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Nom du blog :
familysecret
Description du blog :
Derrière la famille idéale, mon enfance dans le monde de la sorcellerie, du vaudou, de la folie
Catégorie :
Blog Paranormal
Date de création :
11.10.2006
Dernière mise à jour :
26.07.2008
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Vertige

Posté le 26.07.2008 par familysecret
Ca y est, elles sont là. J’ai pris du temps, la date butoir que je m’étais fixée a été dépassée mais ça y est. Je les ai achetées en soldes. Elles sont noires, confortables et en même temps elles font « habillées ». Je les ai mes baskets !

Je me suis aussi acheté des tee-shirts en prévision des cours de danse que je compte prendre à la rentrée. Ils étaient en soldes, 2ème démarque, alors j’en ai pris 5. Ce ne sont pas des tee-shirts de marque. Ce n’est plus de mon âge et cela ne m’intéresse pas. Ils sont simplement adaptés pour la danse et jolis à la fois. C’est un détail auquel je tenais. Rester féminine même en achetant à bas prix

Depuis deux jours, j’ai mes nouvelles lunettes. Elles sont plus chères que toutes celles que j’ai jamais portées. J’ai pris du temps avec une ophtalmo particulièrement patiente mais j’étais sûre de mon choix. Je cotise à la sécurité sociale et pour une mutuelle, je n’ai donc pas eu de sentiments de culpabilité. Je serai remboursée et cela est normal. Pour le coup, ce sont des lunettes de marque! Je ne l’ai même pas fait exprès. Pour la première fois, je prends plaisir à me voir avec des lunettes sur le nez. Je porte toujours mes lentilles mais je n’aurai plus peur d’être surprise avec des lunettes.

Depuis peu, j’ai l’impression de glisser à toute allure vers quelque chose d’inconnu. Cela fait tout de même une drôle d’impression de prendre soin de soi et de se faire plaisir.

Tout à coup, il me prend une drôle d’idée. Je repense à tout ce dont je rêvais adolescente quand les autres filles sortaient entre elles ou avec des garçons. Quand les petites choses courantes et banales qu’elles avaient ou qu’elles faisaient me faisaient rêver. J’investissais mes études en me disant que je ferai en sorte plus tard, lorsque je travaillerai et que je gagnerai mon propre argent, d’avoir moi aussi une vie toute simple et toute belle. J’ai rêvé aussi plus tard, quand le diable me faisait apparaître comme un monstre aux yeux des autres. Et je me dis qu’il est grand temps de finir de rêver. Que maintenant, je dois passer à l’acte. Que maintenant, je me dois de vivre et de me faire plaisir. Je veux jouir de la vie après avoir connu l’horreur. Il me prend cette idée folle que j’y ai droit.

Et si mon objectif maintenant était de me donner les moyens de réaliser chacun de mes rêves ?



--

Que la paix soit avec nous

Posté le 23.07.2008 par familysecret
Message de La Mère sur le répondeur. C’est mon amoureux qui l’entend alors que je suis dans la chambre. Il ne comprend rien au discours confus de La Mère. D’autant plus que sa voix enrouée par l’émotion n’arrange. Un peu décontenancé, mon amoureux finit par m’appeler. J’écoute et moi je comprends ce qui ressemble à un délire mais qui n’en n’est pas un. Au fur et à mesure, mon cerveau remet de l’ordre dans ce que mes oreilles entendent.
« Corinne m’avait envoyé une belle petite carte. Elle est en vacances, bon, c’était bien. Mais là, elle a envoyé une 2ème carte. Elle parle de Caincains. Qu’elle n’a pas vu de caincains. Moi, j’en ai assez de tout ça. Je ne veux plus parler de tout ça. J’ai finit avec toutes ses histoires. Voilà. Je ne vais pas bien du tout depuis que j’ai reçu cette carte. Je n’ai rien dit à ton papa. Je ne veux même pas lui parler de ça. Mais là ma journée, elle ne sera pas bien… »
Mon amoureux semble encore plus perdu. Il faut dire que je pleure de rire et que j’ai du mal à parler. Enfin ma crise passe et je tente de lui expliquer.

Ce n’est pas la première fois que Corinne envoie ce type de carte aux Parents. Elle écrit à La Mère mais le message est en réalité adressé au Père. Ce Père qui n’a jamais accepté mon beau-frère Daniel, qui a accusé ce dernier d’avoir ensorcelé ma sœur pour pouvoir l’épouser et qui ne s’est pas rendu à leur mariage. (J’écrirai un post sur cette malheureuse histoire). C’est Raphaëlle qui a lâché le morceau. Elle qui d’ordinaire est la discrétion même, a fini par avouer à Corinne la raison de la haine viscérale du Père pour mon beau-frère. Depuis, Corinne rumine et ne peut s’empêcher d’envoyer des petits pics aux Parents. La Mère m’avait récité de mémoire la première carte qu’elle avait reçue « Nous n’avons pas rencontré de caincains et de toutes les façons, nos amis n’imaginent pas Daniel avec un boubou. » Caincains et boubou font référence aux multiples marabouts chez qui notre cher Père nous a traînées.

J’appelle La Mère. Comme d’habitude, c’est Le Père qui décroche. « Bonjour, ça va ?, Ca va, J’appelle pour dire qu’on a passé un bon week-end et que je vais envoyer les photos, Bon , je te passe ta maman » J’ai bien compris qu’il ne sait rien de cette carte postale et qu’il ne doit pas savoir. La Mère me parle à mots couverts. Je suppose que Le Père n’est pas loin. Moi aussi, je parle à mots couverts. « J’avais dit à Corinne d’aller voir un psychanalyste. Je lui avais même donné l’adresse d’un psychanalyste. Ca lui aurait fait du bien de pouvoir parler à quelqu’un, qu’il y ait quelqu’un qui l’écoute et qui la comprenne » « Ouais, ouais ». La Mère ne répond pas, elle comprend mon message.

Tandis que j’explique à mon amoureux ce qui est en train de se jouer sous ses yeux, je ne peux m’empêcher de penser à la pathologie familiale. Il y’a quelques jours, Corinne a envoyé une première carte de vacances, normale, avec les mots d’usage. Puis, elle a ressenti le besoin d’en envoyer une 2ème où se devinent sa colère et son ressentiment. Rumination. Ce mot me revient comme en boomerang. C’est ce dont je souffre depuis des années. Ce qui m’empoisonne la vie et altère mes relations avec les autres. Vu de l’extérieur, le comportement de Corinne me paraît complètement fou, névrotique, absurde, inutile, bête. Pourtant, je me vois en elle. Je sais ce qui s’est passé dans son esprit parce que c’est comme cela que je fonctionne. Ce que je n’ai pas dit à La Mère, c’est que tant que les choses ne seront pas mises à plat, tant que les choses ne seront pas dites, la vérité reconnue et assumée, tant que des regrets n’auront pas été exprimés, il y aura d’autres cartes mais aussi d’autres mots, d’autres crises de la part de Corinne, de Jenny, de ma part bien sûr mais aussi de Raphaëlle.

Ce n’est pas encore demain que mes sœurs et moi trouverons la paix.

A quoi bon ?

Posté le 22.07.2008 par familysecret
Coup de téléphone de La Mère il y’a quelques jours. Une subite envie de voir ma puce avant qu’elle ne reparte en Martinique avec Le Père. (Tiens, la conjonction de la lune et des étoiles serait-elle bonne ? Les Parents seraient-ils dans leur période « Nous sommes un vieux couple d’amoureux » ?) RDV est pris pour le WE du 14 juillet. Le samedi, 1ère date décidée ensemble, ne convient plus. Je rappelle pour reporter au lendemain.
-Ah, ouais mais il faut que je rappelle Jenny parce qu’elle pensait venir aussi. Elle a dit qu’il y a trop longtemps qu’elle n’a pas vu la puce.
-Ben ouais, c’était il y a 1 an pour le mariage de Raphaëlle
- Bon, je rappelle Jenny et je te dis si c’est possible

Comme prévu, nous passons notre samedi à arranger et à embellir notre maison. Je ne suis pas tendue à l’idée de revoir Jenny. Il y aura notre puce entre nous et je me sens prête à la remettre en place ou à ne pas lui laisser me couper la parole quand je parle.

Jour J. Claude un ami du Père est présent. Grosse surprise. En effet, Corinne et moi nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à Claude sans éclater de rire…

Eté1983, nous étions en Martinique. Moi en pleine dépression, Le Père en pleine paranoïa. Ayant appris qu’une des sœurs de La Mère serait présente également, Le Père avait loué une maison à un de ses amis. En fait de maison, il s’agissait d’une vieille mansarde vide et sombre et apparemment très appréciée par les cafards. Le décalage entre la vantardise de la maîtresse de maison et sa bicoque fut pour nous un véritable choc. La Mère avait caché l’argent des vacances donné par Le Père à un endroit très précis connu d’elle seule. Durant notre séjour sur l’île, Claude un autre ami du Père nous avait invité un jour à déjeuner en compagnie d’autres personnes que nous ne connaissions pas. Son épouse, une femme de petite taille que nous appelions Mme Claude (mais oui), s’était surpassée pour le menu. Avant la fin du repas, le frère de Mme Claude était parti brusquement, appelé par une urgence. Le dîner comme tout dîner Antillais digne de ce non avait duré des heures. A notre retour, l’argent caché par La Mère avait disparu. Elle en avait été très affectée mais curieusement Le Père ne lui en avait fait aucun reproche. Quelques années plus tard, Tita avait donné le nom du voleur aux Parents : le frère de Mme Claude. D’après cette vile sorcière, il serait entré dans la maison nous sachant retenu chez sa sœur et à l’aide d’une paire de ciseau ensorcelée qui l’aurait guidé vers la cachette secrète, il serait entré en possession de l’argent où qu’il aurait partagé ensuite avec sa sœur. Depuis cette révélation, Les Parents avaient pris des distances avec Claude et en particulier avec sa femme. D’où ma surprise quand je vis Claude installé tout sourire sur le canapé des Parents.

Dans les jours qui ont suivi, mon amoureux n’a pu se retenir de me faire part de ses interrogations. Pourquoi quand Le Père nous a saoulé en nous montrant les blagues débiles voire salaces qu’il reçoit par mail, je ne lui ai rien dit ?
A le voir comme ça, quelqu’un qui ne sait pas tout ce que tu as vécu pourrait croire qu’il y a une grande complicité entre vous
Il riait tout seul à ses blagues cochonnes, je ne lui répondais pas
Oui, mais tu ne lui a rien dit non plus
A vous voir, on a du mal à croire tout ce que tu m’as raconté, tout ce qu’il t’a fait…
Soupir

Je lui raconte alors ce qu’il n’a pas vu. Tour à tour, dans la cuisine, la sale de séjour, la chambre, à chaque fois que j’étais loin de Claude ou de mon amoureux, La Mère, Le Père et Jenny m’ont raconté que Claude fuyait se femme, qu’elle lui a fait de la sorcellerie, qu’il n’est plus le maître chez lui, quelle lui fait des scènes de jalousie et le poursuit partout où il va, d’ailleurs elle aussi arrive en France demain, mais c’est pour embêter Claude et patati et patata…Toujours les mêmes histoires qui reviennent, toujours des personnes ensorcelées, sans défense, perdues et qui ont besoin d’aide. J’ai grandi dans ce discours répété à l’infini, parfois il ne me touche plus.

- Je pourrais leur rappeler que Claude est en France pour marier sa fille, celle qu’il a eu avec sa maîtresse. Si sa femme légitime le poursuit et le harcèle, c’est peut-être qu’elle ne se résigne pas à être une femme trompée et résignée qui ferme les yeux sur les incartades de son mari. Qu’il est tout à fait légitime pour une femme de se révolter si son mari passe son temps à courir les femmes. Qu’on peut se révolter sans être une adepte de la sorcellerie…Mais à quoi cela servirait-il puisqu’ils ne l’entendraient pas ?
- Ouais
- C’est vrai j’aurais pu rappeler au Père que j’étais censée être un être asexué, programmé pour faire des études et accomplir mon devoir mais bon, je n’avais pas envie de m’énerver alors oui j’ai fait semblant. Oui, c’est vrai, je reconnais que je suis rentrée dans leur jeu parce que moi aussi j’ai donné l’apparence d’une famille unie mais j’ai eu la certitude pendant cette journée que Les Parents et Jenny étaient irrécupérables. Je ne leur confierai jamais notre fille mais je ne peux rien contre leur folie. Il ne sert à rien de leur tenir un discours rationnel. Toute leur vie, ils continueront à aller voir des voyants. Ils rencontreront d’autres Tita, d’autres Rebecca, d’autres Bernard, d’autres M. Casimir et je n’y pourrais rien. Tout ce que je peux faire, c’est de prendre de la distance avec eux. Je les vois une à deux fois par an et c’est bon. Après j’essaie de vivre avec mes séquelles. C’est pour cela que je vois un psy.
- Ouais

La conversation s’arrête. Il est tard, demain nous nous levons tôt. Je ne suis pas dans une période de révolte. Cela viendra après. A nouveau l’orage grondera et je crierai à la Sainte-Famille sa vérité. Je la mettrai en face de ses péchés, de ses horreurs. Mais pour le moment, à quoi bon ?

Parce que je le vaux bien

Posté le 03.07.2008 par familysecret
43, 40€. C’est le prix que j’ai accepté de dépenser pour moi et rien que pour moi. 2 paires de chaussures pour remplacer les vieilles savates que j’osais encore appeler baskets. J’ai choisi 2 paires « habillées », c’est-à-dire des chaussures avec lesquelles je peux aller travailler ou aller « en soirée ». Je m’achèterai également des baskets, noires elles aussi, car c’est toujours utile. Entre les tee-shirts, les colliers du mois dernier et les chaussures de ce mois-ci, j’aurai dépensé une belle petite somme rien que pour moi. Je n’arrive pas encore à dépenser pour moi en dehors de la période des soldes ou hors promotion mais tant pis. Au moins, pourra t-on dire que je suis économe.

Pour être tout à fait honnête, je dois avouer que j’ai dépensé beaucoup plus pour la maison. Le sèche-linge sera bientôt livré et payé avec ma prime. Dans mon désir de renouveau, j’ai jeté de vieilles bricoles et acheté des ustensiles et autres objets de décoration. Cela représente un budget beaucoup plus important que ce que j’ai dépensé pour ma petite personne mais c’est autant de plaisir.

Ce grand « nettoyage » dans la maison m’a permis de retrouver quelques achats antérieurs planqués dans un bric à brac sans nom. Enceinte, j’avais le jour précédant mon entrée en congé maternité, acheté crânement de quoi faire du serviettage du point de croix pour débutant, du tricot pour débutant et tout cela je le rappelle avec la ferme intention de préparer le CAPES. La réalité m’a vite rattrapée. Ma motivation pour le CAPES s’est vite émoussée et le manque d’énergie liée à l’approche du terme de ma grossesse m’a fait reléguer mes achats dans un des recoins de l’appartement. Pourtant…Le week-end dernier, j’ai osé. J’ai mis de l’ordre entre ce que qui a trait à la couture, au tricot et au serviettage, le tout bien rangé dans des boites neuves. Puis, j’ai décoré mon premier objet avec la technique du serviettage. Une simple boite mais très utile et qui orne la cuisine. Avant même que ma phrase obsédante « Tu es nulle, tu n’y arriveras pas » ait eu le temps de s’immiscer dans mon cerveau, j’ai pu me rendre compte que ce que j’avais réalisé était très joli. Mon amoureux qui ne connaissait pas cette technique m’a complimentée et cela m’est allé droit au cœur.

Dans ces moments d’audace, dans l’énorme nuage noir qu’est ma vie, je me revois enfant rêvant de couleur rose, de doré, de brillant et je me dis qu’il est bon parfois de se faire du bien.

Ma pathologie

Posté le 20.06.2008 par familysecret
« Quoiqu'il en dise, et à son insu, l'homme garde toujours au fond de son cœur un reste de rancune envers celui qui lui a fait du mal, même s'il est bien convaincu qu'il n'en est rien. » Adrien Therio

Jour ou nuit. Partout, dans la cuisine, à mon bureau, dans mon bain, au cinéma. Pour un simple mot, pour un rien. Seule ou accompagnée. Cela est perpétuel.

Cela vient tout à coup sans prévenir. La colère monte et m’empêche de penser à quoi que ce soit d’autre. Je me mets à parler seule, à vider mon sac, à faire des reproches, à hurler ma rancune. En réalité, il n’y a jamais personne en face de moi pour m’écouter. Personne d’autres que mes souvenirs et la résurgence de mon vécu.

Mon amoureux m’a dit maintes fois que cela l’effraie et le met mal à l’aise. J’en ai parlé à ma psy. Rien n’y fait. Un jour j’ai surpris le regard de ma puce. Elle était dans son transat, âgée de quelques mois et me regardait, moi sa mère, déversant mon fiel avec hargne. Je me suis arrêté subitement et ai commencé à faire le pitre pour la faire rire. J’y pense encore à ce regard mais je n’y arrive pas. Je ne peux pas contrôler mon flot de haine.

La Mère a daigné m’appeler il y’a deux jours. Nous n’avions presque rien à nous dire. Après 4 mois en Martinique, elle est rentrée i l y’a 15 jours. Je savais qu’elle était en France, elle a appelée Corinne et Raphaëlle le jour même de son arrivée. Aujourd’hui, Le Père l’a emmenée en visite chez Raphaëlle. Jenny était présente également. La Sainte-Famile se reforme mais sans moi. Il y’a comme une gêne, comme un malaise entre Les Parents et moi. Ils savent que je n’oublie pas et que je n’oublierai jamais. Ils me savent capable d’étaler au grand jour leurs méfaits et de casser ainsi l’image de la Sainte-Famille idéale.


En octobre, cela fera 14 ans que Tita est morte. Cela fait quelques années que j’ai quitté le domicile parental. Les ravages se font encore sentir.

Alerte rouge

Posté le 10.06.2008 par familysecret
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Conversation hier soir avec mon amoureux :

- Ce mois-ci on doit acheter le lave-linge
(Nous avons décidé à la fin du mois dernier d’acheter un lave-linge, sèche-linge) afin d’éviter d’avoir étendre nos nombreuses lessives un peu partout et afin d’éviter trop d’heure de repassage. )
- Oui, c’est vrai
(Aïe, mes petits plaisirs !)
- Tu as ta prime ce mois-ci, ça va nous aider à payer toutes nos dépenses. Qu’est-ce qu’on a en plus du lave-linge ?
Euh…les rideaux (Les rideaux sont pour la chambre de ma puce), en plus on aura les charges le mois prochain
(J’avais aussi très envie de nouvelles baskets, et des soins pour mes pieds que tu m’avais promis, et tous les petits plaisirs sur lesquels j’ai fantasmé)
- Après il y aura les vacances. Si on veut passer de bonnes vacances, faut pas qu’on soit à sec à cause du sèche-linge. Tu essaieras de ne pas trop faire de dépenses ce mois-ci.
- OK
(Ouais, c’est vrai, il a raison. La priorité c’est le sèche-linge et les rideaux. En plus, il y’a les charges à payer, c’est plus important que mes baskets, et puis il y’a mon psy. Ouais, je peux encore tenir avec mes chaussures. L’été arrive, il n’y pas d’urgence pour mes baskets. Je peux attendre l’hiver pour cela. Ouais tant pis, c’est pas grave…)

Les rideaux viennent d’être commandés via le site de La Redoute, je range ma carte bleue quand tout à coup…


ALERTE ROUGE !

Qu’est-ce que tu fais Pierrette ? Tu divagues ou quoi ? OK, il y’a le sèche-linge et les rideaux, OK, les charges sont prioritaires mais je suis désolée, tu dois rajouter tes petits plaisirs à ta liste. Par conséquent le sèche-linge sera payé à deux, ce qui est normal, et non uniquement avec ta prime. Si tu devais offrir un cadeau à quelqu’un, tu ne te poserais pas autant de questions, tu dépenserais sans tenir tes comptes. Si tu allais voir un marabout, cela te coûterait encore plus cher, et tu ne te poserais pas de questions pour les charges, tu les paierais en plus du marabout. Il vaut mieux que tu dépenses pour toi que pour ces charlatans. Les baskets que tu mets sont usées, tu ne devrais plus sortir avec, c’est normal que tu t’en achètes de nouvelles. Avant-hier, ton amoureux est revenu avec de nouveaux pantalons et de nouvelles chaussures. Donc c’est lui qui essaiera de ne pas faire trop de dépenses ce mois-ci. Il n’y a pas de raison que ce soit toujours toi qui te sacrifie. Le problème, c’est que tu ne dis jamais rien. Tu te sacrifies toujours sans lui faire part de tes projets ou de tes désirs. Lui, il ne sait rien le pauvre, tu ne peux pas lui en vouloir, si tu ne dis jamais rien.

Nous sommes le 10 juin, il faut qu’à la fin du mois, j’aie mes baskets.

Cette petite voix interne

Posté le 08.06.2008 par familysecret
Comme il est difficile d’être libre après des années de dressage et d’humiliation…

Il y’a peu, je me suis levée un beau matin en me disant que j’avais le droit de me faire plaisir, de penser à moi en terme de satisfaction, de désir réalisé, de plaisir. Cette simple pensée m’a fait ouvrir les yeux. Depuis des années, l’argent que je dépense est pour mon couple, pour la maison, pour les autres, et depuis peu pour ma puce. Et pour moi ? « Ben, rien, je n’en ai pas besoin ». Certes mon amoureux peut se vanter d’avoir une femme très économe. D’une manière générale, j’achète toujours des choses faites pour durer, héritage de mes origines modestes ou plutôt du manque d’argent dû aux rétributions des marabouts. Dès que je vois quelque chose de joli, je regarde le prix et tout devient toujours trop cher pour moi. Je n’hésite pas à mettre le prix pour les autres mais pour moi, je préfère renoncer. Je finis toujours par me dire que je n’en ai pas besoin, que je peux m’en passer, qu’il y’a d’autres urgences, pour la maison, pour ma puce, pour les autres. Allez savoir pourquoi, tout à coup j’ai pensé à ma petite personne. Ah, sortir ma carte bleue pour moi et rien que pour moi…

J’ai commencé par m’acheter des tee-shirts et des colliers pour les accompagner. Ouais, bon d’accord ils étaient en promo, mais tant pis, je me suis fait plaisir. Puis je me suis acheté deux livres de cuisine que j’avais repérés il y’a quelques mois. Même si d’autres en profite, cuisiner est un plaisir pour moi. J’ai pris aussi un DVD, un feuilleton historique que j’ai fini par regarder seule. D’habitude, les DVD loués ou achetés sont fonction des goûts d mon amoureux. Cette fois, j’ai commandé mon DVD sans me demander s’il allait lui plaire ou non. Il a regardé le premier épisode avec moi et lorsqu’il a quitté la pièce en me disant que c’était nul, je n’en ai ressenti aucune amertume. Moi j’ai beaucoup aimé et c’est l’essentiel.

Ce mois-ci ou peut être le mois prochain, je m’achèterais des chaussures neuves. Jusqu’ici, je portais la même paire de chaussures donnée par Corinne. Contrairement à moi, Corinne, elle, souffre de fièvre acheteuse, traumatisme du manque d’argent dû aux rétributions des marabouts. Je mets encore mes baskets achetées il y a 7 ans. Je suis bien dedans, mais je dois avouer qu’elles sont un peu usées. Même si j’y suis très attachée, j’ai pris la résolution de m’en séparer. Mes lunettes aussi, je vais les changer. Sous prétexte que je porte des lentilles, je ne m’achète que des lunettes bas de gamme qui m’enlaidissent et que j’ai honte de porter en public. Après tout, je cotise tous les mois à la sécurité sociale et à une mutuelle, je n’ai pas à avoir honte de me faire rembourser des lunettes que je porte rarement. Si je me trouve moins laide avec, je les porterai plus souvent. Et puis, je n’ai pas choisi d’être myope !

A la rentrée, je vais m’inscrire à un cours de danse pour la première fois de ma vie. C’était le rêve de Corinne lorsqu’elle était petite. Elle rêvait de porter un tutu rose et de s’envoler au rythme de musique douce. Bien entendu cela lui a été interdit. Elle en nourrit aujourd’hui une grande rancune envers mes parents. Pour ma part, je me suis renseignée auprès de la prof de danse de mon futur cours. Le groupe pour adultes débutants se compose entre autres de retraités donc je ne prends pas beaucoup de risque. Pour une vraie débutante comme moi, le niveau demandé n’est pas trop élevé. On verra bien…

Depuis que j’ai commencé à gagner de l’argent, j’aime à m’acheter des crèmes, des gommages, des savons, et du parfum, comme pour me purifier de toutes les cochonneries répugnantes et nauséabondes dont j’ai dû m’enduire pour « me sauver des sortilèges ». Mon gros problème, ce sont mes pieds. Enfant, et adolescente, mes sœurs se moquaient de mes pieds en disant qu’ils étaient atrocement laids. Je ne savais pas en quoi ils étaient laids mais j’ai grandie avec cette idée. En réalité, il y’a deux choses qui me complexent vraiment dans mes pieds. J’ai de la corne sur mon talon gauche, et mes ongles de pieds sont abominables : ils sont durs et foncés presque noirs, beurk. Dans mon envie de me recentrer sur moi, j’ai demandé à mon amoureux de m’offrir un soin complet pour les pieds dans un institut. Il est d’accord mais il va falloir que je le relance…

J’ai aussi envie de partir en week-end quelque part où je ne suis jamais allée. Bien entendu, je partirai sans mon amoureux et sans ma puce. Je sais que cela peut paraître curieux , mais je ne suis pas qu’une épouse ou une mère, je suis aussi une femme. Il va falloir que j’y pense à ce petit voyage…

D’autres idées me viendront au fur et à mesure. Je vais tenter de les écouter et surtout de les appliquer sans écouter cette petite voix interne qui me dit que « pour moi cela n’en vaut pas la peine ».

Je suis en train de découvrir que moi aussi, j’existe.

Life is so good

Posté le 04.06.2008 par familysecret

Trop de lumière ou pas assez, impossible de prendre en photo la couverture de ce livre que j’ai adoré. Pour celles et ceux qui ne l’ont pas encore lu, Life is so good, écrit à 4 mains par George Dawson et Richard Glaubman et paru en France en 2002, raconte la vie de George Dawson (1898-2001), petit fils d’esclave qui a réalisé son rêve alors qu’il était âgé de 98 ans : apprendre à lire.

Ségrégation raciale, famille, travail pénible, voyage, espoir, optimisme, lynchage, Ku Klux Klan, l’histoire de l’Amérique défile sous nos yeux à travers le récit à la première personne de cet homme humble.

Drôle d’impression tout de même. Ce n’est pas par notre couleur commune que je me suis sentie proche de cet homme. Certes la violence du racisme m’a remué les tripes. Cependant, ce qui m’a le plus frappée c’est l’attitude de soumission instinctive et obligatoire que tout individu noir se devait d’avoir face à un homme blanc. Depuis l’époque de l’esclavage, les Noirs savaient qu’il y’avait une manière de parler, de placer sa voix, de s’effacer, de se plier, de s’écraser, j’en passe et des meilleures, devant les Blancs. C’est cette attitude là, cette soumission que j’ai reconnue. Cette manière de baisser les yeux et la voix, de s’écraser, de ne plus exister, de n’être rien. Cette relation de Maître à esclave, c’est celle de mes sœurs et moi-même avec Le Père. C’est ce qu’Il nous a transmis, notre cher père. D’où le tient-il lui-même ? C’est son problème, nous ne transmettrons pas l’héritage.

Quelques grammes de douceur dans un monde…

Posté le 26.05.2008 par familysecret
Juste quelques mots chuchotés derrière la porte. Un « Chut ! » étouffé et deux sourires que je devine. Je me prépare, je me fais belle et fais celle qui n’entend pas et ne devine rien. Je suis seule pendant une éternité. Ils sont partis sans rien dire. La salle de bain et l’appartement sont à moi.

Gommage pour un nettoyage en profondeur, crème hydratante pour le visage, crème anti-dessèchement pour le corps, crème nourrissante pour les pieds. Le soin capillaire et la manucure ont eu lieu hier. Je sors de la salle de bain fraîche et parfumée…

Ma puce et mon amoureux sont revenus en silence et m’attendent derrière la porte. Leur sourire m’illuminent, inondent toute la pièce. Ma puce s’avance vers moi et me tend son cadeau : un dessin. Des gribouillis pour dire vrai, en rouge, en vert, en jaune. Je ne sais pas ce que cela représente mais pour moi cela vaut bien plus que n’importe quel tableau de maître. Je souris instantanément. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche que déjà mon amoureux s’avance vers moi et me tend le plus magnifique des bouquets de fleurs.
« Bonne fête maman ! » et les bisous pleuvent à n’en plus finir.

J’ai le cœur au bord des larmes, je suis prête à exploser. Je vois 1000 et une étoiles. Ces cadeaux sont pour moi. Je suis une maman fêtée. Quand bien même ma puce est trop petite pour avoir conscience de ce qui se passe, quand bien même c’est son papa qui a tout organisé, à cette minute, je suis la Reine du monde. Tout disparaît, le passé, Le Père, La Mère, Tita et ses diables, les marabouts qui les ont précédés, ma chef et sa folie, …Je ne suis plus la Pierrette d’antan, je rentre dans un nouveau monde, je vis au présent et dans le futur.

Merci ma puce, merci mon amoureux. Je suis la plus heureuse des mamans.

Le téléphone ne pleure pas

Posté le 19.05.2008 par familysecret
Depuis combien de temps est-il seul dans cette grande maison, chez lui, là où nous n’avions rien à nous, là où il nous promettait de nous prendre par la peau du cul pour nous foutre dehors à grands coups de pieds ? La Mère a dû partir en Martinique fin février début mars. Cela fait donc plus de deux mois et elle ne reviendra pas avant fin mai. Il est donc seul. Depuis des années, il a fait le vide autour de lui avec sa paranoïa aigue. Plus de contact depuis 32 ans avec le seul membre de sa fratrie vivant en France. Il y’a peu, il avait renoué avec ses petits enfants issus de la branche de la « Femme des Antilles » mais ils ont été vite chassés, coupables du même crime : pratique de sorcellerie. Pour couronner le tout, son seul ami, le vieux Corse, le voisin de palier est retourné depuis longtemps sur son île natale.
La Mère doit l’appeler de temps en temps en bonne épouse soumise. Corinne ne l’appelle pas, inutile d’évoquer le sujet avec elle. Jenny accomplit-elle son devoir depuis leur dispute ? Raphaëlle me disait il y’a quelques temps qu’elle l’avait appelé 2 fois pour donner des nouvelles de ses filles mais à chaque fois, la conversation avait tourné court, de son fait, trop pressé de retourner devant sa télé. « De toutes façons qu’est ce que tu avais à lui dire ? Qu’est ce que tu veux dire à un type comme ça ? », « « Ouais, voilà c’est ça « Ca va ? Ca va ! Voilà c’est tout, après il va voir sa télé, il parle même pas à ses petites filles. Toutes façons, j’ai rien à lui dire ».

La même situation avait eu lieu il y’a deux ans à la même époque. J’avais appelé La Mère en Martinique pour lui annoncer qu’elle serait bientôt grand-mère mais je n’arrivais pas à appeler son mari resté en France. Au détour d’une conversation, Jenny m’avait rapporté les propos du Père « Pierrette ne m’appelle pas. Je suis tout seul dans la maison, si je tombe, s’il m’arrive quelque chose… » J’avais cédé, j’avais appelé. Lorsque je lui avais annoncé qu’il serait grand-père, sa réaction avait été de m’envoyer en pleine figure « Oh ben, il était temps ! ». Je m’étais contenté de souffler, incapable de lui répondre que pour faire des enfants il fallait coucher avec des garçons, et que ce n’était pas avec un cadenas entre les cuisses et un diable qui fait fuir tout les garçons devant moi que j’aurais pu faire des enfants plus tôt. De toutes les façons, il était trop pressé d’aller continuer sa partie de dominos avec ses petits enfants, alors en odeur de Sainteté, pour s’intéresser à mon enfant à venir….

Cette année, je ne l’ai pas appelé. Je n’en ai pas envie. Je n’ai rien à lui dire. Je n’ai jamais rien eu à lui dire. Par-dessus tout, je me moque totalement de savoir s’il va bien ou non. Je ne suis pas une bonne Chrétienne et ne le serait jamais. On ne force pas les sentiments. Je n’ai de souvenirs avec lui que d’humiliations, d’insultes, de coups, de privation, de frustration,…Il a mis de la distance entre ses enfants et lui. Nous n’avons jamais sauté sur ses genoux, jamais joué avec lui, jamais plaisanté, jamais fait de blagues, jamais rien partagé. Il était le Maître et nous ses servantes. Il ordonnait, nous obéissions. Interdiction de rire, de chanter, de parler fort, de bouger. Impossible aujourd’hui de mimer une relation que nous n’avons jamais eu. Il ne voulait pas que nous soyons proches, un Maître ne sympathise pas avec ses Sujets. Le message est passé. A 70 ans, il se retrouve seul chez lui.

Il y’a 5 jours, J’ai envoyé un mail groupé à mes sœurs pour leur annoncer le baptême de ma puce. Dans un dernier élan d’humanité, j’ai rajouté son adresse mail. Il n’a jamais répondu. Je l’imagine ronchon et ruminant, se posant en victime : le bon père s’étant sacrifié pour ses enfants ingrats qui l’abandonnent. Fier comme il est, il n’appellera jamais même en cas de malheur. Ce n’est pas à lui de la faire, ce serait se rabaisser.

Le téléphone ne sonnera pas.
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