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Nom du blog :
familysecret
Description du blog :
Derrière la famille idéale, mon enfance dans le monde de la sorcellerie, du vaudou, de la folie
Catégorie :
Blog Paranormal
Date de création :
11.10.2006
Dernière mise à jour :
04.01.2009

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Le diable est possessif

Posté le 22.06.2007 par familysecret
Quand en ai-je pris conscience ? Cela m’est apparu tout à coup dans le métro. J’étais assise sur un strapontin lisant un livre quand je m’entends penser « C’est ça allez vous-en, allez loin. Allez loin de moi, comme si j’avais la gale, comme si j’étais une pestiférée ». Ceci est adressé aux autres passagers qui cherchent à s’asseoir le plus loin possible de moi alors que trois places sont libres à côté de moi. J’ai l’impression d’être une SDF à l’odeur pestilentielle. Je réalise au moment où je pense ces phrases que c’est vrai, depuis quelque temps il semble que les gens s’éloignent de moi. C’est comme si un vide s’était fait autour de moi….

Plus j’y pense, plus je réalise ce que je vis depuis des semaines. Ce vide ne concerne pas que les passagers du métro mais particulièrement les garçons et les hommes. Certes je n’ai jamais été une tombeuse. Certes, comparée à la belle Jessica mon « charme naturel » et ma « capacité de séduction » n’ont jamais été débordants, bien au contraire. Mais tout de même! Les dernières fois où je suis allée en boite de nuit, pas un garçon ne m’a invitée à danser. Pas un. Cela ne s’est pas produit une seule fois mais à chaque fois. Pendant les séquences Zouk Love, alors que généralement je ne mets pas longtemps à trouver de cavaliers, j’en refuse même, j’ai vu passer tous les garçons devant moi sans s’arrêter, ni même me jeter un regard. J’étais carrément inexistante et j’ai dansé seule toute la soirée. Je vais en boite de nuit pour passer la soirée seule, pour n’échanger avec personne. Je ne le réalise qu’à ce moment-là, assise sur mon strapontin.

Parallèlement à chaque période menstruelle, le même événement se déroule. Au beau milieu de la nuit, alors que je suis endormie, mes oreilles commencent à bourdonner. Puis je sens qu’un poids pèse sur moi, que des bras m’enserrent. Je me débats dans mon sommeil mais je ne suis pas assez forte. Je résiste tant que je peux. Je suis presque éveillée et je sens ces bras puissants et pleins de poils broussailleux qui tentent de m’immobiliser. Je hurle mais mon sommeil alourdit mes cris qui au final ne ressemblent plus qu’à de faibles gémissements. Je me réveille en sueurs et allume la lumière. Je suis seule dans la chambre depuis que Corinne est partie vivre avec son ami. J’ai peur de me rendormir car je sais que tout va recommencer. Instinctivement j’ai relié cela avec le désert de ma vie sentimentale et le dégoût que j’inspire aux hommes. Instinctivement, me reviennent en mémoire ces histoires où des femmes envoûtées ont hérité d’un diable pour mari. Je me souviens que la particularité de ces femmes est d’être restées seules toute leur vie car le diable parait-il, est très jaloux. Je parle à La Mère, je raconte que certains soirs je sens qu’on me touche. Elle me répond avec ses faibles moyens. Le truc pour ne plus être visité par des mauvais esprits : dormir avec une culotte portée à l’envers. Ensuite, ne pas m’inquiéter si la Femme des Antilles, nous envoie des démons, Les Mystères sauront la faire rester tranquille. La recette de la culotte ne sert à rien et je ne fais pas confiance aux Mystères. Je commence à les soupçonner d’être à l’origine de l’horreur que je vis, même si aussitôt je chasse ses pensées de mon esprit.

J’ai arrêté mes études en juin après avoir obtenu ma licence et après avoir été contrainte et forcée de quitter Robin. Je continue à cumuler mes boulots d’étudiante. Je ne cherche pas vraiment un vrai travail, rien ne m’intéresse. Je n’ai envie de rien. Je vais au cinéma toute seule, au restaurant toute seule, je voyage toute seule, je suis partout toute seule. Curieusement, La Mère ne craint plus que je perde ma virginité. Lorsque je commence à voyager et même toute seule, elle me dit « Tu as raison, sors, profites-en ». Qu’est-ce qui lui prend ? Elle a vu mes yeux tristes, elle sait que je me morfonds et tente de me réconforter. Bizarre, elle qui d’habitude aime à se moquer de ma mélancolie. Il me reste encore quelques amies qui sont ravies il est vrai, d’attirer tous les regards. Elles me font bien comprendre d’ailleurs par sous-entendu qu’elles, elles sont mignonnes puisqu‘elles se font draguer, tandis que moi…Rien ne peut les rendre plus heureuses que de m’avoir pour amie. On sort et tous les regards se portent sur elles. Moi je n’existe pas, je suis invisible, au mieux je réveille l’agressivité des hommes. Quoi de plus agréable pour des filles de 22 ans que d’avoir un boudin comme copine ?

Je suis soudainement prise d’une crise de ménage. Je range ma chambre, mon bureau, mes tiroirs. Le Père rentre et s’assied sur le lit de Corinne. Il me parle d’une voix douce que je ne lui connais pas.
- Pierrette, tu as arrêté tes études, mais pourquoi tu les reprends pas ? Tu essaies 1 an, 2 ans, ce serait plus facile pour toi, pour trouver du travail après.
- Ouis, justement, j’avais pensé…
Et là, soudainement, je me mets à lui parler de mes projets. Ce à quoi je pense depuis quelques temps. Oui je vais reprendre mes études et blablabla, et blablabla…C’est la première fois que je parle au Père, la première fois que j’échange des phrases entières avec lui. Lui, Le Maître. Je lui dis ce que je pense, ce que je souhaite, …Je m’épate moi-même. Il a l’air satisfait et il conclut la conversation en me disant « Bon, je te conseille de reprendre tes études… », Histoire de dire que la reprise de mes études vient de lui.

La Mère passera des semaines à me répéter « Ton papa est très content d’avoir discuté avec toi. Il est très satisfait de votre conversation »

Tu parles !

Au commencement était …

Posté le 20.06.2007 par familysecret
J’ai 22 ans. Je suis assise sur le canapé, mon plateau déjeuner sur les jambes. Ma mère est debout en face de moi. Où sont mes sœurs ? Je n’en sais rien, mais il me semble que Le Père se trouve chez Tita. Comme à son habitude, ma mère n’arrête pas de jacter, peu importe le sujet, de toutes les façons elle ne parle que pour le plaisir de s’écouter parler. Je termine péniblement mon assiette : des pommes de terre et du choux, j’ai déjà mangé la viande. Je suis repue et hésite à finir mon assiette. Tout à coup, je sens une drôle de sensation dans mon ventre. Il est gonflé depuis quelques secondes et je pense que c’est parce que j’ai trop mangé. Mais cette sensation là est étrange. C’est comme un énorme gaz, mais ce n’est pas un gaz. Comme une présence étrange en moi mais légère. Puis la chose descend légèrement, en deux temps. On dirait que mon ventre fait un rot. Ma mère, s’est aperçu de ma surprise et de mon geste resté en suspens. « Tu as tellement mangé, tu ne sais pas comment terminer ». Je ne réponds pas, je me sens étrange.

Quelques jours après, je suis dans ma chambre, allongée sur mon lit. Je me lève et commence à monter les marches des escaliers. Je sais que La Mère et Jenny sont en train de discuter dans la salle de séjour. Je ne sais pas de quoi elle parle mais je veux les surprendre. Je sais qu’elles ne seront pas ravies de me voir. A mi-chemin, je les aperçois. Au moment où elles tournent leur tête pour me regarder, je sens une main qui me tapote la tempe, en même temps qu’une voix d’homme me demande un peu irritée « Pourquoi tu dis ça ? Hein, pourquoi tu dis ça ? »…
Je me réveille en sursaut. Le rêve en lui-même n’était pas effrayant, mais cette présence ! Cette voix dans mon oreille, et cette main qui m’a touchée. C’était réel, je le sens, je le sais, et ça me fait peur. Je reprends mon souffle et tente de me calmer. Je me rendors assez vite…Je n’ai pas encore commencé à rêver que cela recommence, cette main qui tape sur ma tempe. Cette fois je n’ai pas entendu de voix mais je me réveille à nouveau. J’allume la lumière, j’ai comme l’impression que je n’arriverai pas à dormir. J’y arrive pourtant. Je me lève peu après à l’heure habituelle. Une longue journée m’attend entre mes cours et les petits boulots que j’accumule pour payer mes études moi-même, pour que les vêtements que je porte soient à moi, pour que la nourriture que je mange soit payée avec « mon » argent,…

Quelques jours plus tard, je raconte mes aventures nocturnes à La Mère. Comme elle a toujours réponse à tout, elle me répond que se devait être un Esprit mauvais mais que Le Mystère va s’en occuper.

C’est bon, je peux dormir tranquille.

Histoire pour enfants

Posté le 19.06.2007 par familysecret
Mes terreurs nocturnes ont commencé alors que j’étais très jeune. Lors des réunions familiales, j’entendais les membres de ma famille parler de mauvais esprits, de dorlis, d’hommes usant de sortilèges pour séduire l’objet de leur désir. La méchanceté de certains pouvait aller jusqu’à consulter une personne compétente pour empêcher untelle de se marier. Cela consistait à lui donner pour « mari » un diable ou esprit. La personne possédée voyait ainsi tous les hommes fuir devant elle et se retrouvait vieille fille sans trop savoir pourquoi. Chacun des membres de la famille y allait de sa petite histoire, se rappelant que la fille de Mme untel, ou le mari de telle personne avait vécu tel événement. Mes sœurs et moi écoutions en silence ces histoires de grandes personnes, mi effrayées, mi-fascinées.

Quelques histoires qui ont bercé mon enfance :
Un homme était pécheur. Parfois ses filets étaient remplis de poissons, parfois non. Afin que sa pèche fut toujours bonne, il décida un jour de vendre son âme au diable. Il fit un pacte avec ce dernier. Sa récolte serait toujours excellente, mais à une date précise, il devrait se rendre à l’endroit habituel où les poissons se regroupaient. Ce jour-là, son âme appartiendrait au diable. Ainsi fut fait. Du jour au lendemain, l’homme devint un homme aisé tant il péchait du poisson. A la date prévue cependant, il ne se rendit pas au RDV et depuis il ne regarde jamais en direction de la mer mais tremble au moindre murmure.

Trois hommes avaient ouvert une entreprise de transport. De la même manière, ils vendirent leur âme au diable. Ils devinrent vite très riches. Ils furent découvert un beau jour au bord d’une plage, un léger trou dans la tête et complètement vidé de leur sang.

Un groupe de filles, des adolescentes se promenaient lorsqu’elles rencontrèrent un homme âgé un peu handicapé. Elles commencèrent à se moquer de lui. Dans le groupe des filles, s’en trouvait une très belle, la plus belle fille de tout le quartier. Elle seule ne riait pas, se tenant un peu à l’écart. Pourtant à cause de sa beauté, c’est elle que le regard du vieil homme retint. « C’est la dernière fois que tu te moques de quelqu’un » lui dit-il. « Mais, je n’ai rien dit », protesta t’elle. Rien n’y fit. Elle se leva un matin avec un pied plus petit que l’autre, un pied de la taille de celui d’un enfant.

...

D’où sortaient-ils ces histoires ? Aucune idée. Quoiqu’il en soit, ils n’avaient pas l’air de se rendre compte de l’effet que cela avait sur nous. Aujourd’hui, ils ne me raconteraient plus ce genre d’histoire car ils savent que je partirai d’un grand éclat de rire.

Pourtant…

Adieu Robin

Posté le 18.06.2007 par familysecret
Je crois bien que ce fut un coup de foudre. Robin m’avait appelé pour une soirée. Je ne sais pas ce qui m’avait pris, j’avais demandé à Corinne de venir. Fidèle à lui-même, Robin était arrivé en retard à notre rendez-vous. Son regard quand il avait aperçu Corinne ! Et cette douleur qui m’avait tordu le cœur au même moment ! Le séducteur en lui n’avait pas pu résister. Nous avions froid Corinne et moi dans nos petites robes de soirée, et c’est vers ma sœur qu’il s’était tourné pour lui proposer sa veste tel un gentilhomme. Robin, Robin qui me demandait d’ouvrir mon porte-monnaie à chacune de nos sorties car d’après lui il avait des soucis d’argent. Robin qui me posait des lapins, ne m’appelait que pour accomplir son acte sur moi comme on le fait avec une p…Robin jouant les gentlemen ! Maladroitement, je lui avais pris le bras pour qu’il se rende compte que moi aussi j’avais froid. C’était inutile, je le savais bien. A nouveau je me sentais laide. J’avais passé du temps sur ma toilette, à me faire belle. Tout à coup, je me rendais compte que cela ne servait à rien. J’étais blessée, mon cœur saignait mais il ne le voyait même pas.

Nous sommes en bas de ma Cité. Que Robin m’appelle deux jours après notre soirée, cela m’étonne. Normalement, il n’aurait pas du me contacter avant plusieurs semaines, voire des mois. Peu importe, il m’a appelé, il est là dans mes bras, je suis heureuse. Toute à mon bonheur, je lui demande « T’es déjà tombé amoureux ? », « Je ne veux pas perdre mon temps à mettre une fille dans ma tête, moi la seule chose qui m’intéresse c’est mon avenir ». Vlan ! Dans la figure ! La première phrase qui me vient à l’esprit c’est « Hé ben, comme ça au moins c’est clair ! ». Je ne dis rien. J’avale ma salive, j’ai une grosse boule dans la gorge. Comme je sais le faire depuis mon enfance, je ravale mes larmes. Faire semblant. Toujours. Cacher ses sentiments. Je papote. En souriant je lui montre la fenêtre de ma chambre.
- C’est là que je dors (c’est là que je pense à toi le soir)
- C’est la chambre de Corinne?
- …Euh…c’est la mienne, c’est là que je dors
- C’est la chambre de Corinne?
- …
- Qu’est ce que Corinne t’a dit sur moi ?
- (Je m’énerve brusquement) Mais pourquoi, tu me parles toujours de Corinne ?
- Qu’est ce qu’elle t’a dit sur moi ?
- Rien
- Elle t’a dit quelque chose !
- Non
- Si. Elle t’a dit quelque chose !
- Elle m’a juste dit que t’étais sympa
Ses yeux s’illuminent comme devant une promesse de bonheur. C’est la première fois que je vois cela dans son visage, autant de lumière dans ses yeux. Je veux rentrer. Sa présence me devient tout à coup insupportable. Il accepte de mettre fin à l’entretien. Il n’a plus rien à me dire. Il me promet de me rappeler bientôt. Je sais qu’il ne le fera pas.
Il m’appelle 3 jours après. Je suis extrêmement surprise, presque heureuse.
- Bonjour, ça va ?
- Oui, ça va (Tu parles, tu m’as appelée mon chéri, je suis heureuse)
- Euh…, dis moi, passe-moi Corinne, je voudrais lui demander quelque chose
- Euh…Corinne ? Euh…
Je les laisse tous les deux au téléphone. Elle parle à mot couvert, minaude. Depuis qu’elle est toute petite, Corinne sait qu’elle est très belle et connaît l’effet qu’elle fait sur les hommes. Son plus grand plaisir est de séduire les copains des autres filles et particulièrement ceux de ses sœurs. Je sais qu’à côté d’elle, je ne peux pas rivaliser. Je sais qu’elle n’aura aucune pitié pour moi. Sa beauté, c’est son arme fatale. Je vais dans notre chambre. En ressort. Me rend dans les toilettes. Je n’ai pas le temps de refermer la porte, qu’il faut que j’aille boire un peu d’eau dans la cuisine. Sans le faire exprès, je passe devant Corinne qui m’appelle un grand sourire aux lèvres.
- Tiens y’a Robin qui veut te parler
Elle s’envole le cœur léger. Robin n’a rien à me dire. Par courtoisie, il prend congé de moi. Salut !

Une semaine, je me rends à son RDV. Un de ses copains nous y rejoint. Toujours sans gêne, Robin lui demande de nous inviter au Mac Donald, car lui n’a pas d’argent sur lui. « Ne t’inquiète pas, je n’ai pas très faim, je prendrai juste deux cheeseburgers et un Coca, et puis peut-être après un Sunday. Et toi, chérie tu prendras quoi ?» Un peu avant d’arriver au Mac Do, le copain lui murmure quelque chose. Robin éclate de rire « Ah, elle est tellement mignonne, wouah ! » Je sais tout de suite de qui il parle. Je ne dis rien et reste coite jusqu’au bout. Qu’est ce que je peux faire d’autre ? De toutes les façons, si je partais sur le champ, aucun des deux ne s’en apercevrait. C’est toujours très utile d’écouter les autres parler. Ainsi j’apprends que Robin se rend tous les jours au Mac Donald où travaille Corinne. Il ne lui parle pas mais la regarde travailler. Il la voit tous les jours, il se déplace rien que pour la regarder…

Mon père et moi sommes chez Tita. Le Père m’y a emmenée car je ne rencontre « que des gars qui sont des vauriens ». Il va tout arranger pour que je rencontre quelqu’un de bien. Je ne lui ai bien entendu rien demandé et surtout pas de s’occuper de ma vie privée, mais apparemment la décision émane des Mystères. Me voilà donc en train d’écrire le nom de Robin sur un morceau de savon de Marseille, d’accomplir des rituels pour le faire partir. J’ai ordre d’aller le voir le lendemain pour lui dire que tout est fini. Je suis désespérée. Le Mystère s’en aperçoit et me fait la morale.
- « C’est pour ton bien, de toutes façons, tu ne peux pas sortir avec un garçon qui va manquer de respect à ta sœur… »
(Mon cœur se serre. A quoi fait-il allusion ? Mes soupçons concernant son coup de foudre pour Corinne seraient-il fondés ?)
- « Tu vas rencontrer quelqu’un d’autre. Il aura le même niveau d’études que toi.
(Je m’en fous !)
Je rentre à la maison effondrée. On m’a forcé a quitté un garçon que j’aimais. Certes, il me faisait du mal mais je l’aimais. C’était à moi de décider quand et si je voulais le quitter. Je m’en fous de leur mec qu’ils sont en train de me chercher, je me fous de ses études. Je ne veux pas d’autres mecs que Robin. J’ai 22 ans, ma vie privée me regarde. Mais ce n’est pas moi qui décide. Le Père a décidé de ma vie, je dois m’exécuter.
Nous rentrons. Le Père raconte la séance à La Mère. Je l’entends rajouter : « Et puis il aurait commencé à faire de la sorcellerie aux autres pour coucher avec elles… » Robin a juste aperçu Jenny et Raphaëlle une ou deux fois. Ils n’ont échangé que quelques paroles polies. Il aurait fait de la sorcellerie à Corinne ? Je n’en crois pas un mot. Je ne sais pas encore mettre des mots sur la pathologie du Père. Je ne sais pas encore qu’il est malade. Je sais qu’il se trompe et que jamais Robin n’aurait utilisé la sorcellerie pour séduire Corinne.

Je la vois quelques semaines après. Corinne vit avec son ami depuis peu. Nous nous voyons de temps en temps. « Maman m’a dit que Les Mystères t’avaient fait quitter Robin, mais que t’étais pas trop contente de ça » Ainsi donc ma douleur se voit ? Je n’ai rien dit depuis que je suis revenue de chez Tita. Mon visage est fermé et je m’enferme dans mes rêves comme lorsque j’étais petite. Je recommence à secouer ma jambe droite et à me balancer d’avant en arrière sur ma chaise. Plus que jamais je hais mes parents.

La descente aux enfers a commencé. J’ai déjà commencé à souffrir. J’ignore encore ce que je vais subir.

La vengeance est un plat qui se mange froid

Posté le 15.06.2007 par familysecret
Je vais me venger. D’abord des Parents, de leurs méthodes de dressage et de leur cadenas. Ensuite de Robin. Il me délaisse, me prend pour sa pute, et ben il va voir. Le premier qui passe, le premier qui me demande, ce sera avec lui.

Ce sera Joseph, hélas. Rencontré au hasard au Forum des Halles. Il était assis sur une poubelle. Je l’ai vu détourner son visage pour me regarder. Puis il s’est levé, et m’a suivi. J’ai eu comme l’impression qu’il parlait tout seul. Il m’aborde et bientôt nous nous revoyons.Gros patapouf, aux dents cassées. Habillé comme un plouc. Idiot et inculte de surcroît. Les conversations avec lui sont difficiles. Toutes mes tentatives pour lancer un sujet de conversation sont ponctuées par les mêmes réponses « C’est mystique. C’est célesse » Célesse est le mot employé pour dire « céleste ». Même les sujets les plus basiques donnent droit aux mêmes réponses.

- …J’étais contente quand j’ai eu 18 ans, parce que je n’attendais qu’une chose : pouvoir aller voter
- Les acteurs c’est célesse
- ?????

- Au fait toi qui fais des études, j’ai vu un reportage sur les baleines
- Excuse moi, mais quel est le rapport entre mes études et les baleines ?
- C’est mystique, c’est célesse
- ????

Nous allons à l’hôtel et je crois tenir ma vengeance. La vérité est que Joseph n’est certainement jamais sorti avec une fille. Je m’en suis rendue compte dès la première fois où il m’a embrassé. Il était maladroit et j’ai détesté. Le problème est qu’il s’accroche à moi. Il me dit qu’il m’aime, qu’il veut m’épouser. Il me reproche de prendre la pilule car je « tue ses enfants » Il me parle de sorcellerie, me dit que s’il me veut, il lui suffit de lire certains livres. Plusieurs fois je l’ai surpris marchant derrière moi à réciter des choses en murmurant. Cela m’énerve et à chaque fois que je lui demande ce qu’il marmonne il répond inlassablement « Je t’aime ». Au bout de 3 mois d’une relation qui me dégoûte plus qu’elle ne satisfait mes désirs de vengeance, je décide de tout stopper.

- Ne me quitte pas !
- Excuse moi, je peux pas, t’es trop bête, je peux pas te présenter à mes amies, tu ne fais que répéter « C’est mystique, c’est célesse ».D’abord on dit céleste, ça veut rien dire en plus et puis ça me saoule.
- Ne me quitte pas !
- C’est décidé. De toutes façons, j’ai toujours été claire, c’est Robin que j’aime.
- Ne me quitte pas ! Ne me rend pas superstitieux !
- Grrrr !!!

2 jours après s’être fait plaquer, Joseph m’attend près de ma Cité. La rencontre tourne à la bagarre et pour finir, il m’administre une gifle magistrale qui m’envoie valdinguer sur le bitume.

Le sadisme de La Mère est à son comble. Je la sens toute excitée à l’idée qu’un homme ait pu me frapper. Il semble que ce soit Le Père qui ait été giflé. De rage, il prend aussitôt son téléphone et appelle Tita pour un RDV d’urgence. Le lendemain, La Mère m’annonce la nouvelle sous les yeux effarés de Raphaëlle: le sexe de Joseph va rétrécir. Il va se retrouver avec un sexe de garçonnet. D’après les dires des Mystères, il m’a ensorcelé. Il possédait avec lui, une bouteille dont il devait répandre le contenu sur ma tête afin de me « charmer ».

En attendant que son sexe ne rétrécisse, Joseph me harcèle. Dès que je sors, il est là à rôder autour de la maison, à la station de métro, à Beaubourg où je travaille mes cours… Le Père m’a donné une petite bouteille d’alcali que je dois lui jeter au visage. Je vais donc à l'Université avec cette bouteille dans mon sac, me retournant à chaque pas pour voir si le monstre est derrière moi. Un jour qu’il me suit, et me répète que nous allons tout recommencer à zéro, j’arrive à sortir la bouteille de mon sac. Il se méfie et retient ma ain. J’arrive à ouvrir la bouteille mais il a le temps de détourner son visage au moment où je lui balance l’alcali. « Dieu me protège, rien ne peut m’arriver. C’est parce que je prie beaucoup » me dira t’il un peu plus tard, non sans ironie.

Un an après, La Mère m’apprendra la mort de Joseph. Je sais qu’il est enterré en Martinique. 19 ans après je ne suis pas encore allée sur sa tombe. Souvent je m’imagine dansant au-dessus de son cercueil. Parfois je m’imagine ma raclant la gorge et envoyer un gros crachat sur sa tombe.

La vengeance est un plat qui se mange froid.

Tu auras ton temps

Posté le 13.06.2007 par familysecret
Petite fille j’attendais d’être adulte pour ne plus être humiliée et rabaissée par Les Parents. Pour ne plus entendre les crises d’hystérie de La Mère, pour ne plus subir le « dressage » du Père, pour avoir le droit de rire comme et avec les autres. J’étais persuadée qu’une fois le bac en poche, je pourrais sortir comme les autres jeunes de mon âge. Cela a été le cas en effet. Je suis allée au cinéma, au café, en soirée et même en boite de nuit ! La différence avec les autres, c’est que moi, j’avais un cadenas entre les jambes. Robin ou n’importe quel autre garçon pouvait bien me téléphoner, les Parents savaient que nous ne pourrons rien faire ensemble. Ils avaient raison d’être tranquilles, toutes les tentatives de rapports sexuels avec Robin échouaient. Pas de pénétration possible. Je savais que le cadenas fermé devant mes cuisses en était la cause. Je ne pouvais rien dire sous peine de révéler la vérité. Les Parents s’imaginaient que je me réservais pour le mariage. J’aurais bien eu envie de leur balancer à la figure que pour la couronne d’oranger le jour du mariage, ils pouvaient toujours aller se brosser, mais ils me terrorisaient toujours. J’avais toujours l’impression que sans eux je ne m’en sortirai pas. Leur lavage de cerveau pour nous rendre dépendantes d’eux avait bien fonctionné.

Un an a passé depuis que nous avons vu le cadenas se fermer devant nos cuisses. Nous nous trouvons chez Tita, je ne sais plus quelle nouvelle raison nous a emmenées là. Le Mystère regarde dans la bougie qui lui sert de boule de cristal. Il me demande de continuer à faire mes études, que de toutes façons je ne gagne pas assez d’argent pour payer le gaz, l’électricité,…Allusions sans doute aux phrases que Jenny et moi lançons à La Mère depuis notre adolescence…Tout à coup, il se met à parler par sous-entendu. De ce moment, de l’échange qui a suivi, je ne me souviens que de quelques bribes. Les images s’embrouillent dans ma mémoire mais le choc a été tellement rude que certaines phrases sont et resteront gravées dans ma mémoire pour toujours. Cela commence par une simple phrase en créole « On t’a cliqueté ». Je comprends tout de suite qu’il s’agit d’un cliquetis, et que ce cliquetis est celui du cadenas que j’ai entre les jambes depuis un an. Je me revois en train de dire « Et si, je rencontre quelqu’un ? », « Et ben, tu peux sortir avec lui mais il ne faut pas coucher avec lui », « Et si il me demande ? ». Je me revoie éclatant en sanglot devant Le Mystère, Le Mystère qui explique au Père silencieux qu’il est dur de retirer à une fille enceinte le fœtus qu’elle a dans son ventre. Je me revois dans la salle d’attente expliquant à voix basse, à Jenny et Raphaëlle qui attendent leur tour que nos soupçons étaient fondés, qu’il s’agit bien d’une ceinture de chasteté. Je revois Le Père marmonnant « Tu connais tous les sacrifices que j’ai fait pour toi! » Je revois La Mère stupéfaite de me voir en larmes pour quelque chose de si naturel.
- Je ne suis pas une vieille fille !
- Mais tu auras ton temps !
- J’ai 21 ans!
- Mais c’est pas pour tout le temps !
- Je m’en moque, je ne suis pas une vieille fille, je ne veux pas rester avec un cadenas !

Pendant deux jours, Jenny et moi nous nous appelons « Sœur Jenny » et « Sœur Pierrette », les bonnes sœurs du 20ème siècle. A chaque fois que nous croisons La Mère, nous prenons une attitude de religieuse remplie par l’Esprit Saint et nous ne nous exprimons qu’avec des paroles extraites des Evangiles. Je suis d’autant plus en colère que Noëlle m’a appris qu’elle venait d’emménager avec son copain Jacques. La Mère reste silencieuse. Elle n’en revient pas que nous n’acceptions pas d’être cadenassées. Elle a pourtant bien essayé de nous expliquer tout l’intérêt d’avoir les cuisses serrées. Jenny et moi nous nous y mettons à deux pour essayer de lui faire comprendre la raison de notre colère.

- On est au 20ème siècle, les mecs se foutent qu’une fille se réserve pour le mariage
- Au contraire, tu vas dire à un mec, « non, non, je veux attendre le mariage », il va te prendre pour une dingue, en moins de deux il va te larguer
- Ah, parce qu’aujourd’hui, pour être bien, il faut coucher avec tout le monde ?
- C’est pas parce que tu vis pas comme une bonne sœur que tu couches avec tout le monde !
- Aujourd’hui, Dieu merci, les femmes ont le droit d’avoir une vie sexuelle, tout comme les hommes. Il y’a eu mai 68 et la libération de la femme qui a suivi, l’année prochaine, on va fêter les 20 ans de 68…
- Mais moi, même si j’étais une jeune fille d’aujourd’hui, je ne me voyais pas aller me donner à un garçon
- Mais tu te « donnes » pas, pas plus que lui se donne. Tu dirais pas à un mec qu’il s’est donné à une fille !
- Et puis c’est ton problème, si tu veux rester vierge jusqu’au mariage, tu fais ce que tu veux, nous on veut pas !
- C’est pour vous protéger qu’on a fait ça. C’est pour empêcher que des bêtes viennent vous voir le soir.
- Je préfère encore me taper une bête !
- Ouais, moi aussi ! tu vas dire au Mystère de nous enlever le cadenas !
- Ouais, tu lui diras !
- D’accord, mais si le soir vous sentez une bête à poil qui vient vous toucher le soir…
- Pas de problèmes, j’adore les bêtes !
- Et moi les poils !

15 jours plus tard, Les Parents reviennent de chez Tita. Ils y sont allés pour autre chose, mais notre seule préoccupation est de savoir si La Mère a bien transmis le message.
- « Je n’ai même pas eu le temps de parler. J’allais ouvrir la bouche quand Le Mystère m’a dit : « J’étais présent dans la pièce quand elles parlaient. J’ai entendu tout ce qu’elles ont dit. Tout a été fait »

Hier encore, j’avais 20 ans

Posté le 12.06.2007 par familysecret
« J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie. » Paul Nizan.

Mes soupçons concernant Corinne et Ti-Pierre se sont confirmés. Un jour, Les Parents et Corinne partent tous les trois chez Tita pour une raison apparemment de la plus haute importance. Trois heures après, ils reviennent le visage plus fermé que jamais. Corinne en pleurs, va s’enfermer dans la salle de bain. Le Père comme à chaque fois qu’il est trop en colère pour insulter ou frapper, reste silencieux. Tandis que nous entendons Corinne sangloter derrière la porte, mes sœurs et moi ne disons rien. De toutes les façons, nous savons que La Mère étant incapable de tenir sa langue, nous serons bientôt au courant de la situation. Cela ne tarde pas en effet. Une semaine après, nous savons tout.
Comment l’ont-ils su ? Intuition ? Soupçons ? Les Mystères qui ont parlé ? Le RDV était destiné à faire avouer à Corinne sa relation avec Ti-Pierre. La Mère bouleversée, nous raconte que non seulement Corinne est sortie avec Ti-Pierre mais qu’en plus, ils ont eu des relations intimes. Le comble de l’horreur pour La Mère ! Une de ses filles a perdu sa virginité ! Effondrée, elle nous raconte que Ti-Pierre a volé une « poudre » à Tita avec laquelle il a ensorcelé Corinne. Elle nous raconte la voix larmoyante que Corinne ne pense qu’à mourir, qu’elle passe des jours à regarder ses veines et à répéter « C’est parce que je suis lâche ». La capacité de La Mère à inventer des scénarios et des dialogues débiles est impressionnante. Elle nous lâche en soupirant « Si elle a un copain, elle sera obligée de lui dire ça ». Nous n’essaierons pas de lui dire qu’aujourd’hui en 1987, les garçons n’exigent plus de leur copine d’être vierge. C’est Le Père qui s’en chargera un peu agacé, un jour où elle va lui faire sa complainte : « Mais non, mais aujourd’hui c’est plus comme ça ! »


J’ai 20 ans. 15 jours ont passé depuis que Corinne et Les Parents se sont rendus chez Tita. Le Père nous y emmène Jenny, Raphaëlle et moi sans aucune explication comme toujours. Même rituel de départ. Je rentre la première, l’ordre donné par la nature doit être respecté. Un Mystère rentre en Tita. Elle est assise face à moi, quelques centimètres seulement nous séparent. Cette fois je ne suis pas nue, je reste habillée. Apparemment, tout a été prévu et discuté à l’avance avec le Père. « C’est quatre ans, mais je peux le faire pour 7 ans », « Non, non, 4 ans ». Bien, qu’il ait précisé les années qu’il désire, Le Père semble inquiet. « Mais, si elle veut l’enlever avant, je le retire » C’est plus une interrogation inquiète qu’une affirmation. Il n’obtient pas de réponse, bien qu’il réitère sa question. Tandis que le Mystère chuchote des incantations, je reste debout en me demandant à quelle sauce, je vais être mangée. Le Mystère tend sa main, et je vois Le Père lui tendre un cadenas qu’il a sorti de sa poche. Le Mystère le promène devant mon ventre et mon sexe, tout en continuant à psalmodier des choses que je n’entends pas. Tout à coup, sa main s’arrête face à mon sexe et brutalement il ferme le cadenas. Je sursaute presque. Le bruit et le geste me font penser à une ceinture de chasteté. Je suis choquée mais je ne dis rien. J’ai 20 ans mais je n’ai aucun droit, mon corps ne m’appartient pas. « Voilà ». Le Mystère regarde Le Père presque en souriant, il est visiblement très satisfait. Je suis invitée à sortir, ce que je fais. Jenny et Raphaëlle rentreront après moi, chacune à leur tour. Mille choses tournent dans ma tête, je ne veux pas croire à l’horreur. Pas un mot n’est échangé sur le chemin du retour. Mes sœurs ont l’air aussi choquées que moi. Le Père reste impassible, le Maître a décidé nous avons obtempéré. La Mère quant à elle, a l’air plutôt sereine. Le soir même, nous en parlons toutes les trois entre nous. Nous avons eu exactement le même pressentiment : ce cadenas, n’est rien d’autre qu’une ceinture de chasteté, invisible pour le commun des mortels.

Un mois a passé. Je rumine, je m’interroge sur ce cadenas. Pourquoi ? Quel sens cela a-t-il ? Et surtout ces 4 ans, que signifient-ils ? Le jour comme la nuit, je ne fais que me répéter que ce cadenas n’est là que pour m’empêcher d’avoir des rapports sexuels et que je ne pourrais pas en avoir pendant 4 ans ! Je craque. Un beau jour je vais voir La Mère.
- C’est quoi, ce cadenas ?
Elle me regarde l’air menaçant, ma question l’énerve
- Quoi ?
- Le cadenas, qu’on a mis devant nos cuisses, c’est quoi ?
- C’est quoi ? Qu’est ce que moi, j’en sais ?
Je sais qu’elle ment, son énervement la trahit et le fait qu’elle refuse de me répondre augmente ma colère.
- J’espère que c’est pas une ceinture de chasteté !
Elle s’en va en criant en créole : Tu espères que ce n’est pas une ceinture de chasteté, tout ce qu’on fait pour toi, c’est pas du bien, c’est du mal, hein ?. Tout ce qu’on peut faire pour toi, tu n’es jamais contente!
Je ferme ma gueule. J’ai déclanché un cyclone mais je tiens ma réponse.

Robin m’a appelé. Il m’invite à une soirée. Comme toujours je réponds dès qu’il m’appelle. Cette fois il est présent au rendez-vous. Au cours de la soirée, il m’invite à sortir prendre l’air. Je sais ce qu’il veut et je vais lui donner. Il avise un fauteuil en rotin dans un des couloirs où nous nous sommes cachés. Comme toujours il n’est ni tendre ni délicat. Peu importe. Cette fois, il n’y arrive pas. Il n’est pas en cause. Il est bien excité et je suis prête à l’accueillir. Pourtant, impossible de passer le barrage de mon sexe. Il semble que quelque chose l’empêche de me pénétrer. Nous changeons de position. Nous insistons tous les deux pour des raisons différentes. Robin ne m’a appelé que pour ça. Moi, je veux savoir. Je veux savoir si mes craintes sont vérifiées. Au bout de plusieurs tentatives, il finit par lâcher :
- On arrête, puisqu’on n’y arrive pas

Il est déçu mais pas autant que moi. J’ai ma réponse.

Comme un garçon regarde une fille

Posté le 11.06.2007 par familysecret
Au plus fort de la tourmente, Le Père nous avait promis que lorsque nous aurions notre bac, nous aurions le droit de sortir. « Vous savez ce que c’est que des unités de valeur ? A l’université, vous avez des cours qui commencent à n’importe quelle heure, vous n’aurez pas besoin de vous levez tôt… » et La Mère de rajouter « Ton papa a dit qu’Il vous demande de passer le bac, après vous pourrez aller dans des boums,… » J’ai essayé une fois de lui expliquer que ce que j’ai envie de faire à 14 ans, je n’aurais certainement pas envie de le faire à 20 ans, rien à faire. J’ai donc laissé tomber, de toutes les façons, je n’ai pas le choix.

Ca y’est j’ai mon bac. En octobre, pour la première fois de ma vie, je sors et pour bien marquer le coup je vais en boite de nuit. Après des années au couvent, je tiens vraiment à marquer le coup. Je n’y vais pas seule bien sûr, j’y vais avec Jenny et Raphaëlle. Trois de nos amies nous accompagnent. Le fait que Jenny et Raphaëlle soient mineures et n’aient pas le bac, n’ont posé aucun problème, pathologie familiale oblige…Ce soir là, je rencontre Raymond , Guyanais, 1m87, beau muscle mais d’une laideur épouvantable. Il m’invite à danser, nous échangeons quelques mots et à la fin de la soirée nous échangeons nos numéros de téléphone. Il ne me plaît pas du tout, mais c’est la première fois q’un garçon me regarde comme un garçon regarde une fille. Raphaëlle aussi s’est fait un nouvel ami. A 19 ans, j’ai enfin mon premier baiser ! Après tant d’années d’attente ! Je revois Raymond régulièrement à chacune de ses permissions et nous échangeons une longue correspondance. A chaque fois, qu’il téléphone, La Mère se montre aussi désagréable qu’il est possible d’imaginer. Je sais que je n’irai pas plus loin avec Raymond car j’ai trop peur que les « voyants » ne le répètent au Père. Pourtant avec ma carte de sécu et ma mutuelle, je prends RDV chez la gynéco et me fait prescrire la pilule. Un jour, je l’oublie sur mon bureau. (Acte manqué ?) La Mère qui continue à entrer dans nos chambres pour vérifier si notre armoire et nos tiroirs sont bien rangés, tombe dessus. Elle va voir Corinne. »
- Corinne, Pierrette prend la pilule ?
- Non, non c’est en cours de biologie qu’ils lui ont donné ça, ils apprennent la reproduction
- Ah bon, parce que Les Mystères ne seront pas d’accord avec ça
Nous en rirons longtemps.
Au bout de trois mois, Raymond ne répond plus à mes messages. J’abandonne. J’ai joué à celle qui ne comprenait pas ses sous-entendus concernant une relation plus poussée. Comment lui dire que des Mystères répèteront tout à mes parents et que ces derniers n’imaginent pas que je puisse avoir une vie sexuelle à mon âge, et encore moins avant le mariage ? Raymond me répétait qu’il m’aimait et qu’il me trouvait belle, que j’étais grande, mince et qu’avec le physique que j’avais je devais avoir tous les garçons à mes pieds. Comment pouvais-je croire à de telles sornettes, moi qui étais persuadée d’être l’être le plus immonde de la terre ? Comment pouvais je comprendre que ses yeux n’étaient pas les miens, ni ceux de mes parents, ni ceux des collégiens et lycéens que j’avais côtoyé ?

Robin. Ah, Robin! Je vais avoir 20 ans. Rencontre au carnaval Antillais. Il en a 22. Maigre, et les deux incisives de devant manquantes. La peau grasse et les cheveux très secs. Je suis bluffée par son audace. Il m’invite à danser et m’embrasse le plus simplement du monde dès la 2ème danse. Je sais aussitôt qu’avec lui je n’aurai pas peur que Les Mystères sachent que j’ai perdu ma virginité. Contrairement à Raymond, Robin ne m’appelle guère. Une fois de temps en temps. J’en souffre mais je suis tellement heureuse quand tout à coup j’entends sa voix au téléphone que j’en oublie les semaines voire les mois où il m’a laissé sans nouvelles, les lapins qu’il m’a posé, les RDV où il arrive parfois avec 4 heures de retard en sachant que de toutes façons je pourrais l’attendre toute ma vie. Il est inculte et parle un français « banane » qui me fait parfois avoir des crises de fou rire. Ce que j’aime chez lui, c’est son incapacité à se mettre en colère, son humeur toujours égale, ses amis si nombreux, filles ou garçons qui apprécient son humour. Je l’ai présenté à quelques unes de mes amies qui l’ont trouvé très sympa. Il vit à 100 à l’heure, il est exactement à l’opposé de moi. Je me persuade que je l’aime parce que j’ai envie d’aimer. Je voudrais tellement que lui m’aime…et je sais bien que ce n’est pas le cas. Comment d’ailleurs, quelqu’un pourrait-il m’aimer? Après des mois sans nouvelle de lui, il m’invite à une soirée. Nous y allons en camion. Ma première relation sexuelle a lieu dans ce véhicule. Ca n’a rien de romantique. C’est froid, brutal, égoïste, très douloureux. Je déteste. Lui paraît content. C’est fait. On rentre. Je ne le vois pas pendant des semaines. Entre temps, je continue à aller en boite et j’en profite pour embrasser tous les garçons qui me le demandent et qui ne me déplaisent pas. Embrasser seulement car je me réserve pour Robin. J’embrasse pour rattraper les années que j’ai passé au « couvent », mas aussi parce qu’au fond de moi, j’ai envie de me venger de Robin et du mal qu’il me fait.

J’apprendrai plus tard que le désir de vengeance peut faire plus mal que tout.

Double vie

Posté le 08.06.2007 par familysecret
Depuis ma réussite au bac, mes sœurs et moi portons une chaîne plaquée argent. Moi je porte une croix avec le Christ dessus car je suis la plus en danger. La Mère m’apprend que dès qu’ils ont rencontré Le Père, Les Mystères souhaitaient que je passe une semaine avec eux enfermée dans la cave, mais le père a refusé arguant que j’aurais eu trop peur. Moi, enfermée dans cette cave sombre et répugnante. Aurais-je eu peur ? J’étais dressée pour obéir, aurais-je eu mon mot à dire ?
La semaine je suis à l’Université et je travaille pour payer mes études et gagner ma liberté. Les week-ends, nous nous rendons régulièrement chez Tita. Corinne a sympathisé avec Ti-Pierre, ils semblent très copains. Je les soupçonne même de se téléphoner en cachette.


C’est 400 F la consultation qu’on nomme dans le monde de la sorcellerie et du vaudou, « visite ». Les rituels coûtent entre 3000F et 7000F. Le Père emprunte pour pouvoir payer. Petit à petit, l’argent que je gagne va servir à financer une partie de mes séances de « guérison ». Le prix des « visites » va augmenter jusqu’à atteindre 700F par personne et par visite. Bien entendu, cet argent ne rentre pas dans la poche de Tita. Il est déposé dans une salle attenante à la cave, où il sera brûlé dès notre départ. Les Mystères ne s’intéressent vraiment pas à l’argent. Parfois, je me rends compte que lors des visites, c’est Le Père lui-même qui dit quel est le mal qui a été fait. Le Mystère ne fait qu’acquiescer. Au tout début je suis impressionné par la capacité du Père à deviner ce qui se passe pour nous. Petit à petit, je commence à me poser des questions… Tout cela va durer 7 ans.

Quelques souvenirs pêle-mêle et quelques images qui me reviennent :

- Samedi après-midi. Fête en l’honneur des Mystères a lieu dans la salle d’attente. Beaucoup de gâteaux. Beaucoup de personnes : Haïtiens pour la plupart, mais aussi des originaires des DOM. Musique de fond de chansons Haïtiennes que tous reprennent en cœur. Certains tiennent des bouteilles de rhum et en répandent le contenu sur le sol, tout en continuant à chanter. Un homme tient une caméra et filme toute la cérémonie. Comme d’habitude, mes sœurs et moi sommes assises sur une chaise, n’osant pas faire un geste. Le Père aperçoit la caméra et détourne la tête il ne veut pas être reconnu. Le petit dernier de Tita, Gregory n’a pas encore deux ans. Il tête son biberon, assis sur une dame. Tout le monde le regarde d’un oeil attendri. C’est vrai qu’il est adorable.
- Comme toujours nous entrons une à une dans la cave. La première chose que l’on aperçoit en y entrant : le crâne sur lequel Tita allume une bougie. Signe de croix, rituels traditionnels pour que les Mystères entrent en elle. Cette fois, j’entre la dernière. Le Mystère me met une poudre dans la main, en rajoute d’autres mélangées, et un liquide. Ses yeux restent fixés sur ma main. Je dois garder cette préparation jusqu’à ce qu’il ait vu ce qu’il veut y voir. Surprise, je regarde une fumée se dégager de ce que je tiens en main. Une chaleur commence à envahir ma paume. Cela devient de plus en plus chaud. J’ouvre la bouche et me crispe car cela commence à me brûler. Le Père impérieux me prévient « Tu dois tenir, les autres ont tenu, tu dois tenir ». C’est sans appel, je le sais. Instinctivement, je replie mon bras et me hisse sur la pointe des pieds, mais je garde la mixture bouillante dans ma main. Cela s’arrête enfin. Qu’a vu le Mystère ? Je ne le saurai jamais. Il fait signe que la séance est finie. De retour à la maison, je regarde la cloque à l’intérieur de ma main. A combien de degré ai-je été brûlée ? Je montre ma main à La Mère et à mes sœurs. « Ah ça, tant qu’il n’avait pas vu ce qu’il voulait voir, il n’allait pas arrêter » dit Le Père, avec un demi-sourire de fierté.
- La Mère avec un pigeon mort sur la tête qu’elle cache sous un bonnet. Elle doit le garder une semaine. J’en ai oublié la raison. Elle va faire ses courses avec le plus naturellement du monde.
- Depuis toujours nous avons entendu La Mère tousser à longueur de journée. Cela la gêne terriblement surtout lorsqu’elle est en public. Aujourd’hui, je me dis que ce doit être une allergie. A l’époque, quand elle en parle, les Mystères lui disent que La Femme des Antilles lui a envoyé cette toux en sortilège pour l’humilier. La Mère n’en revient pas de tant de méchanceté. Résultat : pour se soigner, elle doit manger de la viande crue tous les jours.
- Tous les ans à la fin de l’année, quelques jours avant le 24 décembre, nous nous rendons chez Tita. Nous descendons à la cave. Elle nous y attend avec une jatte remplie d’une mixture qui n’a rien d’appétissant. Nous sommes à la queue leu leu. Tita trempe une cuillère à soupe dans le breuvage, nous la fourre dans la bouche et proclame à chacun en créole « Surtout, ne parle pas ». Nous le savons, après chaque rituel, il nous est interdit de parler jusqu’à ce que nous soyons rentrés à la maison.
- Dans la cave. Une tortue pour chacun d’entre nous. On coupe la tête de la malheureuse bête. Son sang est recueilli dans une cuillère à soupe et nous devons l’avaler. Je sors de la cave. C’est le tour de Jenny. Elle nous raconte que sa tortue ne voulait pas sortir de sa carapace. Ti Pierre a sorti un briquet et a chauffé la carapace. Instinctivement, la pauvre bête a sorti sa tête et a été décapitée. Outre le privilège de boire le sang de leur tortue, les parents en rapportent une chez eux qu’ils suspendent au-dessus de la porte de leur chambre. Je ne sais pas comment, ils réussissent à l’accrocher. A chaque fois que je rentre dans la chambre des Parents, je ne peux m’empêcher de regarder la tête de la malheureuse qui pend péniblement au-dessus de nous. Un beau jour, Les Parents décident de la cacher derrière un tableau. (Aujourd’hui, cela fait plus de 10 ans que j’ai la phobie des tortues. Je ne supporte pas de les voir même en photos. Je fais des cauchemars où je suis attaquée par des tortues et je me réveille en sursaut. Tous mes amis trouvent cela curieux. Moi aussi, je ne comprends pas pourquoi je suis phobique, mais je sais que cela vient de ce rituel.)
- C’est la nuit. Il est presque minuit. Afin de protéger définitivement la maison, Tita s’est elle-même déplacée. Elle est arrivée déjà préparée : Un des Mystères est déjà en elle. Il place des esprits dans toute la maison et les fixe avec du sirop d’orgeat qu’il renverse aux quatre coins des murs. Les rituels durent une bonne partie de la nuit. A un moment, j’entends Corinne expliquer au Mystère que la chose blanche à côté de lui qui fait du bruit, est un congélateur dans lequel on met de la viande, des légumes, des glaces,…Au moment du coucher, elle m’explique avec fierté qu’elle a rassuré Le Mystère « parce qu’il avait peur ».
- Le seul moyen pour nous protéger de La Femme des Antilles, c’est d’avoir un Mystère attitré pour nous protéger. Un mariage doit avoir lieu entre le père et un Mystère femme choisi par le chef des Mystères. D’après les dires de La Mère, Le Père s’était présenté une première fois pour des présentations, mais il s’était présenté en tenue négligé, « dégueulasse » pour reprendre les termes de La Mère. Pour le 2ème essai, Le Père s’est donc fait beau. Coiffeur, costume, cravate, parfum. Il part avec La Mère pour une tentative de séduction. Ils reviennent tout guillerets. La cérémonie a eu lieu après les rituels nécessaires. Pour pouvoir conserver « sa femme » et la protection qui va avec, le Père doit suivre quelques rituels: le lundi et le jeudi, une bassine blanche dans la salle de bain avec des rituels et surtout pas de rapports sexuels ces jours là. La règle de base est d’utiliser la salle de bain avant les rituels du soir. Un soir, j’ai laissé passer l’heure. Le Père devient hystérique. Je me lève du fauteuil où je suis assise et quitte la pièce pour aller me doucher. Ivre de rage, Le Père me hurle « JE VAIS TE PRENDRE PAR LA PEAU DU CUL, JE VAIS TE FOUTRE DEHORS ! »
- Septembre, c’est la rentrée pour tout le monde. Pour Le Père, c’est l’époque où il prend ses « bains de chance ». Il y’a quelques années, des marabouts lui ont dit qu’il était né sous une bonne étoile, et qu’il était prédestiné à un grand destin. Malheureusement, des personnes jalouses en Martinique, lui auraient « pris sa chance » dès son enfance et la Femme des Antilles aurait continué. Jusqu’à aujourd’hui il répète « On m’a pris ma chance. On m’a dit qu’un jour je serai riche mais quand je serai très vieux, parce que ma chance sera revenue ». « Prie pour ta chance » dit-il inlassablement à Corinne. Outre qu’il a dépensé tout son salaire de fonctionnaire chez les marabouts et autres « voyants », il dépense la menue monnaie qu’il lui reste en jeux de grattage, tirage, loto, tiercé, quinté, …Il nous pousse même à jouer et je le soupçonne d’espérer partager nos gains. Un beau jour, ses efforts sont récompensés. La Mère m’annonce en chuchotant que Le Père vient de gagner au tiercé (à moins que ce ne soit au quinté.) Toute à sa joie elle me laisse deviner la somme : 200 000 F. Le résultat ne se fait pas attendre: 1000 F pour Jenny, Raphaëlle et moi, 4000 F pour Corinne, un bracelet à 5000 F pour La Mère et tout le reste pour Tita. Elle a droit à un super radiateur à 10 000 F, à des courses pour remplir son réfrigérateur et nourrir ses enfants, plus d’autres choses que Le Père n’a avoué à personne, soit un total de 188 000 F pour la voyante vaudou.

Un jour où je me trouve dans la « cave » avec Le Père, Le Mystère du jour regarde une dernière fois dans la bougie dans laquelle il voit tout. Nous nous apprêtons à partir quand le Mystère demande au Père quel est cet homme qui apparaît dans sa vie et qui a l’air de « travailler » pour lui. Le Père comme un petit garçon se défend :
- C’est juste un prêtre qui prie pour moi
- Une prière normale ?
- Oui, oui, demandez à Marie-Margueritte, il prie pour moi, c’est tout

Je comprends deux choses. La première est que Les Mystères ne veulent pas qu’on aille consulter ailleurs. La deuxième est que Le Père cherche déjà ailleurs.

A part ça mes études se passent très bien. Je réussis tous mes examens sans avoir rien à repasser en septembre.

Tita

Posté le 06.06.2007 par familysecret
Les épreuves du bac approchent et cette fois j’ai décidé de le réussir. Je bosse comme une malade et dans toutes les matières, y compris les mathématiques. Encore une fois, je passe les épreuves « armée ». Avant chaque épreuve, je dois manger 6 œufs au petit déjeuner. Pas de stylos « préparés » mais comme l’an passé, le nom des matières inscrites sur un papier bien calé au fond de mes chaussures. Le Père et La Mère sont confiants, moi aussi. Toute l’année je me suis rendue au lycée avec des coiffures ridicules, confectionnées par La Mère et uniquement destinées à cacher des graines sorties dont ne sait où au fond de mon crâne. En effet, d’après cette nouvelle « voyante », La Femme des Antilles m’a ôté ma « cervelle ». Ainsi donc, je me ballade tranquillement dans la vie sans cerveau. Pendant des mois, La Mère me cuisine de la cervelle que je mange en plus de mon repas afin de récupérer la mienne. C’est à ce moment que La Mère raconte à mes sœurs en catimini que je suis folle. Plusieurs fois je l’ai surprise leur expliquant que n’ayant pas de cervelle, mes propos sont incohérents, que je raconte n’importe quoi, de ne pas m’en vouloir. Mes sœurs la rassurent en lui assurant qu’elles seront bienveillantes. Je ne dis rien face à ces médisances, j’en ai l’habitude. Depuis que je suis toute petite, La Mère me répète en hurlant que je suis « mauvaise », que j’ai un sale caractère, que plus tard je n’aurais pas de copines,…Dès que j’ose dire que je ne suis pas d’accord avec elle, quelque soit la raison, j’ai droit à mes cris d’hystérie « AH, MAIS ELLE A UN SALE CARACTERE CELLE-LA ! »…Malgré mon absence de cervelle, j’ai mon bac. Je n’en éprouve aucune joie. Je ne connais pas ce sentiment. Toute manifestation de nos émotions ayant été interdite, j’ai appris depuis ma prime enfance à n’exprimer ni colère, ni joie. Je ne ressens rien. Je suis complètement vide à l’intérieur. Ceci étant accompli, Le Père nous emmène chez cette voyante très efficace, la dénommée Tita.


Tita. Voyante Haïtienne. Chabine aux yeux clairs. Taille moyenne, enceinte de son 6ème enfant lorsque nous la voyons pour la première fois. Le père de son enfant (et des autres aussi ?) est très discret. Un type dénommé Ti-Pierre lui sert d’assistant.
Aller chez elle. Angoisse. Grille verte d’un pavillon à Drancy. Entrer.Premier bâtiment qui est l’habitation principale. Derrière, un deuxième plus petit. A l'intérieur, une salle d’attente, sans fenêtre comme une cave. Sur les murs des dessins peints. Fond bleu. Un jeune homme noir avec une cape et un bâton est agenouillé devant une croix identique à celle du Christ. Ressemble à un jeune berger. Est représenté plusieurs fois dans plusieurs postures. Incompréhension car un des dessins ne représente que sa tête. Une grosse langue rouge et épaisse sort de sa bouche. (C’est chrétien ça ?) Au fond de la salle d’attente, une porte. Derrière la porte, trois petites marches. Un couloir sombre. Une salle qui ressemble à une cave. Plein d’objets hétéroclites parmi lesquels un crâne humain. Cave sombre, sale, répugnante.

Tita rentre en transe. Chants en créole haïtien. Ferme les yeux, mouvements désordonnés. Ouvre les yeux, regard vague, lointain. Les « Mystères » (Esprits ?) sont entrés en elle. Maintenant parle d’une voix plus grave. Cherche systématiquement des cigarettes et fume. Ne fume pas ordinairement. Mystères ont chacun des noms différents : Tipusse, La Criminelle (le plus méchant),…Ne s’expriment qu’en créole Haïtien.

Première rencontre pour premier rituel. Arrivée avec des poules blanches, des bouteilles de rhum, des fruits, du pain et des bougies. Toutes les 4, rentrer une à une dans la cave par ordre de naissance. Assise en culotte, le torse nu devant la bougie allumée. Le Père placé derrière moi. Le Mystère face à moi, dicte ce que je dois faire. Tient une assiette avec un mélange de mixtures hachées et moulinées, de couleur jaune, verte, orange, toutes aussi répugnantes les unes que les autres. Me fait respirer une poudre qui fait couler mon nez. Je dois piocher dans l’assiette du bout des doigts et avaler les mixtures désignées par Le Mystère. Me tend un torchon nauséabond et dégueulasse pour que je mouche dedans. (Combien ont mouché dedans ?) Dans l’ordre : une bouchée de pain, une gorgée de rhum bue au goulot, une seule bouchée de banane, puis jeter cette dernière derrière mon dos. Recommencer le rituel plusieurs fois. Pain, rhum, une bouchée de banane puis la jeter. Pour finir, assister au sacrifice d’une malheureuse poule. La prendre, me mettre devant la bougie et dire à celle-ci en créole « Je te donne cette poule pour que tu me protèges et que tu me donnes la réussite dans les études ». (Qui se cache dans la bougie?) Avaler le cœur de la poule éventrée. Impossible. Boire du rhum pour y arriver. Ne sert à rien. Reboire du rhum. Le coeur cru ne passe pas. Le Père s’énerve. Le Mystère le calme. C’est pas grave, mâche ! Mâcher le cœur cru de cette pauvre bête qui tout à l’heure caquetait innocemment. Le Mystère rassure Le Père: la protection aura lieu même si le coeur a été mâché et non avalé.Dernière consigne : ne parler à personne jusqu’au retour à la maison. C’est fini. Au suivant.
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