Faire semblant
Publié le 22/07/2008 à 12:00 par familysecret
Coup de téléphone de La Mère il y’a quelques jours. Une subite envie de voir ma puce avant qu’elle ne reparte en Martinique avec Le Père. (Tiens, la conjonction de la lune et des étoiles serait-elle bonne ? Les Parents seraient-ils dans leur période « Nous sommes un vieux couple d’amoureux » ?) RDV est pris pour le WE du 14 juillet. Le samedi, 1ère date décidée ensemble, ne convient plus. Je rappelle pour reporter au lendemain.
-Ah, ouais mais il faut que je rappelle Jenny parce qu’elle pensait venir aussi. Elle a dit qu’il y a trop longtemps qu’elle n’a pas vu la puce.
-Ben ouais, c’était il y a 1 an pour le mariage de Raphaëlle
- Bon, je rappelle Jenny et je te dis si c’est possible
Comme prévu, nous passons notre samedi à arranger et à embellir notre maison. Je ne suis pas tendue à l’idée de revoir Jenny. Il y aura notre puce entre nous et je me sens prête à la remettre en place ou à ne pas lui laisser me couper la parole quand je parle.
Jour J. Claude un ami du Père est présent. Grosse surprise. En effet, Corinne et moi nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à Claude sans éclater de rire…
Eté1983, nous étions en Martinique. Moi en pleine dépression, Le Père en pleine paranoïa. Ayant appris qu’une des sœurs de La Mère serait présente également, Le Père avait loué une maison à un de ses amis. En fait de maison, il s’agissait d’une vieille mansarde vide et sombre et apparemment très appréciée par les cafards. Le décalage entre la vantardise de la maîtresse de maison et sa bicoque fut pour nous un véritable choc. La Mère avait caché l’argent des vacances donné par Le Père à un endroit très précis connu d’elle seule. Durant notre séjour sur l’île, Claude un autre ami du Père nous avait invité un jour à déjeuner en compagnie d’autres personnes que nous ne connaissions pas. Son épouse, une femme de petite taille que nous appelions Mme Claude (mais oui), s’était surpassée pour le menu. Avant la fin du repas, le frère de Mme Claude était parti brusquement, appelé par une urgence. Le dîner comme tout dîner Antillais digne de ce non avait duré des heures. A notre retour, l’argent caché par La Mère avait disparu. Elle en avait été très affectée mais curieusement Le Père ne lui en avait fait aucun reproche. Quelques années plus tard, Tita avait donné le nom du voleur aux Parents : le frère de Mme Claude. D’après cette vile sorcière, il serait entré dans la maison nous sachant retenu chez sa sœur et à l’aide d’une paire de ciseau ensorcelée qui l’aurait guidé vers la cachette secrète, il serait entré en possession de l’argent où qu’il aurait partagé ensuite avec sa sœur. Depuis cette révélation, Les Parents avaient pris des distances avec Claude et en particulier avec sa femme. D’où ma surprise quand je vis Claude installé tout sourire sur le canapé des Parents.
Dans les jours qui ont suivi, mon amoureux n’a pu se retenir de me faire part de ses interrogations. Pourquoi quand Le Père nous a saoulé en nous montrant les blagues débiles voire salaces qu’il reçoit par mail, je ne lui ai rien dit ?
A le voir comme ça, quelqu’un qui ne sait pas tout ce que tu as vécu pourrait croire qu’il y a une grande complicité entre vous
Il riait tout seul à ses blagues cochonnes, je ne lui répondais pas
Oui, mais tu ne lui a rien dit non plus
A vous voir, on a du mal à croire tout ce que tu m’as raconté, tout ce qu’il t’a fait…
Soupir
Je lui raconte alors ce qu’il n’a pas vu. Tour à tour, dans la cuisine, la sale de séjour, la chambre, à chaque fois que j’étais loin de Claude ou de mon amoureux, La Mère, Le Père et Jenny m’ont raconté que Claude fuyait se femme, qu’elle lui a fait de la sorcellerie, qu’il n’est plus le maître chez lui, quelle lui fait des scènes de jalousie et le poursuit partout où il va, d’ailleurs elle aussi arrive en France demain, mais c’est pour embêter Claude et patati et patata…Toujours les mêmes histoires qui reviennent, toujours des personnes ensorcelées, sans défense, perdues et qui ont besoin d’aide. J’ai grandi dans ce discours répété à l’infini, parfois il ne me touche plus.
- Je pourrais leur rappeler que Claude est en France pour marier sa fille, celle qu’il a eu avec sa maîtresse. Si sa femme légitime le poursuit et le harcèle, c’est peut-être qu’elle ne se résigne pas à être une femme trompée et résignée qui ferme les yeux sur les incartades de son mari. Qu’il est tout à fait légitime pour une femme de se révolter si son mari passe son temps à courir les femmes. Qu’on peut se révolter sans être une adepte de la sorcellerie…Mais à quoi cela servirait-il puisqu’ils ne l’entendraient pas ?
- Ouais
- C’est vrai j’aurais pu rappeler au Père que j’étais censée être un être asexué, programmé pour faire des études et accomplir mon devoir mais bon, je n’avais pas envie de m’énerver alors oui j’ai fait semblant. Oui, c’est vrai, je reconnais que je suis rentrée dans leur jeu parce que moi aussi j’ai donné l’apparence d’une famille unie mais j’ai eu la certitude pendant cette journée que Les Parents et Jenny étaient irrécupérables. Je ne leur confierai jamais notre fille mais je ne peux rien contre leur folie. Il ne sert à rien de leur tenir un discours rationnel. Toute leur vie, ils continueront à aller voir des voyants. Ils rencontreront d’autres Tita, d’autres Rebecca, d’autres Bernard, d’autres M. Casimir et je n’y pourrais rien. Tout ce que je peux faire, c’est de prendre de la distance avec eux. Je les vois une à deux fois par an et c’est bon. Après j’essaie de vivre avec mes séquelles. C’est pour cela que je vois un psy.
- Ouais
La conversation s’arrête. Il est tard, demain nous nous levons tôt. Je ne suis pas dans une période de révolte. Cela viendra après. A nouveau l’orage grondera et je crierai à la Sainte-Famille sa vérité. Je la mettrai en face de ses péchés, de ses horreurs. Mais pour le moment, à quoi bon ?
Publié le 24/01/2008 à 12:00 par familysecret
La puce est couchée. Je ne sais pas comment en discutant avec mon amoureux, les souvenirs me reviennent. Bendix. C’est la marque du lave-linge que La Mère a eu durant 14 ans jusqu’à ce qu’il rende l’âme. Le Père ne voyant pas l’intérêt d’acheter un nouveau lave-linge alors qu’il y a 4 filles à la maison et une épouse, mes soeurs et moi avons passé nos samedis après-midi à faire « la lessive. » Plus jeunes nous étions trois : La Mère, Corinne et moi les deux plus âgées. Puis petit à petit, nous avions en charge nos propres vêtements, La Mère se réservant celui du Père et le sien. Penchée sur la baignoire, frotter, frotter, frotter. Ne pas faire attention aux mains qui s’effritent, il y’a de la crème pour ça. Les jeans, les pulls, les chemises, les sous-vêtements, nos vêtements démodés doivent être propres sous peine de subir les foudres de La Mère. Ne pas penser aux boums où se trouvent les élèves de ma classe, ne pas penser à la brunette qui la veille, toute excitée a tenu à me raconter qu’elle aurait aujourd’hui son premier RDV avec le beau brun « trop mignon ». Oublier qu’il y’en a trois qui à cette heure font la queue pour aller voir le dernier film dont tout le monde va parler pendant les inter cours. Non, frotter, frotter, frotter.
Tandis que je continue à parler, je vois le visage de mon amoureux se fermer. Ses yeux se baissent comme lorsqu’il est très ému. Il m’écoute en silence et ne dis rien. Je sais qu’il souffre pour moi. Ce n’est pas cette anecdote en particulier. C’est tout l’ensemble. Tout ce que je lui ai raconté avant, ce que je lui tais et ce qu’il me reste encore à lui raconter. Il découvre au fil des années que derrière mes diplômes se cachent un passé particulier. C’est plus fort que moi je continue à parler, j’ai besoin de lui dire.
Je suis à l’école élémentaire. Je présume que cela est tombé sur moi tout à fait par hasard Chaque semaine, n’importe quel jour, Le Père aboie « Pierrette, je t’ai préparé une lessive de chaussettes ! ». J’ai la responsabilité de laver les chaussettes du Père dans une bassine et de les faire sécher. C’est sa grande fierté. Il faut le voir comme il est heureux lorsqu’il raconte qu’il n’a jamais de problèmes de chaussettes car Pierrette s’en occupe. Je ne peux rien dire quand il raconte à qui veut l’entendre que c’est pour me faire plaisir qu’il agit ainsi, que je suis fière et ravie de laver ses chaussettes. Je n’ai même pas 10 ans. Je n’ai pas le droit de le contredire, je n’ai pas le droit de parler en sa présence. Je n’aime pas laver ses chaussettes et mon grand plaisir serait d’avoir une maison de poupée, une poupée Barbie avec sa caravane. Pour cela j’ai mes rêves tous les soirs.
Publié le 09/09/2007 à 12:00 par familysecret
Mes vacances sont finies. Je ne les ai pas vues passées. J’ai passé toutes les matinées à envoyer des candidatures spontanées. Je n’ai jamais eu de chance avec les réponses à annonce. J’ai écrit un peu au hasard, sans vraiment trop y croire. Qui ne tente rien… Cela m’a pris d’un coup, enfin pas tout à fait. A cause de l’incompétence de ma bien-aimée chef, j’ai senti juste avant mon départ que des tensions allaient naître. Il faut dire que c’est de ma faute, j’ai osé dire non, alors que d’habitude je fais partie des bénies oui-oui de la boite.
Ma chef chérie est partie en vacances et a laissé le service s’organiser tout seul. Résultats : certains en ont profité pour ne pas prendre leurs responsabilités et ce sont les grosses connes de service habituelles qui se sont retrouvées avec le travail des autres à faire. Par définition, une grosse conne de service est une « merde », elle n’est donc pas seulement au service des autres, elle est là aussi pour que les autre se défoulent sur elle. Mon service est celui des grosses connes parce que ma bien-aimée chef l’a voulu ainsi. Cet été, avec mes collègues nous avons donc assumé des taches qui ne relèvent absolument pas de notre compétence. Grand sourire, « Merci, vous êtes mignonnes ». Sauf qu’à un moment, moi j’ai refusé d’assumer des choses qui ne relèvent pas de ma fonction et dont les conséquences peuvent être catastrophiques si elles ne sont pas faites correctement. J’ai donc transféré un travail vers la personne la plus compétente pour le faire, d’autant plus que cela correspondait à sa fonction et donc à ce pourquoi on la paye. Que n’avais-je fait là ! Crise d’hystérie de part et d’autres. En effet, j’aurais du avant de renvoyer vers les personnes concernées, commencer à faire un travail préliminaire ! Je n’étais pas présente lorsque toutes les crises ont eu lieu mais peu importe, j’ai fini par faire la mienne. J’ai dit à tout le monde d’aller se faire foutre. Regards compatissants, tout le monde a cru que c’était l’heure de ma piqure et qu’après un peu de vacances, je reviendrai à la raison. Cela m’a énervé encore plus de les voir avec leur peti air compatissant du genre, « alors ça va mieux, cette petite colère ? On a un gros chagrin, hein ? » Pour mon plus grand bonheur, mes collègues m’ont n’ont seulement soutenue mais aussi suivie. Elles ont fait part de leur malaise et l’impression de non-reconnaissance de leur métier et spécificité. En attendant, jusqu’à ce que je parte en vacances, j’ai refusé de faire le travail des autres et ce sont mes malheureuses collègues qui se sont partagé le travail. L’avantage dans tout cela c’est que cela m’a donné du courage pour recommencer à chercher du boulot. Tous les jours, je trouvais une adresse. Je ne me pose plus de questions car à cause de mon manque de confiance en moi, je risque de m’autocensurer. J’ai donc refait mon CV qui datait un peu et fais des lettres plus « souples », moins stéréotypées que celle que je fais d’habitude. Il faut que je me casse !
Mon retour de vacances, n’a fait qu’accentuer mon envie de déguerpir. Bonjour l’ambiance ! Certaines personnes qui étaient en congés et qui sont revenues lorsque moi je suis partie me regardaient de travers et répondaient agressivement à mes questions. Connaissant ma super chef et son amour immodéré des conflits, je suis sûre que mise au courant de ma rébellion, elle a fait fonctionner le téléphone arabe et a commencé à colporter des ragots de bas étage. Alors que mes collègues le vivent très mal, moi je m’en tape ! Ras le bol de jouer les connes.
Ceci mis à part, rien de neuf au sein de la Sainte-Famille. Sauf peut-être pour un observateur extérieur.
La semaine dernière, La Mère m’a laissé un message sur le répondeur de mon portable me disant qu’elle était à la rue. Connaissant son aptitude à raconter les histoires comme bon lui semble, je ne l’ai pas rappelé. Pour faire court je vais faire un résumé des dernières aventures de la Sainte Famille. Je n’ai que très peu d’éléments car d’emblée, j’ai tenu à me protéger et par dessus tout à protéger ma puce et mon amoureux.
- La Mère part garder mes nièces, les filles de Raphaëlle, chez elles.
- Entre-temps, Jenny passe chez Les Parents et remarque avec surprise qu’elle n’arrive pas à ouvrir la porte de la maison avec sa clef. Elle part récupérer la Mère chez Rapahaëlle et la met au courant. De retour chez Les Parents, elles ne peuvent que confirmer que la serrure a été changée. Elles se retrouvent chez Jenny. La Mère appelle ses filles puis ses soeurs en Martinique.
- Une dispute éclate entre Jenny et Le Père au cours de laquelle, il lui aurait crié « TU ME FAIS CHIER, LAISSE MOI VIVRE MA VIE »
- J’ai un appel de Jenny sur mon portable. Elle a dit au Père que LUI la faisait chier, que c’était un gros connard et qu’elle savait ce qu’il nous avait fait. (Jenny qui continue à aller voir des « voyants » est persuadé que Le Père nous a fait, à nous ses trois filles, de la sorcellerie. Il aurait « vendu » ses futurs petits-enfants au Diable pour être riche. Les difficultés qu’a eu Corinne pour tomber enceinte auraient ce pacte pour cause. Le sortilège aurait été annulé grâce aux rituels que Jenny a suivi il y’a quelques années. MOUAIS !...)
- Après quelques jours, Le Père appelle la Mère sur son portable. Il lui dit qu’Il ne va pas bien en ce moment mais qu’en aucun cas il ne veut la mettre dehors.
- La Mère a trouvé une explication au comportement du Père qu’elle a expliqué à Corinne. Depuis environ 1 an, le Père est en relation avec ses petits-enfants, ceux de la Femme des Antilles. La Mère le supporte très mal et ne manque pas de lui faire des scènes. Le Père n’en a cure et leur fait 1000 et 1 cadeaux plus ou moins onéreux. Le connaissant, je suis sûre qu’il essaie de leur faire croire qu’il est riche (peut-être aussi de gagner leur affection, de faire avec eux, ce qu’il n’a jamais réussi avec nous ?). Je les soupçonne eux de profiter de lui et d’espérer figurer sur son testament (Les pauvres !) Bref, deux des petites-filles ont rapporté à leur retour de vacances une bouteille (d’alcool ?) au Père. La Mère l’a supplié de ne rien en boire. Le Père ne l’aurait pas écouté, son ventre aurait gonflé et aurait été à l’origine de douleurs. C’est après cela qu’une envie soudaine de changer la serrure l’aurait pris.
Connaissant la névrose familiale, je sais ce que cela signifie. La Femme des Antilles est morte. Ses petits-enfants veulent se venger et donnent au Père une bouteille ensorcelée. Résultats : maux de ventre, comportement inexpliqué. J’en mettrai ma main au feu. Mon explication est la suivante : les injonctions de La Mère afin de ne pas boire le contenu de la bouteille offerte seraient venues confirmer le délire paranoïaque du Père. Oui, la bouteille est empoissonnée. Je la bois. J’ai mal au ventre (je suis certaine qu’il a réellement eu mal au ventre mais que c’est sa névrose qui aurait provoqué ces douleurs). Je suis mû par une force incontrôlable qui me fait faire n’importe quoi. Inutile de parler aux Parents, je connais suffisamment leurs sornettes.
Aux dernières nouvelles, La Mère aurait récupéré ses affaires. Elle aurait quitté le domicile de Jenny pour aller passer une semaine chez Raphaëlle qui stresse à l’avance à cette idée. Elle aurait déjà contacté Corinne pour la recevoir la semaine d’après. Je me demande si elle aura le courage de m’appeler.
Rien qu’une nouvelle crise comme bien d’autres dans le passé…
Publié le 05/06/2007 à 12:00 par familysecret
WE en "famille". La veille, comme d'habitude mes anciens souvenirs sont revenus me hanter. J'ai ruminé mais peu de temps. J'ai décidé que demain je montrerai mes photos d'enfance à mon amoureux. J'ai déjà fait plusieurs tentatives. Il y'a 6 ans, c'est lui qui a demandé à La Mère de lui montrer l'album familial. "Je ne sais pas où il est" a été la réponse. Je n'ai rien dit mais je connais suffisamment La Mère pour savoir que c'est faux. Plus rangée qu'elle, tu meurs. Parmi les nombreuses devises dont elle nous a bassinées : " Chaque chose a sa place et chaque place a sa chose". Elle sait parfaitement où est l’album photo mais elle a décidé de ne pas le sortir. Tout ça parce que lorsque nous étions adolescente, Corinne avait profité de l’absence de toute la famille pour prendre quelques photos et constituer son propre album. Malheureusement, nous n’avons jamais su de quelle manière, mais elle a perdu cet album quelques temps après. Des photos de nous ont donc disparu et pour La Mère qui est attachée à chacun de ses objets comme il n’est pas permis, c’est un véritable drame. Depuis ce jour, nous n’avons plus accès aux albums photos. Il y’a un mois, je lui ai demandé de me sortir cet album.
-« Je ne sais pas où il est avec Corinne qui l’avait pris »
- « Mais c’était y’a longtemps ça »
- Changement de conversation…
Je ne sais pas pourquoi mais ce WE, j’ai décidé que je le verrai. Je l’ai d’autant plus décidé que je sais que Raphaëlle y a eu accès. Je le sais puisque mon beau-frère m’a montré les photos qu’il a lui-même scannées. La Mère a décidé que Moi je ne verrai pas cet album. Pour arriver à mes fins, j’ai un plan imparable. J’appelle La mère la veille. Je lui explique tout naturellement que mon amoureux et moi souhaitons faire un album photo pour notre fille. La semaine dernière ma belle-mère a rapporté l’album familial et nous avons choisi des photos à mettre dans le futur album. Il ne manque plus que les miennes. Je prendrai l’album, je scannerai les photos et lui rendrai l’album.
- Tu peux prendre des photos
- (Surprise) Euh, non. Je veux juste les scanner
- Oh, mais tu peux les prendre
- Non, non. Je les scanne, et puis je te les rends, sinon ça va faire des trous dans l’album, ça fait moche…
Je suis surprise qu’elle ait accepté si facilement mais je la connais tellement bien. Je sais que la mettre en rivalité avec ma belle-mère va la faire réagir. Je sais qu’elle ne veut pas que ma belle-mère soit « la préférée ».
Le WE s’est bien passé. La Mère avait mis les petits plats dans les grands et comme d’habitude avait préparé trois tonnes de nourriture. Le Père n’a pas arrêté de répéter que ma fille était belle et que sur les dernières photos que je lui ai envoyées, elle est magnifique. Dans la bouche du Père ces paroles me laissent pantoise. Comme toujours, il a débité ces conneries sur la politique, sur les homosexuels, …Mon amoureux a tenté d’argumenter pendant que j’éclatais de rire face aux conneries du Père assénées comme La Vérité Suprême. Cela fait des années que je le laisse s’écouter parler. Je sais que cela ne sert à rien de discuter avec lui, tout ce qui sort de sa bouche est La Vérité.
A ma grande surprise, j’étais bien. Aucun mauvais souvenir n’est revenu à la surface. Ma puce a passé l’après-midi à gazouiller dans les bras de son Papy. Mon amoureux et moi avons félicité La Mère pour son repas excellent. Elle était comblée. Nous sommes repartis avec 2 albums et la promesse de nous revoir très bientôt.
La famille idéale, quoi…
De retour, nous avons regardé les deux albums photos. J’étais à la recherche d’une photo qui a malheureusement disparue.
J’ai 10 ans et demi et je commence donc à sortir peu à peu de l’enfance. C’est l’été et nous déjeunons chez tante Yeyette (surnom pour Marie-Henriette) la sœur de ma grand-mère. Corinne est partie en vacances chez son parrain. Comme d’habitude après le déjeuner, nous sommes assises mes deux plus jeunes sœurs et moi sur le canapé, silencieuses, la tête baissée. Nous avons été bien dressées, nous ne bougerons pas jusqu’au signal du départ. Je ne sais pas ce qui me prend, l’âge sans doute, je commence à parler avec mes sœurs. Tout doucement bien sûr. Encouragée par mon audace, elles me répondent et nous commençons une discussion à mi-voix. Au loin, j’entends tante Yeyette proposer de faire une photo et elle part chercher l’appareil dans une autre pièce. Toute à ma conversation, je sors une plaisanterie à mes soeurs et sans même nous rendre compte de ce que nous faisons, nous éclatons de rire. Cela ne dure qu’une seconde car à l’instant même où le premier son de nos rires retentit, Le Père rugit ivre de rage « TAISEZ-VOUS ! ». Je ne sais plus de quoi il nous menace car nous sommes comme paralysées. Je sens les flashs de l’appareil photo qui nous mitraillent. Je suis stupéfaite tandis que je ne peux que me dire « On n’a même pas le droit de rire !».
Je me souviens parfaitement de la photo « disparue » : nous sommes assises, toutes les trois la tête basse et Le Père nous a rejoint sur le canapé. Sa tête est tournée vers nous et son regard n’exprime que de la colère mélangée avec de la haine. Ce moment nous a tellement marquées, nous en avons tellement parlé, que Corinne en parle comme si elle l’avait vécu elle-même. A chaque fois, nous sommes obligées de lui rappeler qu’elle était absente et qu’elle passait des vacances avec son parrain. Il existe une autre photo de cette journée et que je retrouve dans l’album. Nous sommes toujours assises sur le canapé, encadrées entre nos deux parents. La Mère nous a rejointes. Tous deux sont tous sourire. Mes sœurs et moi en revanche avons peine à soulever nos têtes pour regarder l’objectif, certainement une demande de tante Yeyette. Nos yeux sont rouges de larmes contenues et notre regard…Quel horreur ce regard ! Le désespoir incarné. Toute la souffrance du monde se lit sur notre visage…
La famille idéale, quoi…
Publié le 17/01/2007 à 12:00 par familysecret
Des années de psychanalyse et toujours la même crainte d’affronter Le Père, de lui dire qu’il est fou, que ses histoires de « mauvais sort » sont des conneries, rien que le fruit de ses délires.
Jeudi, 10h00. Le téléphone sonne. Je décroche ? Allez, pas de panique ! A peine surprise c’est le Père.
- Allo, Pierrette ?
- Oui
- C’est moi. Ca va ?
- Ouais ?
- T’es occupée avec ton bébé ?
- Non, non
- Bon, euh…il faut que tu me donnes ta nouvelle adresse, pour faire livrer le frigidaire.
- Euh, ouais...
- Parce que ça sert à rien de faire livrer chez toi, si vous déménagez tout de suite après.
- Ouais
- Euh sinon… Je sais pas ce que tu as dit à ta maman hier, mais elle était tout en pleurs. Comme je sais qu’elle raconte que des conneries, j’ai voulu t’appeler pour savoir ce qui s’est vraiment passé.
- Je lui ai dit la vérité. Qu’on a été élevée dans l’idée qu’il fallait rester vierge jusqu’au mariage, ça vous pouvez pas le nier…
- Ah ouais, c’est vrai…
- Moi j’ai pas eu de jeunesse, j’ai…
- Ouais, mais d’après ce qu’elle m’a dit, tu dis que c’est nous qui sommes responsables de tous tes malheurs ( Ah, parce que c’est pas vous, peut-être ?). On a tous eu des malheurs ( = on a tous été victime de sorcellerie). Bon, moi j’ai souffert aussi et jusqu’à présent je souffre encore (= on me jette encore des sortilèges)
- Je ne souhaite à personne d’avoir la vie que j’ai eu ( = Je ne souhaite à aucun enfant d’être dressé et humilié , à aucune adolescente d’être cloîtrée, humiliée, et insultée, à aucune jeune femme de 20 ans d’être insultée, de se retrouver avec un cadenas entre les jambes, d’être possédée par un diable qui fait fuir tous les hommes devant elle et qui éveille la haine et l’agressivité de tous), je ne…
- Oh, y’a pire que toi…
- (QUOI ?!)Qu’est-ce qu’il y’a pire que de se retrouver à 20 ans avec un diable sur soi…
- Ooooh ! Si tu savais ce qui existe…Regarde la fille à D*
- Qu’est-ce qu’elle a vécue de pire que moi ?
- Ooooh ! Si tu savais…Y’a pire que toi !
- Qu’est-ce qu’il y’a de pire que ce que j’ai eu ?
- Si tu savais ! Moi, je vais de l’avant (Tant mieux, pour toi !). Bon, tu as ton mari, ton enfant…
- C’est pas eux qui vont me rendre ma jeunesse ! Ils vont pas me rendre…
- Ouais, je sais. Mais moi, je me plains pas. Quand je vois, les gens qui sont dans le froid, là avec leur tente, je me dis que j’ai de la chance d’avoir un toit…
- Le bonheur n’est pas qu’une question matérielle ! Y’a des tas de gens qui vivent avec peu de moyens et qui sont heureux !
- Ha ! Tu peux aller dans tous les pays du monde, si tu vois des gens qui ont pas à manger et qui sont heureux, tu me les présentes !
- Tu crois que les gens qui sont dans le 16ème, ils sont forcément heureux ?, Tu crois qu’il y’a pas de suicides chez eux ?
- Ouais, je te dis pas non. Mais, bon, moi je te dis, je me plains pas. C’est l’hiver, j’ai un toit…
- Je…
- ECOUTE MOI !
- (Je me tais. Je redeviens la petite fille dressée et soumise)
- Moi ce que je te dis, c’est que d’après ce que ta mère m’a dit, tu nous rends responsable de tous tes malheurs. (Mais bien sûr ! Vous êtes plus qu’innocents, vous êtes des victimes !) Dans la vie, il faut aller de l’avant.
- Je peux pas aller de l’avant ! Je vois un psychanalyste deux fois par semaine. Jusqu’à présent, quand je suis toute seule, je dors avec la lumière allumée ! Jamais j’oublierai ce que j’ai vécu !
- (Court silence surpris et gêné, mais le Maître se reprend très vite)Oui, tu peux pas oublier d’un coup de crayon, c’est sûr. Mais moi je vais pas pleurnicher auprès des gens (= le psychanalyste). Je raconte pas ma vie aux gens ça les regarde pas !
- Et, ben moi je raconte ma vie à tout le monde. Il est hors de question que je mente et que je raconte que j’ai eu une super vie ! Parce que c’est pas vrai !
- Tu fais ce que tu veux. C’est pas parce que je le fais pas que tu peux pas le faire, mais je te dis que moi, je vais pas pleurnicher auprès des gens.
- Et ben, moi je ne mens pas.
- Il faut pas envier tes belles-sœurs…
- Mes belles-sœurs ?
- Ouais, quand elles te racontent leur jeunesse. Bon, t’as pas eu tes 20 ans, bon…mais moi je me plains pas, j’ai un toit…
- Je suis la seule à savoir ce que j’ai vécu. Personne ne sait ce que c’est que…( Mon bébé commence à pleurer)
- Ouais, mais moi, tu ne sais pas ce que je vis avec ta mère. Je ne raconte ma vie à personne, mais moi seul, je sais tout ce que je subis ( C’est ça, t’es une victime, t’as vraiment pas de chance, mon cher)…
Blablabla sur ma mère et les persécutions qu’elle lui fait subir. C’est sans doute vrai mais c’est réciproque. Tous les deux ont toujours eu des relations sado-maso. L’un adore faire souffrir l’autre, et chacun adore se faire passer pour une victime. Mon bébé continue à pleurer et ses larmes se transforment en cris.
- Ouais, mais bon…Bon je te laisse. Je l’entends qui pleure, elle a dû bien grandir.
- Ouais, je l’ai emmenée chez le médecin il y’a 15 jours…
La discussion reprend sur un mode conversationnel. Nous arrêtons lorsque les cris de ma fille couvrent nos voix. Je suis à la fois soulagée de ne pas avoir définitivement rompu les liens, et en colère contre moi de ne pas avoir vidé mon sac.
J’en ai encore pour des semaines à ruminer.
Publié le 14/01/2007 à 12:00 par familysecret
Mes parents sont fous. Complètement tarés. Je le sais, ce n’est pas un scoop. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’être estomaquée à chaque fois que je me rends compte de la profondeur de leur pathologie.
Mercredi 12h00. Ma mère m’appelle. Nous parlons pendant plusieurs minutes de ma fille et de ses progrès. Des cadeaux sont chez elle pour ma puce, offerts par mes sœurs et les anciens collègues de mon père. La conversation est joyeuse, nous parlons de choses et d’autres. A un moment, ma mère en arrive à parler des parents qui veulent garder leurs enfants pour eux et qui ne supportent pas de les voir avec des copains/copines, fiancés, amants, petits amis, etc. En un éclair, je la revois me répétant, alors que je suis une jeune collégienne complexée par son acné, sa taille, sa maigreur, son absence de féminité, la laideur de ses vêtements,… « Si tu vas te coucher avec un garçon, il va pas t’épouser », « De toutes façons, si tu vas te coucher avec un garçon, ton papa verra ça », sous entendu ses voyants le lui diront. Ma mère ne sait pas dire « coucher avec quelqu’un », elle répète inlassablement « se coucher avec quelqu’un ». Grâce à ses bons conseils de mère, j’ai grandi avec l’idée qu’avoir des rapports sexuels avant le mariage est le dernier des crimes, la pire infamie pour une fille. Pendant des années, j’ai laissé mes parents jouer aux parents cools, modernes, offusqués par les parents qui ne laissent pas de liberté à leurs enfants. Je les ai laissé faire leur petit numéro sans rien dire. Mais là, je ne sais pas pourquoi, la conjoncture de la lune sans doute, je décide de réagir.
- « Et nous, tu crois qu’on pouvait sortir avec des garçons ? »
- (ton offusqué) Je ne n’ai jamais empêché les garçons de t’appeler, quand même !
- (C’est ça, bien sûr !) Et quand j’avais un diable sur moi, qui les faisait fuir, je suis restée 3 ans comme ça !
- (gênée) Oui, je sais, je sais…Mais moi, je n’étais pas au courant de ça…
- Ouais, je sais, pas…
- Et ben mon dieu !... (voix faible), jamais, je n’aurais mis un diable sur mon enfant (plainte pleurnicharde)
- (culpabilisée mais ferme) Je ne t’ai pas dit que c’est toi qui m’a fait ça ! Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit !
- Je sais, je sais,… (sanglot étouffé), mais là, tu vas me faire passer une mauvaise journée (sanglot), moi je vais en réunion de prières, j’essaie d’aller de l’avant…
- (de plus en plus culpabilisée, mais ferme) Ben moi, je peux pas aller de l’avant ! Je peux pas oublier ce que j’ai vécu ! Quand j’entends les gens parler de leur jeunesse, me raconter ce qu’ils faisaient à 20 ans avec leurs copains, moi je peux pas aller de l’avant !
- Je sais, je sais,…
- Bon ! Je t’ai pas dit que c’est toi qui m’a mis un diable !
- Je sais, j’ai tout entendu, j’étais au courant de trucs,…
- (La voix de mon père) : Passe la moi !
- Qui c’est qui m’a fait ça ?
- Je sais, je sais,…
- Non, mais dis le ! Tu vois, tu veux pas le dire !
- Tu veux me faire dire des choses…
- (Mon père) Mais passe la moi !
- (Entre 2 sanglots) Bon, je te laisse…Je vais faire du poisson,…euh…on se rappelle, et on se voit la semaine prochaine…
- Ok, salut !
Je passe l’après-midi à culpabiliser. Pour moi tout est consommé, je viens de signer la rupture définitive avec mes parents. Tant pis, pour le frigo-congélateur que mon père voulait nous acheter pour notre déménagement. Après tout nous ne lui avons rien demandé. Et puis, je n’ai jamais eu l’intention de laisser ma fille à ma mère pour qu’elle la garde…Mon amoureux m’appelle. Je lui raconte tout. Il me console en me disant que j’ai bien fait de dire ce que je pense. Que je n’ai pas à culpabiliser, qu’après tout nous sommes des adultes, et que nous pouvons nous débrouiller seuls, de toutes les façons, je ne suis pas seule, je l’ai lui, nous avons notre fille, j’ai mes sœurs qui ont soufferts aussi,…Il me conseille de sortir, de voir un film, de mettre pour une journée la préparation du CAPES de côté. Ces mots ne durent que quelques minutes mais ils me remettent debout. Je n’ai plus beaucoup de force mais je suis debout. Entendre le son de sa voix est déjà un réconfort.
J’ai réussi à manger. J’appelle ma sœur aînée. C’est mon beau-frère qui répond. Corinne n’est pas là. Un message ? Elle me rappelle ? Oui, qu’elle me rappelle. Le téléphone sonne dans l’après-midi. Serait-ce mon père ? Je ne réponds pas. J’attends quelques minutes puis tape mon code pour accéder à l’écouteur. C’est Corinne. Je la rappelle et lui débite ce qui vient de se passer. Elle jubile. Cela va faire 7 ans, qu’elle et mon père sont fâchés. A cause de son mari que mon père n’aime pas. Il est en effet persuadé que mon beau-frère a ensorcelé ma sœur pour pouvoir l’épouser. Cela va faire 4 ans qu’elle s’est réconciliée avec ma mère mais la rancune est latente. Encore une fois nous ruminons sur notre passé et remuons toute notre souffrance. Je raccroche exténuée.