[COLOR=red]Gloups ! J'ai par erreur affacé un post écrit le 17 mai. heureusement, j'avais fait une sauvegarde. je le réédite donc tel quel.
Je suis en terminale. Je suis de plus en plus déprimée, renfermée sur moi-même. Je n'ai pas d'amis en dehors de l'école et à vrai dire pas vraiment dans ma classe. 4h de philo le lundi matin, 2 h de pause entre les deux mais je ne sors pas de la salle de classe. Tous mes camarades de classe se précipitent dehors pour souffler un peu, moi je reste. La prof le sait bien et me dit à chaque fois, " Je vous laisse mes affaires" avant de s'éclipser avaler son "petit chocolat". Une fois seule dans la classe, je m'affale sur la table, la tête enfouie dans mes bras et je commence à rêver. Je rêve que je suis dans cette classe, que je suis belle, bien habillée, que j'ai les activités de tous les jeunes de mon âge. Je rêve qu'en ce moment même, je suis dehors avec mes camarades, que je leur raconte mon WE, mes sorties avec mes amis, mes relations avec mes parents imaginaires,...J'étais dépressive en seconde, je ne le suis pas en terminale, je suis déprimée. J'entends les filles parler et me parler de leur nouvel amour, elles sont consolées de leur récente rupture. Je me demande comment elles font pour passer d'un amour à un autre, moi qui n'ai jamais réussi à attirer un regard. J'ai fait des efforts en matière vestimentaire mais je ne porte toujours pas de vêtements qu'une jeune pourrait porter. De toutes façons je suis tellement maigre que j'aurais l'air d'une plouc quoique je porte...
Je suis dans les couloirs du lycée. Je vais rejoindre ma salle de classe. La pin-up de ma classe, celle sur qui tous les garçons fantasment, marche derrière moi. Je me fraie un passage parmi les élèves des autres classes. Tout à coup, je sens un regard peser sur moi. Instinctivement, je me retourne et j'aperçois un grand brun frisé qui me dévisage. Une petite blonde est à ses côtés. Je suis à peine surprise par le mépris qui se dégage de son regard. Il me toise et lâche "Dire qu'on met ça au monde!" La blondinette éclate de rire. Je passe ma route et rejoins ma classe. J'essaie d'oublier la pin-up derrière moi. J'essaie de tout oublier mais je ne peux pas. Je me retiens pour ne pas pleurer tout de suite. Ca je sais faire, depuis que je suis enfant, je pleure seule le soir dans mon lit. Je suis sûre que ce garçon a oublié ce qu'il m'a dit, je suis sûre qu'il m'a oublié et qu'il a peut-être même oublié cette blondinette. Moi, les paroles qu'il m'a lâchées ce jour là, je les ai encore en moi. Elles me hantent toujours et me hanteront encore longtemps. Je ne mérite même pas de vivre. Je ne suis pas une personne, je n'appartiens pas à l'humanité, je suis "ça", cette chose immonde et répugnante.
Nous sommes dans la salle de gym, accroupies car la prof veut nous parler. Quel est le sujet, je n'en sais rien. A un moment, elle prend à partie la pin-up de la classe. Elle lui reproche de tout prendre à la légère, de ne pas se donner à fond dans ses enchaînements de gymnastique, dans les sports collectifs,... La belle Jessica ne répond pas, elle écoute d'un air complètement détachée. Tout est tellement facile pour elle. Elle est belle, toujours habillée à la dernière mode, au ski l'hiver, au bord de la mer l'été. Elle n'a qu'un an de plus que moi et a montré à toute la classe ses photos aux Etats-Unis (où je rêve d'aller), en Tunisie, en Corse,...Elle est dans toutes les boums, toujours entourée de filles et de garçons flattés de faire parti de sa cour. Elle tombe amoureuse et en deux temps trois mouvements, la voilà au bras du garçon qu'elle a choisi. Ce ne sont jamais les garçons du lycée car elle préfère les garçons mûrs. Ses petits amis ont tous au moins 5 ans de plus que nous. Les garçons la vénèrent, les filles l'admirent et la respectent. Le pire c'est qu'elle est bonne élève. Pas comme moi. Moi je bosse comme une malade pour être la meilleure. Je veux avoir les meilleures notes, je veux être la première, c'est ma revanche par rapport aux autres. Je suis le dernier des poux, mais je suis la meilleure élève de la classe. Elle, elle fait ses devoirs au dernier moment, entre deux sorties, et fait juste ce qu'il faut pour se maintenir au niveau. Je sais parfaitement que si elle bossait autant que moi, elle me battrait à plate couture. Je ne lui adresse jamais la parole, ne la regarde pas. Je tiens à lui signifier que je ne veux pas faire partie de sa cour. Elle s'en aperçoit et à 2 ou 3 reprises, a essayé de nouer contact avec moi. Je lui ai répondu poliment mais sans aller plus loin. Nous ne sommes pas dans le même monde. Elle est dans la lumière, la beauté, la joie, les rires. Moi je connais la sorcellerie, les humiliations, les privations. Je ne vis pas, je rêve ma vie. Jessica, la pin-up, c'est moi à l'envers...La prof de gym continue son blabla. Tout à coup, elle se met à nous comparer. Jessica et moi baissons la tête en même temps. J'ai honte et me demande pourquoi la prof me fait ça. Je devine que la gêne de Jessica est empreinte de pitié pour moi. Pour la première fois depuis que je suis dans le secondaire, je sens une vague d'humanité émaner vers moi. "C'est vraiment du gâchis Jessica. Tout ce que tu feras en deux secondes sans te fatiguer, sera toujours plus joli et toujours plus réussi que ce que fera Pierrette après des heures de travail". Voilà ce qu'elle balance devant toutes les élèves. Voilà, ce que je me prends en pleine figure devant tout le monde. Nous savons toutes au fond de nous que ce qu'elle dit n'est pas valable que pour la gym. Jessica et moi nous ne sommes pas nées égales. Elle est née pour réussir et ne recevoir que du bien, de l'amour, de la lumière. Moi c'est tout l'inverse. C'est pour cela que je ne crois plus en Dieu depuis longtemps. Dieu n'aime pas tous les Hommes. Comme d'habitude, je fais face et je disparais dans les couloirs. J'ai encore matière à me désespérer cette nuit.
Etre en terminale, ce n'est pas que cela pour moi. Cela représente pour mes parents quelque chose de fantastique. Une de leur fille va être bachelière et va rentrer à l'Université. Comme toujours, Le Père s'est trouvé un marabout. Très fière, La Mère est venue me chuchoter " Ne t'inquiète pas, tu l'auras". Le problème est que quelque part en moi, je ne suis pas sûre de vouloir l'avoir. Je suis terrorisée à l'idée d'aller à l'Université, de me trouver face à des gens très cultivés et possédant un savoir immense. Les complexes de mes parents vis à vis des personnes diplômées ont déteints sur moi. Je ne me sens pas à la hauteur. Par dessus tout, je sais que si je réussis mon bac, Les Parents se rengorgeront et n'hésiteront pas à nous renvoyer qu'ils ont eu raison de nous cloîtrer, de nous priver de tout, que cela en valait la peine. Inconsciemment, je me mets en situation d’échec. Pour la première fois de ma vie, je vais prendre un risque. Je vais travailler certaines matières et en délaisser d’autres. Coup de poker, ça passera ou cassera…
Je passe les épreuves du baccalauréat "équipée". Le marabout a mis les bouchées doubles: mes stylos ont été préparés, dans mes chaussures le nom des épreuves que je passe sont inscrites sur du papier blanc. Le matin avant de partir, j'ai bu consciencieusement la mixture immonde censée me donner "l'intelligence " nécessaire pour réussir. Le verdict tombe : rattrapage et 18 point à rattraper. Aucune surprise, mes notes sont très bonnes dans les matières que j'ai travaillées et médiocres dans les autres. Je passe l'oral à Epinay. J'ai choisi la philo et l'espagnol alors que le plus judicieux serait de repasser l'Histoire-Géographie. Pour la philo, c'est un jeune homme qui joue les profs cool et sympathiques. Pour l'espagnol, c'est une fausse blonde sèche, désagréable et qui nous saque les uns après les autres. Madame, le professeur d'espagnol qui avez fait passer l'oral du baccalauréat à Epinay sur Seine en 1985, si vous êtes encore vivante, je tiens à vous dire une chose: Vous êtes la dernière des SALOPES.
J'ai raté mon bac mais je me suis trompée. Les Parents ne comprennent rien. Pour eux, si j'ai raté mon bac c'est parce que la Femme des Antilles a été la plus forte. Les épreuves à peine terminées, Le Père me demande avec la sécheresse qui le caractérise si j'ai recommencé à réviser mes épreuves. C'est le début de l'été, c'est les vacances mais il me demande de rester dans mes livres. "Parce que c'est le même programme que tu repasses". JE LE HAIS