L'enfer de l'adolescence
Publié le 29/03/2008 à 12:00 par familysecret
[COLOR=red]Gloups ! J'ai par erreur affacé un post écrit le 17 mai. heureusement, j'avais fait une sauvegarde. je le réédite donc tel quel.
Je suis en terminale. Je suis de plus en plus déprimée, renfermée sur moi-même. Je n'ai pas d'amis en dehors de l'école et à vrai dire pas vraiment dans ma classe. 4h de philo le lundi matin, 2 h de pause entre les deux mais je ne sors pas de la salle de classe. Tous mes camarades de classe se précipitent dehors pour souffler un peu, moi je reste. La prof le sait bien et me dit à chaque fois, " Je vous laisse mes affaires" avant de s'éclipser avaler son "petit chocolat". Une fois seule dans la classe, je m'affale sur la table, la tête enfouie dans mes bras et je commence à rêver. Je rêve que je suis dans cette classe, que je suis belle, bien habillée, que j'ai les activités de tous les jeunes de mon âge. Je rêve qu'en ce moment même, je suis dehors avec mes camarades, que je leur raconte mon WE, mes sorties avec mes amis, mes relations avec mes parents imaginaires,...J'étais dépressive en seconde, je ne le suis pas en terminale, je suis déprimée. J'entends les filles parler et me parler de leur nouvel amour, elles sont consolées de leur récente rupture. Je me demande comment elles font pour passer d'un amour à un autre, moi qui n'ai jamais réussi à attirer un regard. J'ai fait des efforts en matière vestimentaire mais je ne porte toujours pas de vêtements qu'une jeune pourrait porter. De toutes façons je suis tellement maigre que j'aurais l'air d'une plouc quoique je porte...
Je suis dans les couloirs du lycée. Je vais rejoindre ma salle de classe. La pin-up de ma classe, celle sur qui tous les garçons fantasment, marche derrière moi. Je me fraie un passage parmi les élèves des autres classes. Tout à coup, je sens un regard peser sur moi. Instinctivement, je me retourne et j'aperçois un grand brun frisé qui me dévisage. Une petite blonde est à ses côtés. Je suis à peine surprise par le mépris qui se dégage de son regard. Il me toise et lâche "Dire qu'on met ça au monde!" La blondinette éclate de rire. Je passe ma route et rejoins ma classe. J'essaie d'oublier la pin-up derrière moi. J'essaie de tout oublier mais je ne peux pas. Je me retiens pour ne pas pleurer tout de suite. Ca je sais faire, depuis que je suis enfant, je pleure seule le soir dans mon lit. Je suis sûre que ce garçon a oublié ce qu'il m'a dit, je suis sûre qu'il m'a oublié et qu'il a peut-être même oublié cette blondinette. Moi, les paroles qu'il m'a lâchées ce jour là, je les ai encore en moi. Elles me hantent toujours et me hanteront encore longtemps. Je ne mérite même pas de vivre. Je ne suis pas une personne, je n'appartiens pas à l'humanité, je suis "ça", cette chose immonde et répugnante.
Nous sommes dans la salle de gym, accroupies car la prof veut nous parler. Quel est le sujet, je n'en sais rien. A un moment, elle prend à partie la pin-up de la classe. Elle lui reproche de tout prendre à la légère, de ne pas se donner à fond dans ses enchaînements de gymnastique, dans les sports collectifs,... La belle Jessica ne répond pas, elle écoute d'un air complètement détachée. Tout est tellement facile pour elle. Elle est belle, toujours habillée à la dernière mode, au ski l'hiver, au bord de la mer l'été. Elle n'a qu'un an de plus que moi et a montré à toute la classe ses photos aux Etats-Unis (où je rêve d'aller), en Tunisie, en Corse,...Elle est dans toutes les boums, toujours entourée de filles et de garçons flattés de faire parti de sa cour. Elle tombe amoureuse et en deux temps trois mouvements, la voilà au bras du garçon qu'elle a choisi. Ce ne sont jamais les garçons du lycée car elle préfère les garçons mûrs. Ses petits amis ont tous au moins 5 ans de plus que nous. Les garçons la vénèrent, les filles l'admirent et la respectent. Le pire c'est qu'elle est bonne élève. Pas comme moi. Moi je bosse comme une malade pour être la meilleure. Je veux avoir les meilleures notes, je veux être la première, c'est ma revanche par rapport aux autres. Je suis le dernier des poux, mais je suis la meilleure élève de la classe. Elle, elle fait ses devoirs au dernier moment, entre deux sorties, et fait juste ce qu'il faut pour se maintenir au niveau. Je sais parfaitement que si elle bossait autant que moi, elle me battrait à plate couture. Je ne lui adresse jamais la parole, ne la regarde pas. Je tiens à lui signifier que je ne veux pas faire partie de sa cour. Elle s'en aperçoit et à 2 ou 3 reprises, a essayé de nouer contact avec moi. Je lui ai répondu poliment mais sans aller plus loin. Nous ne sommes pas dans le même monde. Elle est dans la lumière, la beauté, la joie, les rires. Moi je connais la sorcellerie, les humiliations, les privations. Je ne vis pas, je rêve ma vie. Jessica, la pin-up, c'est moi à l'envers...La prof de gym continue son blabla. Tout à coup, elle se met à nous comparer. Jessica et moi baissons la tête en même temps. J'ai honte et me demande pourquoi la prof me fait ça. Je devine que la gêne de Jessica est empreinte de pitié pour moi. Pour la première fois depuis que je suis dans le secondaire, je sens une vague d'humanité émaner vers moi. "C'est vraiment du gâchis Jessica. Tout ce que tu feras en deux secondes sans te fatiguer, sera toujours plus joli et toujours plus réussi que ce que fera Pierrette après des heures de travail". Voilà ce qu'elle balance devant toutes les élèves. Voilà, ce que je me prends en pleine figure devant tout le monde. Nous savons toutes au fond de nous que ce qu'elle dit n'est pas valable que pour la gym. Jessica et moi nous ne sommes pas nées égales. Elle est née pour réussir et ne recevoir que du bien, de l'amour, de la lumière. Moi c'est tout l'inverse. C'est pour cela que je ne crois plus en Dieu depuis longtemps. Dieu n'aime pas tous les Hommes. Comme d'habitude, je fais face et je disparais dans les couloirs. J'ai encore matière à me désespérer cette nuit.
Etre en terminale, ce n'est pas que cela pour moi. Cela représente pour mes parents quelque chose de fantastique. Une de leur fille va être bachelière et va rentrer à l'Université. Comme toujours, Le Père s'est trouvé un marabout. Très fière, La Mère est venue me chuchoter " Ne t'inquiète pas, tu l'auras". Le problème est que quelque part en moi, je ne suis pas sûre de vouloir l'avoir. Je suis terrorisée à l'idée d'aller à l'Université, de me trouver face à des gens très cultivés et possédant un savoir immense. Les complexes de mes parents vis à vis des personnes diplômées ont déteints sur moi. Je ne me sens pas à la hauteur. Par dessus tout, je sais que si je réussis mon bac, Les Parents se rengorgeront et n'hésiteront pas à nous renvoyer qu'ils ont eu raison de nous cloîtrer, de nous priver de tout, que cela en valait la peine. Inconsciemment, je me mets en situation d’échec. Pour la première fois de ma vie, je vais prendre un risque. Je vais travailler certaines matières et en délaisser d’autres. Coup de poker, ça passera ou cassera…
Je passe les épreuves du baccalauréat "équipée". Le marabout a mis les bouchées doubles: mes stylos ont été préparés, dans mes chaussures le nom des épreuves que je passe sont inscrites sur du papier blanc. Le matin avant de partir, j'ai bu consciencieusement la mixture immonde censée me donner "l'intelligence " nécessaire pour réussir. Le verdict tombe : rattrapage et 18 point à rattraper. Aucune surprise, mes notes sont très bonnes dans les matières que j'ai travaillées et médiocres dans les autres. Je passe l'oral à Epinay. J'ai choisi la philo et l'espagnol alors que le plus judicieux serait de repasser l'Histoire-Géographie. Pour la philo, c'est un jeune homme qui joue les profs cool et sympathiques. Pour l'espagnol, c'est une fausse blonde sèche, désagréable et qui nous saque les uns après les autres. Madame, le professeur d'espagnol qui avez fait passer l'oral du baccalauréat à Epinay sur Seine en 1985, si vous êtes encore vivante, je tiens à vous dire une chose: Vous êtes la dernière des SALOPES.
J'ai raté mon bac mais je me suis trompée. Les Parents ne comprennent rien. Pour eux, si j'ai raté mon bac c'est parce que la Femme des Antilles a été la plus forte. Les épreuves à peine terminées, Le Père me demande avec la sécheresse qui le caractérise si j'ai recommencé à réviser mes épreuves. C'est le début de l'été, c'est les vacances mais il me demande de rester dans mes livres. "Parce que c'est le même programme que tu repasses". JE LE HAIS
Publié le 02/05/2007 à 12:00 par familysecret
12 ans. 1m70-47 kg
13 ans. 1m72-54kg
14 ans. 1m73-54kg
L’horreur ! Je me regarde dans la glace et je suis épouvantée. Je suis la plus grande du collège. Un jour je surprends des filles plus âgées que moi en train de chuchoter en me regardant « Oh ouais, elle est grande ! ». Je suis un phénomène. En classe, je n’ai droit qu’à des mots d’amour : Grande perche, grande gigue, j’voudrais pas être maigre comme toi, « crépinette » en référence à mes cheveux crépus, t’es plate. Je ne suis pas le bouc émissaire, les élèves semblent m’apprécier davantage qu’en 6ème. Mais c’est plus fort qu’eux, ils ne peuvent pas s’empêcher de me rappeler que Dame nature ne m’a vraiment pas gâtée. Il faut dire qu’ils ont raison. Je ne suis pas seulement grande et maigre. J’ai des yeux globuleux qui me donnent l’air mauvais. En plus, je suis myope comme une taupe, mais alors myope de chez myope. Comme je ne porte mes lunettes qu’une fois en classe, je vis dans un brouillard perpétuel. Dès que j’ai passé la porte de la maison, hop, mes lunettes se retrouvent dans ma poche et je ne les remets qu’une fois la porte de la classe fermée. J’effectue le chemin du collège la tête baissée par peur de rencontrer quelqu’un. Le plus souvent, on m’appelle, et je ne lève la tête que lorsque la personne est suffisamment près de moi pour pouvoir la reconnaître. Là je fais mine, « Ah excuse moi, je ne t’ai même pas entendu, je pensais à autre chose ». La puberté m’a apporté une autre joie : j’ai de l’acné et l’acné sur une peau noire c’est meurtrier. L’acné ne se contente pas de fournir des tas de boutons et points noirs, elle laisse aussi des tâches sur le visage. Côté féminité, zéro. Pas de sein, pas de hanches, pas de fesses, aucune rondeur féminine, rien. Je ne me sens pas seulement laide, je me trouve répugnante. C’est bien simple, je suis le contraire d’une femme. Jamais aucun garçon ne voudra d’une merde comme moi. En plus, je porte un prénom ridicule pour une fille de mon âge : Pierrette ! Comment une mère a-t-elle pu appeler son enfant ainsi ! Pierrette ! Toutes mes soeurs ont un prénom normal. Moi je porte un prénom qui me va bien, celui d’une vieille fille. J’en veux à ma mère et je lui fais savoir.
12 ans :
Week-end en Angleterre organisé par le collège. Départ vendredi soir. RDV donné aux élèves devant le collège. Dès qu’il s’agit de l’école, il n’y a plus d’interdit, nous pouvons participer à tout avec les autres. Ma sœur Corinne et moi sommes toutes excitées de ce voyage, d’autant plus que tous les élèves ne partent pas. Nous, nous avons eu la permission. Notre premier voyage à l’étranger… Tous les élèves attendent devant la grille du lycée accompagnés de leurs parents, même ceux qui habitent juste en face. Nous habitons à 15 minutes et nos parents nous ont laissé partir seules, film du soir oblige. Ma meilleure amie, Caroline est là accompagnée de sa mère. Voyage en car. D’habitude, je ne suis pas malade mais cette fois je vomis. J’essuie mon pantalon mais il reste quelques marques. Week-end agréable. Corinne et moi sommes séparées car et hôtels différents, mais nous nous sommes fait des amies, des 5èmes pour moi, des 4èmes pour elle. Achat de souvenirs bon marché pour touristes. Trois jeunes garçons de 6ème, embêtent une jolie fille de leur âge, Emilie. Ils ont craqué pour elle et sont tout excités dès qu’ils l’aperçoivent. Je les comprends, car je la trouve moi aussi très belle. « Pourquoi tu veux pas sortir avec moi ? » demande celui qui a l’air d’être le chef de bande. « Parce que j’veux pas » Lors d’une visite, l’un deux la pousse alors que nous sommes en train de descendre du car. Elle retombe sur son siège en poussant un soupir d’exaspération. « Arrête de toucher à ma femme » dit le chef. Depuis 2 jours, je suis leur petit manège à la dérobée. Je voudrais être à la place d’Emilie. J’aimerais bien savoir ce que c’est que d’être belle. J’aimerais bien savoir ce que ça fait de rendre des garçons de son âge complètement fou. Plutôt que de les entendre se moquer de mes grandes pattes et de ma maigreur, j’aimerais bien qu’ils me poussent sur mon siège rien que pour attirer mon attention… Retour. A l’aller, Caroline et moi avions fait le voyage en parlant créole, chose interdite pour moi. Au retour nous sommes en groupe avec nos nouvelles amies. Caroline et moi sommes à genoux sur nos sièges en train de discuter avec les filles placées derrière nous. Tout à coup, je tourne la tête. Deux de nos nouvelles amies sont assises sur les places parallèles aux nôtres. J’entends l’une d’elles dire « Qu’est ce qu’elle est belle Caroline ! ». C’est vrai qu’elle est belle, alors pourquoi est-ce que ça me fait si mal de l’entendre ? Je me retourne brusquement, m’assoies sur mon siège et éclate en sanglots. Une grosse crise de pleurs comme je n’en ai pas eu depuis longtemps. Personne ne s’en aperçoit. Caroline est toujours agenouillée sur son siège et continue à papoter avec nos amies. Personne ne s’aperçoit de ma présence, comment pourrait-on remarquer mon absence ? Je pleure, je pleure, je n’en finis pas de pleurer. Cette simple phrase qui ne m’était pas adressée et qui en plus n’est que la vérité m’a fait horriblement mal. C’est qu’elle m’a renvoyée à mon image, à moi, à mon physique ingrat. Pendant 2 jours j’avais eu l’illusion d’être comme les autres. Je me rappelle soudainement que moi, je suis laide. J’ai des lunettes, je suis plus grande que toutes les autres filles y compris celles plus âgées, je ne suis pas maigre, je suis rachitique, squelettique. C’est aussi l’époque où mes premiers boutons d’acné commencent à poindre. Jamais personne ne dira cela de moi. « Qu’est ce qu’elle est belle Pierrette ! ». « Elle est belle Pierrette » sont des mots qui ne vont vraiment pas ensemble.
Je suis dans l’ascenseur avec deux garçons de ma classe. Je suis rentrée seule du collège mais je les ai retrouvés. L’un deux commence à se moquer de moi « Qu’est ce que t’es maigre ! ». Je ressens une immense douleur à la poitrine. Je la connais celle-là. Je bafouille quelques mots dérisoires pour me défendre. Il continue de plus belle. Son copain pris de pitié, lui répond « Laisse, là ». Par chance, j’habite au-dessus d’eux. Ils vont descendre avant moi. « Elle est maigre ! Un chien ça suffirait pas à la nourrir ». Les portes de l’ascenseur se referment. J’ai appris depuis mon enfance à tout garder à l’intérieur. Je rentre. Toujours les mêmes rituels. Bonjour maman. Lavage des mains. Je m’installe à mon bureau pour faire mes devoirs. Etc. Le soir une fois couchée, j’éclate en sanglots.
13 ans :
J'ai de plus en plus honte de mon corps. Celui des filles de ma classe s'est transformé, s'est féminisé. Moi je ne ressemble à rien. J'ai honte de mes vêtements démodés. Je rêve de m'habiller à la mode, de me faire belle. Dans ma famille c'est inimaginable. Inlassablement, ma mère me répète "Si tu vas te coucher avec un garçon, il va pas t'épouser", "Si tu vas te coucher avec un garçon ton papa verra ça". je comprends que cela signifie "N'essaie même pas d'avoir des rapports sexuels, à la minute même où ça se fera, les voyants le verront". A chaque fois que mon père revient de ses "visites" je me dis que je suis tranquille, aucun garçon ne s'est approché de moi. En même temps j'en souffre. Je me retire de plus en plus dans mes rêves. Je m'y enferme. Dans mes rêves, je deviens quelqu'un d'autre, tout l'inverse de ce que je suis. Dans mes rêves, je suis belle. Puisqu'il s'agit d'être l'inverse de ce que je suis, je suis la plus belle. Je m'habille à la mode, j'ai de super fringues. Je ne suis plus un bouc-émissaire je suis la coqueluche de ma classe et même du lycée. J'ai plein de copains et de copines...Grâce à "OK Magazine "qu'achète ma copine Caroline, je découvre ce que vivent les jeunes de mon âge. J'apprends qu'il est normal de tomber amoureuse et de sortir avec un garçon. Je lis les histoires que vivent les jeunes: problèmes de coeur, de sorties en boum, de copains et copines. Mon plus grand rêve alors est d'aller au cinéma. Je n'ai jamais mis les pieds dans une salle de cinéma. Comme je n'ai pas le droit de regarder la TV, il me reste les livres. A la bibliothèque, je me rue sur les beaux livres illustrés dédiés au 7ème Art et mes rêves deviennent omniprésents. Je découvre un autre monde où il n'est pas question de sorcellerie, de "mauvais sort". Comme je les envie ces jeunes...
Je suis la meilleure élève de la classe. J'excelle dans toutes les matières. Je revois encore Le Père sourire devant mes bulletins trimestriels. Pas un mot, pas un encouragement, juste un sourire que j'ai surpris en me retournant. Cela me fait plaisir, j'en suis même fière. Dans ma classe, j'ai l'impression d'être appréciée. Même si je ne les vois pas en dehors de l'école, les élèves aiment à rire avec moi. Pourtant...
C'est l'anniversaire d'une des filles de ma classe. Tout à fait par hasard, j'apprends qu'une boum est prévue le samedi. Je suis d'autant plus surprise que Caroline a été invitée depuis longtemps. Apparemment, le secret a été bien gardé. Tout le monde est invité sauf moi. Une classe de 30 élèves, 29 iront s'amuser et moi, qui par solidarité passent toutes les réponses lors des contrôles à qui me le demande, je ne suis même pas au courant. Sous le choc, j'essaie maladroitement de faire croire à Caroline que je ne souhaite pas y aller. "T'étais invitée?" "Ben ouais!". Malheureusement, je m'embrouille et caroline me fait comprendre qu'elle sait parfaitement que je ne suis pas conviée à cette boum. Cela n'a aucune importance, il y'a longtemps que je sais faire semblant. Il y'a longtemps que je sais garder la face et attendre d'être dans le noir de ma chambre pour pleurer. Pourtant, je devrais le savoir. Plusieurs fois, j'ai surpris des filles de ma classe en train de grimacer derrière moi ou en train de me singer. J'ai eu droit à des remarques du genre "Tu pourrais bouger au lieu de rester là comme un balai", "petite perche". Danielle la "loubarde" de la classe m'a volé un stylo et des devoirs de français que j'avais fait à l'avance. Sans aucune honte, elle a répondu à la prof avec les réponses que j'ai passé du temps à préparer. Le top des tops arrive un jour en interclasse. Cela commence par une blague d'une des filles "math et dessin, math et dessin, matez ces seins, matez ces seins" Elle me pointe du doigt en criant ces dernières paroles. Danielle assène le coup final elle crie devant toute la classe " t'en a pas, t'en a pas Pierrette, t'as rien". Je ne sais pas par quel miracle je suis encore vivante aujourd'hui, car à ce moment là, l'expression "mourir de honte" a pris tout son sens".
Pourquoi moi? Aujourd'hui, je ne peux pas regarder un adolescent sans imaginer de quoi il peut être capable. On dit que c'est l'âge où on veut refaire le monde, où on est habité par des idéaux. Sans doute. Mais c'est aussi l'âge où on rejette l'autre tout simplement parce qu'il ne porte pas des fringues à la mode, parce qu'il n'a pas un physique dans les normes, parce qu'il est un peu plus fragile, ...Le monde des adolescents n'est pas fait pour les faibles et les personnes sensibles. Mon Dieu, faîtes que ma puce soit préservée, que jamais elle ne vive ce que j'ai vécu. Amen.
Malgré les appréciations de mes profs qui me félicitent pour ma conduite et mes notes, malgré le sourire surpris sur le visage du Père, l'école ne me comble pas. Je m'y investis d'abord parce qu'avec Le Père que j'ai, je n'ai pas le choix. Je dois faire mes devoirs et ramener des bonnes notes. Ensuite, je n'ai pas d'autres occupations. Je n'ai pas le droit de sortir, pas le droit d'être amoureuse, pas le droit de regarder la TV, pas le droit de vivre. Pourtant, j'ai l'intuition que c'est l'école qui va me sauver. Pas seulement parce qu'elle va me sortir de mon milieu social mais surtout parce que grâce à elle, je vais pouvoir me libérer du pouvoir destructeur de ma famille. Je ne sais pas encore à l'époque que mes parents sont des malades mentaux, je crois juste qu'ils sont mauvais et que la normalité ce n'est pas eux.
Publié le 21/04/2007 à 12:00 par familysecret
J’adore regarder ma fille dormir. Parfois je l’imagine, petite fille, adolescente, puis jeune femme. Je l’imagine avec ses ami(e)s. En aura-t-elle plein ? Ou bien sera t-elle comme moi seule et désespérée. Lorsque j’envisage cette possibilité une grande peur mélangée à une douleur immense m’envahit. Je me revois sortant de l’enfance, jeune fille pré pubère. Tout de suite parmi les nombreuses images qui me viennent, une s’impose à moi : Nadine.
J'entre en 6ème et j'en suis très fière. Comme il l'a fait pour ma soeur aînée et comme il le fera pour mes 2 soeurs cadettes, mon père m'a offert une chevalière en or pour marquer cet évènement. Ni lui, ni ma mère n'ont connu cela. Aller au collège représente pour eux le début de la réussite sociale. Mon père a décidé que j’étudierai l'anglais en première langue et plus tard l'espagnol. Contrairement à mes craintes, je continue à être une très bonne élève dans toutes les matières, bien que mes professeurs me reprochent de ne pas m'exprimer oralement. J'en suis malheureusement incapable. Dressée pour me taire et obtempérer, je ne peux pas exprimer mes opinions, pire que ça, je n'en ai pas. Les autres disent et moi j'acquiesce. Les professeurs posent une question? J'ai beau avoir la bonne réponse, je ne lève pas la main pour répondre. J'attends que quelqu'un ait une illumination ou que fatigué le professeur finisse par donner la solution. A l'écrit par contre, no problémo. J'excelle dans toutes les matières y compris dans celles que je n'aime pas, mathématiques et sciences physiques. Il y'a pourtant un lieu où je souffre le martyre: la salle de gym. J'ai 11 ans et demi. Je mesure 1m60 et pèse 36 kg. Déjà les garçons se moquent de moi. Le sentiment d'être différente des autres s'accentue encore davantage. Je voudrais me fondre dans la foule, mais je ne peux pas, ma taille me l'interdit, ma maigreur aussi. J'ai honte de ce corps que je déteste. Je me déteste toute entière. Je n'aime pas ma vie, je n'aime pas être obligée de me défendre contre les "mauvais sorts", je n'aime pas ma timidité maladive, mais par dessus tout je déteste aller en cours de gym. Mon grand corps squelettique est raide comme un bâton. La majorité des filles qui ont cours d’Education Physique et Sportive le même jour que moi sont souples et gracieuses. Elles excellent sur la poutre, dans les enchaînements au sol, sur les barres asymétriques. Elles évoluent telles des danseuses. Moi je suis ridicule. Les deux grandes pattes qui me servent de jambes n'arrivent pas à se plier, à faire quelque chose de joli. Un pantin raide et désarticulé, voilà ce que je suis. Très vite, je suis repérée et deviens LE bouc émissaire. Ceci d'autant plus facilement que je n'ai jamais appris à me défendre, bien au contraire. Une fille en particulier mène le jeu: Nadine, une Antillaise. Je la connais depuis que je suis à l'école élémentaire. Elle était scolarisée dans l'école attenante à la mienne et depuis le début nous allons au catéchisme le même jour. Elle est donc catholique, a appris les enseignements du Christ, l'amour d'autrui, en particulier du plus faible. Pourtant elle prend un malin plaisir à se moquer de moi, à m'humilier. Je ne m'en aperçois pas tout de suite.
Un jour, la prof nous demande de nous mettre en petit groupes de 5 ou 6, afin de faire des exercices sur les barres asymétriques. Nous ne serons pas notées, il s'agit juste de nous entraîner. Je ne tiens pas particulièrement à faire ces exercices. Je suis même prête à laisser ma place à qui le veut sur la barre, mais comme tout le monde il me faut intégrer un groupe. Je ne sais comment, je me retrouve dans celui de Nadine. Une minute d'inattention, et je me rends compte qu'une nouvelle fille a intégré notre groupe. Il y’a donc une fille en trop. Je ne dis rien mais tout à coup, le groupe tout entier me fait comprendre que je dois dégager. Toute naïve, je leur dis comme s'il s'agissait d'une petite erreur de leur part, "Mais, non, tout à l'heure vous aviez dit que j'étais dans votre groupe". Nadine me regarde avec tout le mépris que je lui inspire et me rétorque d'un ton qui n'admet pas la contradiction "Et bien, maintenant, on dit non!". Tous les regards se portent sur moi, à moitié agressifs. Je reste quelques secondes bouche bée avant de me tourner hébétée à la recherche d'un groupe à intégrer.
Au fur et à mesure que l’année avance, je me rends compte des ricanements des filles à chaque fois que je tente de faire quelque chose. L'ennui c'est que je suis aussi nulle en gymnastique qu'en sport collectif. Je me fais donc éjecter de partout, aucune fille ne veut de moi avec elle. Même ma meilleure amie Farida qui ne sait pas lire alors qu'elle a presque 14 ans, m'a dit un jour, alors que je lui chuchote que j’aimerais faire partie de son équipe : " Ben, je t'ai vu jouer l’autre fois et ...(grimace)" Elle, elle est tout l'inverse de moi. Le hand-ball, le basket, le volley-ball n'ont aucun secret pour elle.
Les mois avancent et naturellement, ce qui doit arriver, arrive. Nous devons être notées à partir d'un enchaînement que la prof nous a expliqué au préalable. Je ne sais pas pourquoi, ce jour là je n'ai pas de difficultés à intégrer un groupe. Certaines ont du avoir pitié de moi. Chaque groupe passe à tour de rôle pendant que les autres élèves regardent, assises accroupis. Vient notre tour. Je suis à peine debout, je n'ai pas encore commencé que déjà les ricanements fusent. Je fais comme si je n'entendais rien. Naturellement, les filles de mon groupe savent que j'en suis la cible, et cela leur est complètement égal. Elles font ce qu'elles ont à faire. Je n'ai qu'une envie, terminer au plus vite cet enchaînement. Les ricanements se sont amplifiés. Maintenant, tout le monde rit et de plus en plus fort. La prof ne dit rien, elle regarde et attend pour attribuer une note à chacune d'entre nous. Pour donner le change, je ris aussi, du genre "Ouais, je suis nulle mais je m'en tape. Je fais le clown". Quand les autres touchent leurs pieds sans plier leurs genoux, le dos bien droit, mes deux grandes pattes n'arrivent même pas à s'allonger entièrement sur le sol, mon dos est rond et mes bras qui pourtant sont bien trop longs n'atteignent pas mes chevilles. On ne peut pas être plus ridicule, plus pitoyable. Les notes tombent et comme prévu j'ai la plus mauvaise. Je me récolte un 9/20, sans doute un geste de pitié de la part de la prof. Je n'ai qu'une envie disparaître de la surface de la terre. Ma note, je m'en fous. Mais mon corps, mes bras et mes jambes trop longs et trop maigres, ma maigreur toute entière, mon manque de souplesse, tout ce qui a trait à moi me répugne. Ce qui me fait le plus mal, c'est que je devine que mon rejet n'est pas dû à ma nullité en sport mais à ma personne toute entière. Je ne comprends pas les raisons de cette haine. Qu'est ce qui en moi les rebute? Mon physique? Qu'est ce que j'ai fait? Pourquoi moi? Parfois le soir avant de m'endormir, je verse quelques larmes. Nadine est noire comme moi, pourquoi me hait-elle alors que je ne lui ai rien fait, que nous avons fait partie du même groupe scolaire, que nous suivons les mêmes cours de catéchisme? Pourquoi monte-elle les autres contre moi?
Un jour, je dois être arrivée à un stade où ma souffrance se lit sur mon visage. Nous sommes à l'extérieur, dans la cour de récréation, accroupie pour changer. La prof de gym parle de je ne sais quoi, je n'écoute pas. Elle s'arrête soudain. "Pierrette, qu'est-ce qui ne va pas?" Encore plus gênée que surprise, je murmure "Rien". " Est-ce qu'il y'a quelqu'un qui t'a dit ou fait quelque chose qui t'a fait de la peine?" "Non". Elle est gentille mais je ne vais pas avouer devant les autres qu'elles me font souffrir. De plus je serai incapable de l'exprimer à qui que ce soit. Je ne parle de cela à personne mais je me persuade que je suis maudite.