Aujourd’hui j’aime toujours autant la lecture mais ce n’est plus qu’un plaisir parmi d’autres.

Je me suis reconnue à la fois dans le personnage de Marie et dans celui de Anne. Je n’ai jamais ressenti d’attirance pour les jolies filles que j’ai côtoyées. Moi, j’étais plutôt du genre à m’endormir le soir en rêvant que j’étais elle. Je revivais les scènes où je les avais observées et j’imaginais leur vie, leur maison, leur chambre, leurs amis, leur petit ami. Je rêvais d’entrer dans leur intimité pour prendre un peu d’elles et devenir complètement elles le soir dans mon lit. Moi aussi j’ai été attiré par des garçons, j’ai même été amoureuse 3 fois. Crapaud mort d’amour, je n’ai jamais rien dit à personne, ni aux intéressés ni à mes rares copines, ni à mes sœurs. Contrairement au personnage de Anne, je n’aurais jamais osé aller faire le pied de grue devant l’appartement de mon bien-aimé et encore moins rentrer dans le vestiaire des garçons pour lui offrir un collier. J’avais 11 ans ½ lorsque je suis tombée amoureuse pour la première fois. A l’instant même où j’ai senti le rythme de mon cœur s’accélérer, j’ai su que je devais garder cela secret. L’amour m’était interdit. J’ai toujours su lorsqu’un garçon était amoureux et qu’il rêvait de sortir avec une fille que ce n’était pas de moi dont il s’agissait.

J’ai beaucoup aimé ce film mais il m’a gâché mon samedi parce qu’il m’a rendue triste et en colère. La tristesse m’est venue en repensant à mon adolescence. J’ai passé mon après-midi à ruminer et le cœur plein de colère en me revoyant à 20 ans avec un cadenas entre les jambes et en revivant mes « années Fac » avec le diable en moi. Pour moi pas de pieuvre. Le fait même d’y songer était déjà un crime. Selon l’adage parental, une fille qui ressent du désir, qui pense à l’assouvir, particulièrement celui lié à la chair est la dernière des catins. Du plaisir, oui, mais pas avant d’avoir 30 ans, pas avant d’avoir fini ses études et uniquement pour satisfaire son mari. Toute ma vie j’ai été le contraire d’une femme. Je n’ai été qu’une machine obéissante, programmée pour faire des études, accomplissement du rêve inaccompli du Père, et à me réserver pour le mariage, fantasme de la Mère.

Rien ni personne ne pourra effacer l’horreur que j’ai vécu, ni mon amoureux, ni ma puce.

1986

Publié le 22/05/2007 à 12:00 par familysecret
Je recommence une terminale mais cette fois, je suis décidée à réussir. J'ai beau être la seule cause de mon échec, je mets cela sur le compte de ma malchance et de la malédiction qui me poursuit depuis mon enfance. Je me replie de plus en plus sur moi-même. je me retrouve avec des élèves plus jeunes que moi et qui ont davantage d'expérience que moi. Ma vie se résume à aller au lycée, faire mes devoirs et aller me coucher. La haine a remplit mon coeur. Je hais mes parents. Je rêve de réussir et je m'imagine dans un autre monde, celui des personnes "lettrés". Il ne s'agit pas pour moi de sortir de mon milieu social, mais de m'éloigner au maximum de mes parents. Je ne veux pas leur ressembler. A étudier la philosophie, la Littérature, les langues étrangères, je me rends compte à quel point ils sont incultes et par dessus tout incapables d'avoir une pensée logique et structurée. Je découvre que tous leurs principes assénés comme des vérités ne sont que des inepties. Leur mauvaise foi lorsqu'ils sont pris en défaut me répugne. Nous sommes en conflit ouvert avec Le Père qui a bien entendu nos revendications. Il s'étrangle de rage de voir sa suprématie remise en cause. Il a beau nous avoir dressées, il n'a pas pu nous empêcher de penser, de nous laisser influencer par les autres. Cela, il ne l'avait pas prévu. Pas une seconde il n'avait imaginé que nous nous révolterions que nous le critiquerions et que nous aurions un avis différent du sien. Sa rage en est décuplée.
"Vous faites vos projets, mais la personne peut vous prendre par LA PEAU DU CUL, vous foutre dehors, vous dire d'aller payer vos études!"
" Il n' y a qu'un seul MAITRE ici, c'est moi! Si les LOIS qui sont dans cette maison ne vous plaisent pas, vous n'avez qu'à aller chercher du TRAVAIL! Je sors! Je sors! Le CON est là, il ramène l'argent! Vous n'êtes pas chez vous ici, Vous n'avez rien à vous dans cette maison, les vêtements que vous portez ne sont pas à vous. C'est avec MON ARGENT que vous mangez..."

Les humiliations ont changé. Il ne s'agit plus de nous parler comme à des chiens en public, il s'agit de nous rappeler que nous ne sommes que des moins que rien, de la vermine dont la vie ne dépend que de sa charité. La Mère jubile. Un jour où Le Père nous envoie ses insultes à la figure, elle m'aperçoit et éclate de rire. "Pourquoi tu ris?", "Parce que tu as eu ta part!". Pauvre idiote!

Je n'en peux plus, j'étouffe! A l'aide, sortez moi de là! Je ne dis rien, je garde tout à l'intérieur car si je craque, si j'explose, les retombées seront catastrophiques pour moi. Pendant des heures et des heures, je reste assise à secouer ma jambe droite. Un tic nerveux que j'ai depuis environ deux ans. Je me balance aussi d'avant en arrière. Je passe des heures à pleurer ce qui déclenche l'agressivité de La Mère qui s'amuse à me rabaisser: " Ne pleure pas ma Nanou chérie, je vais écrire pour toi dans une agence matrimoniale"
De temps en temps, Le Père essaie de se montrer compréhensif. " Va au Parc de La Courneuve avec un livre pour te changer les idées", " Moi, si j'avais eu un père comme ça, je n'aurais pas compris, je l'aurais détesté même, mais après je l'aurais remercié". Je pleure et je déteste la vie.

Parallèlement, les "mauvais sorts" de la Femme des Antilles continuent à nous toucher. Mes soeurs et moi ignorons quelles en sont les manifestations mais nous y croyons dur comme fer. Ces idées de sortilèges concordent tout à fait avec l'idée que je suis maudite. J'ai les pires parents que l'on puisse avoir, je suis le dernier des cageots et en plus je suis victime de sortilège depuis mon enfance. Depuis quelques temps, Le Père semble avoir trouvé quelqu'un qui lui semble compétent. Une femme d'origine Haïtienne qui invoque les Esprits.

Nous sommes en 1986. 20 ans avant la naissance de ma fille, Le Père nous emmène en enfer. Je croyais ne pas pouvoir connaître pire que ce que j'avais connu jusqu'alors. Je me trompais car cette année là, je vais rentrer dans un monde que peu d'êtres humains ont le malheur de connaître.

Tous les garçons et les filles de mon âge...

Publié le 07/05/2007 à 12:00 par familysecret
J'entre au lycée écrasée par la pathologie de mes parents. Je ne sais pas encore que ce sont des malades mentaux, je me sens juste étouffée et écrasée par leurs discours et leurs idées.

Pour La Mère: rester vierge jusqu'au mariage et avoir pour principale occupation le ménage. Eviter d'avoir des copines qui peuvent avoir une mauvaise influence.
"Il y'a des filles qui prennent un appartement avec d'autres filles. Elles sont sérieuses mais quand elles voient les autres coucher avec plein de garçons, et bien elles font la même chose, elles se laissent entraîner", " Il y'a une fille sérieuse qui a été dans une boum. Comme elle était sérieuse, sa mère l'a laissée y aller, et bien il y'a un garçon qui savait qu'elle était sérieuse et qui avait parié avec ses copains qu'il l'aurait. Dans la boum, il lui a fait boire une drogue. Elle s'est endormie et quand elle s'est réveillée, elle avait du sang entre ses jambes, et il y'avait un mot écrit à coté d'elle " Je t'ai eu salope!". Ni mes soeurs, ni moi ne savons d'où elle tient ces vérités mais nous ne posons aucune question. Je n'ose même pas me demander par exemple de quelle drogue il s'agit et comment ce garçon s'y ait pris pour s'en procurer. Cette histoire me fait peur mais ne m'empêche pas de rêver le soir que l'autre fille, celle que j'ai imaginé, celle que je deviens le soir dans mon lit, est invitée dans des boums.

Pour Le Père: faire des études le plus longtemps possible pour gagner le plus d'argent possible, la seule condition pour réussir étant de passer tout son temps à lire. Donc pas de TV, pas de sorties, pas de copines. la question des garçons ne se pose même pas. Mes soeurs et moi sommes des êtres asexués. Un jour nous aurons la permission d'avoir un mari avec lequel nous pourrons sortir, mais d'abord faire des études, pour gagner le plus d'argent possible.

L'un et l'autre sont faits pour s'entendre. Leur volonté de nous faire réussir socialement n'a en réalité qu'un objectif: flatter leur ego démesuré. "Nous, nous sommes de bons parents. Nous nous avons su élever nos enfants. Regardez, elles ont fait de grandes études. Elles ne sont jamais allées traîner dans des endroits sordides tels que les boums, le cinéma, les cafés. De toutes façons, tout cela ne les intéressait pas. Elles, tout ce qui les intéressent, c'est la lecture. Ce sont des filles bien. Elles n'ont pas connu d'hommes avant d'avoir 30 ans et elles n'en ont connu qu'un seul, leur mari! (Mes filles étaient toutes vierges pour le mariage)."

Je suis en seconde. Ma soeur Jenny, de 2 ans ma cadette commence sa crise d'adolescence. Elle reproche à La Mère de ne pas pouvoir se rendre dans une boum alors que ses copines y vont. Le Père a surpris la conversation et reprend la situation en main. Je ne me souviens que de ses dernières paroles " Vous êtes des négresses! Allez dire à vos copines, mon père c'est un noir. Moi mes copains, ils sont tous instituteurs!". Dans un autre contexte, je lui demanderai qu'est ce que le fait d'être noires vient faire là-dedans. Les sorties sont les choses des Blancs? Les filles noires sont censées rester cloîtrées? Vouloir sortir, aller au cinéma, aller dans des boums, c'est vouloir être blanc? Tes copains sont tous instituteurs, et alors? Ils ont gagné le pactole en étant instit? Et quand bien même, ils ont vécu comme des moines pour ça? Mais je ne dis rien et Jenny se tait elle aussi. Nous avons été dressées pour ça, subir en silence.


Il y'a pourtant une chose encore plus importante que la réussite des études et la sauvegarde de notre virginité: se défendre des "mauvais sorts." Celui jeté par la Femme des Antilles mais aussi tous ceux susceptibles de nous arriver. Tout le monde est suspect. Interdiction de se faire prendre en photo par qui que ce soit. Attention à ne pas laisser traîner nos cheveux, nos ongles, et surtout nos sous-vêtements. Comme nous n'avons pas le droit de sortir, cela nous préserve de faire de mauvaises rencontres. A l'époque, j'ai fait la connaissance de Noëlle ma meilleure amie. Dès que mes parents le savent, ils me mettent en garde, ou plutôt me font comprendre que je dois arrêter de la côtoyer. " Tu sais, ce que font certains parents? Ils prennent l'intelligence d'un enfant pour la donner à un autre". D'où tire t'il une connerie pareille? La mère de Noëlle ne me connaît pas, pourquoi voudrait-elle me jeter un sortilège pour "prendre mon intelligence" et la donner à sa fille? A l'époque, mes résultats scolaires sont catastrophiques pour la première fois de toute ma scolarité. Le Père m'a lu un article de journal dans lequel un père Antillais avait mordu son fils parce que ses notes étaient mauvaises. Il me promet de me faire la même chose. Ces paroles n'ont aucun effet sur moi. Même si j'en avais envie, je ne pourrais pas. Je n'ai plus aucune énergie. Je n'ai plus envie de me battre. Plus envie d'être une bonne élève. Plus envie de faire semblant. Je déteste ma vie. Je me déteste. J'ai découvert aussi que je déteste Le Père, je le hais. Cela n'est pas difficile de me l'avouer puisque je ne crois plus en Dieu. Je ne crois pas que Dieu m'aime, bien au contraire, je suis persuadée qu'il me déteste. J'ai du commettre un crime bien horrible pour hériter de la vie que j'ai. Je suis laide. Je suis mal habillée. J'ai des parents qui me mènent une vie d'enfer. Toutes les filles de mon âge ont un petit ami, sauf moi. Depuis peu je sais que mon âme a été vendue au diable par la Femme des Antilles. Le Père est allé à Haïti pour nous délivrer. Ma vie se résume à aller au lycée, accomplir les rituels de protection contre les mauvais esprits et me coucher. Je souffre d'insomnie et passe mon temps dans un monde parallèle. Je suis une autre, quelqu'un à l'opposé de moi. Les histoires que je vis sont inspirées de celles que je lis dans OK Magazine. Entre ce que je vis et ma vie rêvée, ma haine grandit. Contre Le Père, contre la Femme des Antilles et tous les autres qui peuvent nous jeter des mauvais sorts, contre Dieu. A la fin de l'année, le redoublement est proposé. Mais Le père fait "appel". Je passe en première sans difficultés. Les professeurs ont sans doute tenu compte de mes résultats antérieurs. Pour Le Père, il n'y a qu'une seule raison à mon désinvestissement scolaire: La Femme des Antilles.

Je me replie sur moi-même. Je ne cherche pas à cacher que je hais Le Père. Je ne dis rien bien sûr mais je le montre par mon comportement, par quelques phrases lâchées ça et là, "Je déteste les verseaux", par mes regards, par mes silences,... Mes soeurs sont incroyablement choquées (vieux restes d'une éducation catholique et peur du Père). La Mère me serine " Ton papa le sait, que tu le détestes". Je sais parfaitement qu'elle attend que je nie, que je me défende, mais je la regarde en silence puis détourne la tête. Rien à foutre. De toutes façons, elle a passé mon enfance à me hurler que j'étais un être mauvais, que j'avais un sale caractère, que je n'aurais jamais de copines. Puisque je suis foncièrement mauvaise, pourquoi devrais-je m'obliger à être gentille?

Je passe en première, puis en terminale. Je suis une élève moyenne mais la perspective du bac me booste et je me remets à travailler. L'écart entre moi et les autres élèves s'accentue. Les petits copains et petites amies se succèdent. J'envie leurs histoires d'amour, leurs peines de coeur. Moi je sais qu'il m'est interdit d'aimer et que je ne serai pas aimée en retour. Aucun garçon ne voudrait être vue en ma compagnie ce que je trouve tout à fait normal lorsque je me regarde dans une glace. En classe, je garde mon manteau pour cacher ma maigreur et mes vêtements démodés. Je les écoute parler des films qu'ils sont allés voir au cinéma. Ce qui m'impressionne le plus, c'est qu'ils ont des amis en dehors de l'école. Je me coupe d'eux de plus en plus pour m'enfoncer dans mes rêves.

Tout cela n'est rien. Je rentre en terminale et je vais bientôt faire une rencontre qui va bouleverser toute ma vie.

La Sainte Famille

Publié le 15/04/2007 à 12:00 par familysecret
Mon père s’appelle Philibert. Depuis notre adolescence, mes sœurs et moi le surnommons « Le Père ». Pendant quelques temps, nous avions opté pour « Le Pater », puis « Le Terpa » (en verlan), mais finalement « Le père » s’est imposé.
Ma mère s’appelle Marguerite Marie. Son surnom est « La Mère ». Idem, ce fut d’abord « La Mater », puis la « Terma ».
J’ai 3 sœurs. Corinne mon aînée, Jenny est née 2 ans après moi, et ma sœur la plus jeune se nomme Raphaëlle.
Avant de rencontrer La mère, Le Père alors au service militaire avait une maîtresse dont il a eu 2 enfants : Jean-Christophe et Olena. Cette femme, nous l’avons toujours appelée « La Femme des Antilles ». Prononcer son nom, c’était amener le malheur. C’est cette femme qui nous aurait jeté un sortilège par dépit amoureux : abandonnée par Le Père, elle aurait voulu se venger et nous aurait envoyé des « mauvais sorts ».

« Malheureusement », nous avons toutes les 4 fait des études supérieures, nous avons un boulot qui nous plaît, et nous sommes trois à être casées et à avoir des enfants. Tout le monde nous félicite pour notre comportement et la « réussite de notre vie ».

Oh oui, nous avons « réussi » dans la vie et nous avons eu une bonne éducation. Nous avons de la chance d’avoir des parents aussi parfaits !

Que dit-on sur les apparences ?

Souvenir du samedi matin

Publié le 21/10/2006 à 12:00 par familysecret
Nouvelle rumination. Comment est-ce apparu? Par association d'idées comme toujours. Mon amoureux et moi parlons de téléphone, je ne sais plus ni comment, ni pourquoi. Il me raconte comment son père piquait des crises lorsque ses soeurs, adolescentes, téléphonaient à leurs petits copains. "Un jour il a même raccroché alors que Fanny était au téléphone", me dit-il. Il me raconte cela en souriant, pour lui ce n'est pas un mauvais souvenir.

Aussitôt, mes souvenirs reviennent et je lui raconte. Mon père est radin, cela fait partie de sa pathologie, mais à l'époque je ne sais pas qu'il est malade. Le moindre sous est compté. Une douche, une fois de temps en temps pour faire des économies d'eau. Lorsque l'on fait la vaisselle, que l'on se brosse les dents, il n'est jamais loin, pour nous rappeler de fermer le robinet ou d'utiliser moins d'eau. Même chose pour les cotons tiges. Nous sommes 4 filles, il nous a surpris un jour en train de nous nettoyer les oreilles, chacune tenant un bâtonnet. Aussitôt, la crise a démarrée: "gaspillage", "on voit bien que ce n'est pas votre argent qui paye". Dorénavant, nous utiliserons un coton-tige pour 2...Adolescentes, nous pouvons recevoir des coups de Tél., de filles bien-sûr; il est hors de question que des garçons nous appellent. Par contre, téléphoner est interdit. Cela n'a jamais été dit clairement, mais nous avons été bien dressées et nous connaissons les interdits sans même qu'ils aient besoin d'être énoncés. C'est d'ailleurs, la grande fierté de nos chers Parents. Pourtant, parfois, tél. s'avère nécessaire, surtout lorsque l'on n'a trop honte de dire à ses rares copines dans quelle ambiance nous vivons. Aussitôt le même scénario se reproduit. La Mère dans la cuisine, se met à faire raisonner sa vaisselle. Les assiettes claquent les unes sur les autres, les portes des placards se ferment brutalement... La voix du Père résonne juste assez fort pour qu'on entende quelques mots: "Je vais mettre un cadenas", " Mon argent", " Je vais vous faire payer...". La tension monte, l'estomac est noué. Continuer à donner le change, faire comme si on était une jeune fille normale qui tél. à ses copines. Pourtant la gêne se sent. Raccrocher au bout de 2mns. Tout à coup, tout est plus calme à la cuisine. Plus un bruit. La voix paternelle se fait encore entendre mais plus discrète. "Je vais demander une facture détaillée et je vais arrêter de payer".

Ce matin, je raconte à mon amoureux. J'ai 19 ans. J'ai eu mon bac en juin, ce qui m'a donné le droit d'être "libre": j'ai le droit de regarder la télé le soir, de sortir avec des copines le jour et même le soir, à la condition qu'elles soient connues, et que je dise où je vais. J'ai même le droit d'aller au cinéma toute seule. Ce qui pour mes chers Parents est un signe de grand libéralisme. Par contre, pour le tél. et les garçons rien n'a changé. Au printemps, j'ai bravé un interdit. J'ai osé écrire à diverses institutions pour travailler l'été, gagner un peu d'argent et être autonome. Lorsque j'ai reçu une proposition pour travailler à l'hôpital en septembre, j'ai attendu 4 jours avant d'aller l'annoncer. Pour cela, j'étais accompagnée de mes deux plus jeunes soeurs, qui en choeur, avant que les Parents aient pu dire quoi que ce soit, ont expliqué l'avantage qu'ils pourraient tirer à ce que je gagne de l'argent pendant mes études. Pour le Père, ce n'est pas très difficile, il a suffit de lui faire comprendre qu'il en dépensera moins. La Mère, a tiqué un peu. Il y'aura des hommes, est-ce que je ne vais pas perdre ma virginité? Elle n'a rien dit, mais tout le monde savait ce qui la tracassait. Peu importe, le Père est d'accord, alors...J'ai travaillé un mois dans cet hôpital, horrible, atroce, mais j'ai gagné 4668,73 Fr, le SMIC de l'époque et une fortune pour moi. J'ai pu ouvrir un compte-épargne, mon rêve depuis des années! Et en plus j'ai une bourse, minime certes, mais considérable pour moi. Je suis donc indépendante financièrement. Durant ce mois de travail, j'ai sympathisé avec un garçon, Stéphane. Sa grande sensibilité nous a rapproché. Nous gardons contact à la fin de mon contrat. Nous nous écrivons car avec mes sous, je peux acheter des timbres et les Parents ne peuvent pas contrôler les lettres que j'écris. Pour pouvoir téléphoner tranquillement, j'ai acheté une carte Tél. Je téléphone un soir dans une cabine à Stéphane qui est un garçon très bavard, puis je rentre tranquillement. Le père arrive quelques minutes après. Je rentre dans la cuisine et il en sort. La Mère me regarde sévèrement. " Ton papa, t'a vu dans une cabine téléphonique". Sous cette affirmation se cache une question que je ne comprends pas tout de suite, " A qui téléphonais-tu, et pourquoi?" . Naïvement, je réponds " Ah, oui". Rien qu'à ses yeux, je comprends que la Mère attendait que je me justifie. La crise explose aussitôt. Je ne sais plus ce qui se dit à ce moment. Je me revois allongée sur le lit, pleine de rage contenue. Nous vivons dans un duplex et la chambre que je partage avec ma soeur ainée est située en bas.
Le Père: De toutes façons, toutes ses sorties qu'elle faisait, c'est terminé!
La Mère: Ah, oui, oui, tout ça c'est terminé!
Elle se met en haut des escaliers et enragée elle crache son venin: " Tu peux Tél. à ton Afouk, j'en ai rien à foutre!." "Tu n'as qu'à lui dire de t'appeler dans la cabine!" Traduction: Cela fait des années que les Parents font une fixation sur les Africains. Filles ou garçons, il nous est interdit d'en fréquenter car en moins de 2 nous serions ensorcellées, marabouthées, victimes de magie noire. Je comprends alors la raison de la crise. Si je suis allée dans une cabine Tél. C'est parce que je ne voulais pas que les Parents entendent, ( je devrais dire "écoutent") ce que j'avais à dire. Si je ne voulais pas qu'ils entendent ma conversation, c'est parce que j'ai qq.ch à cacher et ce qq. ch est forcément un garçon. Pour le Père, il s'agit forcément d'un Africain qui m'a peut-être déjà ensorcellé. Pour la Mère, toujours la même angoisse: ma virginité!

J'ai cédé pour avoir la paix. J'ai dit à qui j'avais Tél. et pourquoi j'avais été dans une cabine. C'était Stéphane, vous lui reprochez d'être bavard, je ne voulais pas utiliser votre Tél. , c'était pour éviter de dépenser votre argent. La crise s'est calmée comme par enchantement. Mais 20 ans après, j'enrage encore. Ils ont gagné, je me suis justifié devant eux, ils ont su qui j'avais appellé, pourquoi et la teneur de mon appel.

Mon amoureux me regarde avec tendresse. Il y'a longtemps qu'il sait ce qui se cache derrière l'image idéale de ma Sainte-Famille, mais chacun de mes récits le décontenance à chaque fois.

" N'oublie pas que tu dois finir ton premier devoir cet après-midi, essaie de penser à autre chose", me dit-il tandis qu'il m'entend ruminer toute seule dans la cuisine.